Pas moins de 125 millions de terminaux déployés dans le monde exploitent la technologie radio longue portée et basse consommation LoRa (et le protocole réseau LoRaWAN) : une croissance annuelle de 25% peut-on lire dans un rapport publié par la Lora Alliance, une organisation à but non lucratif regroupant 360 organisations membres dont des opérateurs comme AWS, Verizon et Comcast, mais aussi des spécialistes de l’IoT industriel comme Zener (compteur d’eau), Veolia, Actility (racheté il y a quelques semaines Netmore)… En 2025, le consortium s’est enrichi de 57 membres supplémentaires.
Parmi les principaux enseignements du rapport, on note que LoRa s'impose dans les bâtiments connectés et les gestions des réseaux des services publics (eau, énergie,…). La technologie s’intègre aussi avec les opérateurs de satellites en orbite basse. La spécification 2025 a également introduit deux débits supplémentaires pour accompagner la densité croissante des déploiements en intérieur. « Nous construisons le quatrième piler de l’industrie des communications sans-fil », a déclaré Alper Yegin, DG de l'Alliance LoRa, à notre confrère Network World. Les trois autres piliers étant le WiFi, le Bluetooth et les réseaux cellulaires et l’ensemble étant complémentaire, souligne le dirigeant.
Débits plus élevés et edge computing
Pour mémoire, la technologie radio LoRa - pour Long Range (longue portée) - a été développée par la start-up grenobloise Cycleo rachetée par Semtech en 2012. Le protocole LoRaWAN et la LoRa Alliance ont été créés en 2015 sur fonds de compétition avec une autre société française, Sigfox (rachetée par Unabiz avec avril 2022, dont la filiale française est en redressement judiciaire depuis septembre 2025), qui a développé sa propre technologie radio longue distance et basse consommation (LPWA). LoRaWAN repose sur LoRa, un système de modulation à étalement de spectre (CSS) de type Chirp Spread Spectrum (utilisé par les sonars ou les radars) sur des bandes de fréquences 868-915 Mhz en Europe, non soumises à licence. La norme prend en charge des débits allant d’environ 300 bits par seconde à portée maximale et environ 5 kilobits par seconde à plus courte distance. Des faibles débits assumés car ils garantissent ainsi une autonomie de plusieurs années pour les IoT et réduisent les coûts d’infrastructure. En visibilité directe, les signaux LoRa peuvent porter sur plusieurs centaines de kilomètres. En intérieur, le signal traverse plusieurs étages et murs. Interrogé sur la concurrence avec des technologies similaires comme NB-IoT et LTE-M, Alper Yegin indique « tout ce qui provient du 3GPP [ndlr : organisme de normalisation des communications mobiles (3G,4G, 5G,…)] n’est qu’une mise à niveau de leurs systèmes existants, qui seront toujours inférieurs en termes de prix, d’efficacité et de fiabilité ».
En novembre 2025, La LoRa Alliance a augmenté les débits dans certaines bandes de fréquences. Ainsi, il passe à 9,4 kbps pour SF6 et de 15,6 kbps pour SF5. Ces évolutions réduisent la congestion dans les déploiements denses en intérieur et améliorent l’efficacité énergétique des dispositifs proches des gateways. D’autres débits sont à l’étude, mais ne figurent pas dans la dernière feuille de route. Par ailleurs, le marché LoRaWAN s’est également développé au cours 2025 pour soutenir l’edge computing. Plusieurs fabricants de dispositifs LoRaWAN ont intégré en local le traitement d'algorithmes de machine learning directement sur les terminaux, réduisant ainsi la quantité de données à transmettre sur le réseau. Alper Yegin a donné l’exemple des capteurs de vibration de Honeywell. Quand un capteur détecte un écart suffisant par rapport à un cycle, il transmet une notification d'événement plutôt que des données de vibration brutes.
Bâtiments connectés et satellite en priorité
« Le marché des bâtiments connectés a découvert LoRaWAN », observe le DG de LoRa Alliance. Il ajoute « cela s'est fait naturellement, sans que nous ayons vraiment cherché à le promouvoir. Nous n'avons pas fait d'efforts pour cela, et le marché s'est simplement approprié la technologie. Son développement est si rapide que nous avons du mal à suivre ». Le déploiement d’AT&T en est un exemple. L’opérateur a abandonné son propre produit IoT pour lancer Conneced Spaces, un service de gestion des capteurs basé sur LoRaWAN sans se coordonner avec le consortium.
Un autre axe de développement pour le réseau LoRa est celui de l’intégration avec les réseaux satellitaires. En effet, la couverture du premier reste géographiquement incomplète. Deux membres de la LoRa Alliance, Lacuna Space et Plan-S, proposent des services LoRaWAN couplés avec des satellites en orbite basse. Les cas d’usage sont nombreux comme la surveillance de terrain isolé, d’équipements linéaires (oléoducs, lignes ferroviaires,…), dans des environnements contraints (haute mer,…). Les autorités de régulation européennes ont approuvé les communications entre satellites et dispositifs basse consommation en 2025. D'autres annonces devraient être dévoilées au Mobile World Congres qui se déroule début mars à Barcelone.

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