Il a souvent été question de l’avenir périlleux que pourraient avoir à affronter les DSI dont les organisations reposent sur des mainframes. Deux témoignages récents montrent que la réalité des perspectives à long terme est un peu plus nuancée que cela. Le fournisseur Fujitsu a récemment annoncé qu’il arrêterait la vente de ses mainframes sur son année fiscale se clôturant en mars 2030 et qu’il mettrait fin au support de ces grands systèmes cinq ans plus tard. Mais les DSI exploitant des charges de travail sur sa famille de mainframes GS21 n’ont pas encore besoin de chercher une voie de migration car le constructeur japonais reste très intéressé par ce marché. En atteste, sur sa feuille de route, la mention d’un prochain modèle programmé pour 2024, ainsi que le mouvement qu’il a engagé pour « transférer ses mainframes et serveurs Unix vers le cloud, en améliorant progressivement ses systèmes d’entreprise existants pour optimiser l’expérience de ses utilisateurs finaux ». Ces améliorations vont inclure des fonctionnalités comme la détection préventive de pannes et le support de la continuité d’activité.

Coïncidence, au moment où Fujitsu a indiqué la date à laquelle il comptait stopper ses ventes de GS21, IBM a de son côté dévoilé son projet de fournir sa plateforme mainframe Z sous la forme d’un service cloud. Pour l’instant, le fournisseur n’a toujours pas indiqué la fin des ventes ou du support des machines de sa série Z. Et comme Fujitsu, il continue à développer sa ligne de produits mainframes. Lors de sa conférence de résultats financiers en janvier 2022, le CEO d’IBM Arvind Krishna a indiqué que la prochaine génération de grands systèmes, basée sur la puce Telum, serait livrée d’ici juillet 2022.

Sans doute un support jusqu'en 2033 chez IBM

Selon l’historique officiel du cycle de vie des mainframes chez IBM, chaque génération de matériel reste en vente pendant environ 4,1 ans, avec une période additionnelle de 7,4 années de service qui suit. Certains modèles ont duré plus longtemps, comme le premier système Z, le z900 G1, resté en vente pendant 5,5 ans après son lancement en juin 2006. Le z900 a également eu l’une des plus longues périodes de suivi sur le service, 8 ans et demi, un record qu’il partage avec le z114 lancé en septembre 2011 et destiné à bénéficier d’un support jusqu’en décembre 2022. 

Les actuels modèles de mainframes d’IBM, les z15 T01 et z15 T02, ont été introduit en septembre 2019 et en mai 2020, respectivement et, sur les machines précédentes, le fournisseur continue à apporter un service en remontant jusqu’au zEC12, lancé en septembre 2012. Cela signifie que, même si la prochaine génération d’IBM Z devait être la dernière (une perspective peu probable compte-tenu des investissements faits dans les puces Telum), le fournisseur devrait continuer à vendre ses mainframes jusqu’en juillet 2025 et à en assurer le support jusqu’en décembre 2033.

Wazi-aaS, pour faciliter le développement

Contrairement à ce que fait Fujitsu, l’offre initiale Z-as-a-service d’IBM n’a pas pour but d’amener les clients à délaisser leurs mainframes au profit du cloud. Elle vise plutôt les fonctions de test et de développement, afin de permettre aux entreprises de mettre en place plus facilement de tels environnements lorsqu’elles en ont besoin, sans laisser inutilisée de façon coûteuse des capacités mainframes excédentaires le reste du temps. Sous le nom de Wazi-aaS, l’offre à la demande permettra aux développeurs de lancer un environnement de test ou de développement dans l’infrastructure de cloud privé virtuel d’IBM en se basant sur des images fournies par IBM sur le serveur virtuel z/OS ou sur les images qu’ils ont eux-mêmes créées à partir de leurs partitions logiques (LPAR) sur site pour exécuter des logiciels pré-installés ou personnalisés.

Wazi est une suite d’outils qu’IBM a lancés en 2020 pour que les développeurs puissent écrire des applications z/OS et les tester dans un bac à sable z/OS sur leurs propres machines x86. Cela permet à ceux qui ne connaissent pas encore le mainframe de continuer à utiliser l’IDE de leur choix, supprimant ainsi l’une des barrières qui pourrait entraver la constitution d’une équipe de modernisation de logiciels. Wazi supporte des IDE tels que Microsoft VS Code, Eclipse et Red Hat CodeReady Workspaces (inclus dans l’abonnement OpenShift). IBM assure qu’avec Wazi-aaS, il est possible de mettre en place un système z/OS opérationnel en 5 minutes et que les applications peuvent être exécutées avec des performances 8 à 15 fois supérieures à celles obtenues dans un bac à sable x86. Pour l’instant, le service n’est disponible que par le biais d’un test bêta privé qu’IBM décrit comme un déploiement « expérimental fermé ». 

Par ailleurs, big blue a récemment lancé la Z and Cloud Modernization Stack, une suite d’outils pour analyser les applications mainframes, créer et déployer des API et développer pour elles dans le cloud, avec des outils pour automatiser le déploiement et la gestion des applications sur z/OS. 

Le futur du mainframe as-a-service

Les projets de mainframe as-a-service d’IBM et de Fujitsu sont intéressants pour plusieurs raisons. Louer la capacité de traitement, qu’il s’agisse de celle d’un mainframe ou de serveurs x86, plutôt que de payer pour la bâtir soi-même, peut aider les services informatiques à adapter les coûts d’infrastructure aux besoins des entreprises. Cela vaut pour les environnements de test et de développement initialement ciblés comme pour les environnements de production dans un contexte de moins en moins prévisible où les entreprises peuvent passer d’une croissance rapide à un quasi-arrêt et inversement, en l’espace d’un an.

Peut-être plus important encore, le fait de mettre cette capacité de traitement dans le cloud facilite la modernisation des applications existantes en les réécrivant ou en migrant une partie d’entre elles vers d’autres infrastructures cloud ou encore en les enrichissant de fonctionnalités IA basées sur le cloud. Si Fujitsu devrait utiliser ses propres datacenters pour ses offres de mainframe hébergé, le fournisseur japonais entretient déjà des relations étroites avec AWS et Microsoft Azure pour fournir des services de modernisation automatisée pour les mainframes. IBM, de son côté, propose dans son propre cloud une gamme d’outils d’IA que les développeurs peuvent intégrer dans leurs applications, qu’elles soient sur mainframe ou non, pour créer des chatbots, effectuer des traitement du langage naturel et automatiser les workflows.

Assurer la formation dans ces environnements

La promesse de Fujitsu d’offrir un support sur ses mainframes pendant 13 ans supplémentaires et d’assurer la pérennité de leurs applications dans le cloud, de même que l’engagement d’IBM de fournir des outils de modernisation des mainframes sont de bonnes nouvelles pour les DSI qui cherchent à protéger leurs investissements existants. Mais il est tout aussi important pour de nombreuses entreprises de trouver, de former et de conserver des développeurs expérimentés, pointe Charles King, analyste principal chez Pund-IT. Et les dernières solutions en date d’IBM sont clairement destinées à répondre à ces besoins.