L'acquisition de VMware par Broadcom, combinée à une évolution notable des modèles de licences, s'inscrit dans un contexte plus large mêlant contraintes économiques, enjeux réglementaires et questions de souveraineté numérique. Pendant de nombreuses années, VMware a incarné la stabilité, la robustesse et la prévisibilité. Pour beaucoup de DSI, il s’agissait d’un choix rationnel et éprouvé. Mais toute dépendance forte à un fournisseur unique implique, par définition, que certaines règles échappent à l’entreprise. Les évolutions tarifaires récentes rappellent simplement que les conditions économiques, contractuelles et technologiques peuvent évoluer. Cette prise de conscience amène aujourd’hui de nombreuses organisations à explorer des architectures plus ouvertes et modulaires, afin de renforcer leur capacité d’adaptation et leur maîtrise dans le temps. Cette tendance est d’ailleurs largement observée sur le terrain. Selon l’étude PwC EMEA Cloud Survey 2025, 94 % des entreprises de la zone EMEA prévoient d’ajuster leur architecture cloud dans les douze prochains mois, et 79 % s’appuient déjà sur plusieurs fournisseurs. La diversification n’est pas une remise en cause des modèles existants, mais un moyen pragmatique de limiter les risques et d’augmenter la résilience.

Souveraineté numérique : un enjeu de gouvernance avant tout

Les grands fournisseurs de cloud ont pleinement intégré ces attentes et proposent aujourd’hui des offres adaptées aux contraintes européennes, avec des régions dédiées et des engagements renforcés. Ces initiatives répondent à des besoins réels du marché. Néanmoins, la souveraineté ne se résume pas à une localisation géographique ou à un intitulé d’offre. Elle renvoie avant tout à la capacité d’une organisation à gouverner ses environnements : comprendre où résident les données, qui en contrôle l’accès, comment auditer les couches critiques et à quelles conditions il est possible d’évoluer ou de migrer. Dans un contexte réglementaire de plus en plus structurant - RGPD, IA Act, NIS2 - ces questions deviennent centrales. Les DSI doivent pouvoir démontrer leur capacité à maîtriser l’ensemble de leur chaîne technologique, y compris dans des environnements hybrides ou fortement industrialisés.

Open source et cloud natif : des socles de flexibilité

Les technologies cloud natives comme Kubernetes, Docker ou OpenStack se sont progressivement imposées comme des briques de référence, y compris dans des secteurs fortement régulés tels que la finance, la santé ou l’énergie. Leur valeur ne réside pas uniquement dans l’orchestration ou l’automatisation, mais dans la flexibilité stratégique qu’elles apportent. Elles permettent de déployer des applications en datacenter interne, sur des clouds publics ou sur des infrastructures souveraines, sans remettre en cause l’existant. Elles facilitent également l’évolution des choix fournisseurs lorsque les contraintes économiques, contractuelles ou techniques changent. Enfin, elles offrent un niveau de transparence et d’auditabilité essentiel pour répondre aux exigences de sécurité et de conformité.

Dans ce contexte, l’open source s’impose comme une colonne vertébrale des infrastructures IT modernes. Il favorise la portabilité des applications et des données, tout en offrant une modularité adaptée aux architectures hybrides et multi-cloud. Les bénéfices sont concrets : meilleure agilité, réduction du time-to-market, et capacité à absorber les évolutions du marché sans rupture brutale. Il serait illusoire de nier que l’open source exige de l’expertise. Gouvernance des composants, gestion des dépendances, compréhension des licences et montée en compétences représentent un investissement. Mais cette complexité existe déjà dans tout environnement multi-cloud, qu’il repose sur des solutions propriétaires ou non. La différence tient à la valeur créée : dans un modèle ouvert, l’effort consenti renforce les compétences internes et la capacité d’autonomie de l’organisation. Dans un modèle entièrement propriétaire, cette valeur est plus souvent externalisée.

L’IT comme actif stratégique

La transition vers des infrastructures ouvertes, modulaires et hybrides ne relève pas d’une opposition technologique. Elle traduit une volonté de rééquilibrer la relation entre les entreprises et leurs fournisseurs, et de considérer l’IT comme un actif stratégique à part entière. Cette démarche suppose des choix clairs, un investissement dans les compétences et une remise en question progressive des habitudes. Elle n’exclut ni les hyperscalers ni les solutions historiques, mais elle redonne aux organisations la capacité de décider, d’évoluer et de s’adapter en fonction de leurs propres priorités.

Les entreprises françaises sont aujourd’hui à un point d’inflexion. Non pas entre « pour » ou « contre » un modèle, mais entre subir les évolutions du marché ou les intégrer dans une stratégie IT maîtrisée, assumée et durable.