Réunis pendant deux semaines à Fréjus fin février, une quarantaine de soldats issus du 21e régiment d’infanterie de l’armée de terre ont réalisé une évaluation tactique qui avait pour but de tester le niveau de performance et la pertinence apportés par la 4G mobile au service du combattant. A cette occasion AtoS a intégré le système de communication Auxylium à un écosystème de technologies mobiles et d’objets connectés militaires.

Cette solution de communication sécurisée a été développée initialement en collaboration avec le ministère de la Défense dans le cadre de l’opération Sentinelle, lancée en janvier 2015 après la série d’attentats en France. Auxylium a aussi été testé récemment par la police municipale de Marseillle pour une utilisation dans le civil. Il s’agit d’un kit comprenant un smartphone avec un OS sécurisé développés par Atos e tune douzaine d’applications, un boîtier Helium relié au smartphone par un lien bluetooth sécurisé comprenant deux modems sur bande de fréquence civils et militaires permettant d’avoir une réponse de résilience même quand les ondes sont surchargées et d’un PMR permettant des conférences dynamiques sécurisées et multicast.

Auxylium adaptée pour le champ de bataille

La version « Battlefield » du kit de communication Auxylium est composé d’un smartphone, d’écouteurs améliorés et d’un poste radio miniature « Hélium » qui se connecte aux réseaux 4G mobiles militaires et civils. (Crédit Atos)

Pour ce test en condition de combat réel, la solution d’Atos a été revue et améliorée pour correspondre aux besoins des soldats et de leur commandement. Auxylium Battlefield est donc une suite logicielle qui permet d’assurer un flux d’informations entre les différents éléments de l’écosystème qui sont développés plus bas.

Concernant le kit initial, des écouteurs Invisio ont été ajoutés. Fabriquées par une société danoise, ces oreillettes permettent à la fois de réduire les sons les plus violents (tirs, explosions, etc.) et d’amplifier l’audition. « C’est assez puissant pour que vous entendiez le clic d’une balle qui s’enclenche dans un puit à 100 mètres » décrit Hugues Cremona, directeur du programme Auxylium. La capacité de la batterie du smartphone a été portée à 12 heures d’autonomie.

Initialement, les postes de commandement proposés par Atos étaient fixes, avec des écrans larges installés dans des lieux sécurisés. Aujourd'hui l'ESN a intégré ses solutions à une tablette durcie de sa fabrication pour permettre une meilleure mobilité en zone de combat. (Crédit Atos)

Point de vue software, un système de cartographie en temps réel a été développé pour pouvoir visualiser les utilisateurs Auxylium sur le terrain. Des droits de consultation sont attribués à chaque soldat et officiers en fonction de leur grade, ce qui fait qu’un capitaine verra moins loin qu’un général par exemple. La hiérarchie peut donc recevoir des notifications avec des remontées d’informations ou de fichiers et est capable d’envoyer des ordres à ses troupes directement.

A l’issue des tests de ces solutions logiciels, les officiers de l’armée de terre ont jugé utile de développer une possibilité de faire du dessin et de le partager ainsi que d’ajouter des calques sur des photographies pour que le commandement puisse envoyer des ordres sous forme de schémas. « Les officiers de l’armée de Terre ont une manière de communiquer graphiquement entre eux très codifiée » explique Hugues Cremona.

Atos a également intégré cette solution sur des tablettes durcies de sa marque Elexo. Alors qu’ils étaient conçus au départ pour être fixes dans des lieux sécurisés, les postes de commandement deviennent donc mobiles.

Création d’environnement de communications mobiles

Comme évoqué plus haut, la principale raison de cette évaluation tactique était de vérifier la performance et l’effectivité de la norme LTE en situation de combat. Pour ce faire, Auxylium s’est allié avec différents partenaires pour tenter de créer des environnements de communication mobiles en fonction du terrain occupé. Effectuer ce test à Fréjus a permis aux soldats d’évaluer la qualité de la 4G en zone montagneuse, urbaine ou sur champ de bataille.

Les environnements de communication testés par les militaires sont créés grâce à des antennes fixes fournies par Airbus DS. (Crédit Atos)

Cette première phase de test démontre que les combattants peuvent rester connectés au système central Auxylium et profiter de tous les bénéfices apportés par la LTE quelle que soit leur position. Le hand over, donc le passage de connexion 4G entre différentes bulles a été démontré avec l’usage d’une bulle fixe locale radio (« BLR » fourni par Airbus DS) et d’une bulle mobile « Astrid » proposée par Thales installée sur des véhicules de l’armée.

Grâce à une start-up française, Red Technologies, les militaires et équipes d’Auxylium ont aussi pu réaliser de la planification radio. C’est-à-dire déterminer le meilleur positionnement des bulles 4G sur le terrain en fonction de la topographie et des caractéristiques géologiques, biologiques et bâties du terrain.

L'environnement de connexion est prolongé par des bulles LTE mobiles proposées par Thales et installées sur certains véhicules blindés de l'armée de terre. (Crédit Atos)

Les premiers retours de cette utilisation de la LTE sont plutôt positifs selon Hugues Cremona mais elle ne se suffit pas à elle toute seule. Car il faut pouvoir permettre une continuité des services lorsque les soldats sont en dehors de la portée de la LTE. Deux pistes sont à creuser : l’interconnexion avec les bandes de fréquences radio ou l’utilisation de la capacité latente du boîtier Helium pour créer des réseaux mesh (pairs à pairs).

Jumelles connectées

Un bouton d’autodestruction des composants électroniques est utilisable sur les jumelles si le soldat le perd au combat. (Crédit Atos)

Les soldats ont pu essayer des jumelles connectées fabriquées par Thales. Appelées Sophie, elles permettent d’avoir un retour d’images à plusieurs kilomètres, visible également depuis les écrans connectés à Auxylium. La solution permet également le partage de fichiers audio, photo et vidéo. L’appareil, bien plus volumineux que des jumelles traditionnelles permet une mesure des distances exactes grâce à une visée laser et une vision diurne, nocturne et infrarouge. Un bouton d’autodestruction des composants électroniques est également utilisable si le soldat perd cet outil au combat. Les officiers de l’armée de terre ont jugé utile de développer la solution sur d’autres types de jumelles.

Un compteur de coups de feu

Le boîtier de comptage des balles utilisées par un fusil d'assaut développé par FN Herstal apporte des avantages tactiques et de maintenance. (Crédit Atos)

Atos s’est allié avec le fabricant d’armes FN Herstal pour proposer des armes connectées grâce à un boîtier installé sur les fusils d’assaut. Celui-ci réagit aux secousses du percuteurs de l’arme et permet de compter le nombre de balles utilisées. « Dans des cas comme en Afghanistan où on a en face de nous des gens qui ont une tradition d’armement et qui portent des cartouchières, donc beaucoup de munitions sur eux, c’est important de savoir où nous en sommes dans notre consommation de munitions également » détaille Hugues Cremona. « Quand on voit le taux de dotation qui diminue à vue d’œil, il faut renvoyer des munitions immédiatement. » L’état des réserves de cartouches est évidemment visible en temps réel par toutes les sections sur le terrain qui peuvent se ravitailler en elles si besoin.

Mais ce boîtier permet également de faciliter la maintenance des armes. « On sait qu’au bout de tant de tirs, il faudra remplacer le percuteur, le canon, etc. Donc quand on voit l’évolution de l’usage arme par arme, il est possible de proposer de la maintenance préventive, ce qui pour l’instant n’est pas possible dans l’armée » pour ce qui est de l’armement selon le directeur du programme Auxylium. Car ce système de maintenance est utilisé dans la gestion et l’entretien des véhicules. A l’issue du test, quelques détails doivent être revus dans le logiciel de visualisation, pour le rendre plus ergonomique et faire en sorte qu’il apporte plus de statistiques liés à l’arme.

Des montres alarmes

La fonctionnalité particulière de cette montre connectée est de pouvoir transmettre un appel d'urgence au QG en restant appuyer plus longtemps que d'habitude sur le cadran. (Crédit Atos)

En utilisant une montre Huawei, Atos y a intégré sa suite d’applications sécurisées. Elle permet donc de communiquer par message texte, recevoir des appels vidéo, audio ou des notifications. Comme une montre connectée traditionnelle. Cependant elle permet aussi de prendre le rythme cardiaque du combattant. « Typiquement, un soldat qui est appuyé contre un rocher de dos, qui ne bouge plus, on le voit à 4km avec les jumelles connectées, mais on ne sait pas s’il est vivant ou mort » explique Hugues Cremona. « La montre nous permet d’avoir accès au rythme cardiaque du soldat et de savoir qu’il ne fait que se cacher. »

Mais si jamais le soldat n’essaie pas de se cacher et est en fait en train d’agoniser, il peut en pressant le cadrant de la montre plus longtemps que d’habitude, lancer un appel d’urgence au quartier général. Cependant cet outil ne s’est pas révélé intéressant pour le 21e régiment d’infanterie. Mais les remontées biologiques sont à creuser en les intégrant à des objets plus petits comme des bracelets ou des vêtements connectés.

Des drones achetés dans le commerce public

« Le fait que ce droit ne soit pas cher, ça a beaucoup plus parce que s’il se fait tirer dessus ou s’il se casse, ce n’est pas grave » explique Hugues Cremona, directeur du programme Auxylium. (Crédit Atos)

Auxylium se sert donc beaucoup des outils grands publics pour les adapter au secteur militaire. Autre exemple qui a marqué les testeurs : l’utilisation de drones civils. Auxylium vient fournir le logiciel de programmation de vol de ces aéronefs. Achetés avec une capacité vidéo, ils ont été utilisés pour permettre de suivre un soldat ou un ennemi de loin, comme éclaireur ou pour de la surveillance de lieux fixes.

Utiliser des objets disponibles au grand public à deux avantages et un inconvénient. D’une part, ils ne nécessitent aucunes compétences particulières pour être utilisés. D’autre part, « le fait que ce soit un petit objet pas cher, ça a beaucoup plus » note Hugues Cremona « parce que s’il se fait tirer dessus ou s’il se casse, c’est beaucoup moins grave que si c’était un drone à plusieurs millions d’euros. » Inconvénient : les drones sont pilotés en Wifi, donc très difficiles à sécuriser. Auxylium va donc devoir développer un drone connecté en 4G.

Un deuxième exercice en préparation

Cette phase de test était une première étape. Elle a été validée. Le prochain stade va être d’élargir le champ d’action de ces technologies à plusieurs compagnies à la fois et à d’autres environnements plus grands. Comme en forêt, où la LTE est plus compliqué à mettre en place. Un nouvel exercice va être organisé par Auxylium dans les mois qui viennent. Si l’utilisation de ces outils sur le terrain n’est pas prévue pour tout de suite, le Général Charles Beauduin, directeur de la section technique de l'armée de terre, a indiqué qu’Auxylium devait s’insérer dans les grands programmes stratégiques : Scorpion et Contact. La Marine et l’armée de l’air ont montré également un intérêt pour les solutions d’Atos mais rien n’est contractualisé pour le moment.