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L'impact négatif du décret immigration de Trump

Les CEO de Microsoft, Facebook et Twitter, ainsi que plusieurs autres représentants de l'industrie IT ont rapidement réagi après l'annonce du décret anti-immigration de Donald Trump portant sur 7 pays à majorité musulmane (Iran, Irak, Libye, Somalie, Soudan, Syrie et Yémen). Si ce texte ne mentionne pas spécifiquement le visa de travail H-1B, il affecte potentiellement toute personne originaire de ces pays qui en détient un ou qui cherche à l'obtenir pour travailler aux Etats-Unis.

Certaines personnes travaillant aux Etats-Unis avec un visa et se trouvant temporairement hors du territoire risquent de ne pas pouvoir rentrer à la suite du décret anti-immigration de Donald Trump. (crédit : Pixabay/Jackmac34)
Certaines personnes travaillant aux Etats-Unis avec un visa et se trouvant temporairement hors du territoire risquent de ne pas pouvoir rentrer à la suite du décret anti-immigration de Donald Trump. (crédit : Pixabay/Jackmac34)

La décision prise le 27 janvier par Donald Trump d’interdire l’entrée sur le territoire américain aux ressortissants de 7 pays à majorité musulmane pourrait avoir un impact qu’il n’avait pas anticipé, notamment sur l’industrie du numérique. Vendredi dernier, le président américain a signé un décret présidentiel imposant un moratoire de 90 jours sur les admissions et les retours aux Etats-Unis de personnes originaires d’Iran, d’Irak, de Libye, de Somalie, du Soudan, de Syrie et du Yémen. Ostensiblement présenté comme une mesure anti-terroriste, ce texte ne concerne pas précisément les possesseurs d’un visa de travail temporaire H-1B et il ne découle pas des inquiétudes manifestées par exprimée par Donald Trump de voir utiliser ce visa utilisé pour supplanter des travailleurs américains. Il affecte plutôt les personnes ayant des visas touristiques, d’affaires et étudiants, ainsi que les résidents permanents qui souhaitent ré-entrer sur le territoire.

Pourtant, en plus d’avoir enflammé les associations de défense des libertés civiles, en déclenchant des actions devant les tribunaux et des manifestations de protestation spontanées ce week-end dans différents aéroports américains, ce décret a aussi conduit les acteurs de l’industrie technologique à se rassembler autour d’une conviction commune à un moment où ils s’attendent à une réforme du visa H-1B. Parmi ceux qui se sont exprimés figure Jack Dorsey, le CEO de Twitter. « L’impact humanitaire et économique de l’ordre exécutif est réel et perturbant. Nous bénéficions de ce que les réfugiés et les immigrants apportent aux Etats-Unis », écrit-il dans un tweet. « Ce décret présidentiel s'oppose à nos principes  », pointe-t-il encore.

Les travailleurs en transit affectés sans préavis

Les représentants de l'industrie technologie voient plus loin que ce décret du 27 janvier et plaide pour une large réforme sur l'immigration. Dans un billet daté du même jour, Mark Zuckerberg, le CEO de Facebook, demande à Donald Trump d’aider les « 750 000 Dreamers qui bénéficient du programme DACA (Deferred action for childhood arrivals) et leur permet de vivre et de travailler légalement aux Etats-Unis. J’espère que le président et son équipe garderont ces protections en place », écrit-il. Le nom de Dreamers fait référence au Dream  (Development, Relief, and Education for Alien Minors) Act, un projet de loi concernant les personnes qui sont arrivées jeunes aux Etats-Unis, sans papier, mais qui ont suivi leur scolarité au sein du système scolaire américain.

Samedi dernier, une décision fédérale de justice a stipulé que les Etats-Unis ne doivent pas expulser les citoyens des pays bannis qui sont déjà arrivés aux Etats-Unis. Elle résulte d’une action en justice déposée par l’Union américaine des libertés civiques. En effet, l’action de Donald Trump a été prise si rapidement que les personnes en transit s’en sont trouvé affectées. « Cela a quasiment été fait sans préavis », confirmé Carl Shusterman, un avocat de Los Angeles spécialisé dans l’immigration. Il a indiqué que son bureau avait reçu, par fuite, une ébauche du décret présidentiel mardi dernier et commencé à prévenir les gens de ce qui se préparait « Je crois que cela crée beaucoup de chaos pour pas grand-chose » estime-t-il.

76 collaborateurs de Microsoft venant des 7 pays listés

Ce week-end, le décret présidentiel de Donald Trump a forcé les entreprises technologiques à se dépêcher de localiser et informer leurs employés concernés par cette mesure et à diffuser des communiqués d'informations pendant le week-end. Dans un billet sur Linkedin, Satya Nadella, le CEO de Microsoft, écrit de son côté : « En tant qu’immigrant et CEO, j’ai à la fois vécu et vu l’impact positif que l’immigration a dans notre entreprise, pour le pays et pour le monde. Nous continuerons à défendre ce sujet important ». Microsoft a indiqué avoir identifié parmi ses collaborateurs 76 citoyens des sept pays listés dans le décret par l’interdiction de visa, en ajoutant qu’il pourrait y avoir d’autres employés concernés, parmi les détenteurs les détenteurs de carte verte.

Les 7 pays listés par l’administration Trump n’étaient jusqu'à présent pas particulièrement impliqués dans le débat, toujours vif, portant sur le visa de travail H-1B. En 2014, la majorité des visas H-1B accordés ont en effet été attribués à près de 70% à des personnes nées en Inde, selon les données américaines. Ron Hira, maître de conférences sur les politiques publiques à l’Université Howard, a analysé les visas délivrés sur l’année 2013 et trouvé au total 1 220 visas de type H-1B, nouveaux ou renouvelés, accordés à des personnes des 7 pays en question. Parmi les pays d’origine, l’Iran venait en tête avec 810 visas, suivi par la Syrie, 280, la Libye (53) et l’Irak, 46. Seuls 18 personnes venaient du Soudan, 11 du Yemen et 2 de Somalie. En 2013, Microsoft était de son côté le premier employeur de détenteurs de visas H-1B en provenance de ces pays avec 31 personnes, suivi de Qualcomm (21 employés) et Google (15), a établi Ron Hira. « Le nombre important d’Iraniens me fait penser qu’il s’agit d’étudiants étrangers diplômés d’universités américaines ou qui ont des liens familiaux aux Etats-Unis », commente-t-il. Le ministre iranien des affaires étrangères a qualifié d’insultante et d’affront direct la décision des Etats-Unis et indiqué qu’il réfléchissait à une réponse équivalente.

Des répercussions négatives sur la compétitivité nationale

L’ordre exécutif de Donald Trump a de larges implications, estime certains spécialistes. « Si une entreprise veut recruter une personne venant de l’un de ces pays, elle ne pourra pas avoir de visa pendant 90 jours », rappelle Stephen Yale-Loehr, professeur de droit de l’immigration à l’Université de Cornell. En outre, « les personnes travaillant avec un visa qui sont temporairement à l’étranger pourraient ne pas pouvoir rentrer ».

Dans un communiqué, la CRA, association de recherche en informatique, s’inquiète que le décret puisse décourager des chercheurs étrangers d’apporter leurs talents aux Etats-Unis à l’avenir, « ce qui aurait des répercussions particulièrement négatives sur notre compétitivité nationale ».

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