La start-up Lynxter spécialisée dans l’impression 3D grandit vite. En 2019, cette dernière a bouclé une première levée de fonds d'un montant de 1,5 million d’euros pour accélérer son développement. Parmi ses soutiens, l'entreprise compte le fond d’investissement Irdi Soridec Gestion, mais aussi Airbus Développement, Bpifrance et la région Nouvelle-Aquitaine. A l’époque, la petite entreprise, installée à la Technocité de Bayonne, compte 10 personnes. Son produit phare, sorti de terre un an plus tôt, la S600D est une solution de fabrication additive modulaire. Sa principale caractéristique : l’utilisateur peut à tout moment changer de matériaux (polymère, céramique ou métal) en remplaçant simplement la tête d’impression, permettant de varier le type de pièce imprimé.

Repérés lors du concours Les Entreprenariales par Airbus, les fondateurs de Lynxter - Thomas Batigne, Julien Duhalde et Karim Sinno - n’en sont alors qu’à la genèse de leur projet. Amis depuis l’école d’ingénieurs de Tarbes, l’ENIT, ces ingénieurs mécanique industrielle en devenir travaillaient sur la fabrication d’une imprimante 3D. Lors de la présentation du projet au concours, Airbus a ainsi interpellé ces derniers en précisant que s’ils créaient cette machine, l’entreprise leur achèterait. Après avoir remporté le concours en mars 2016, ces amis ont créé la société et « signé le bon de commande avec Airbus pour cette machine qu'on avait initialement conçue pour nous-mêmes » détaille Thomas Batigne, ajoutant que « six mois après, nous livrions cette première machine ».

Julien Duhalde, Thomas Batigne et Karim Sinno ont fondé Lynxter en mars 2016 après avoir remporté le concours des Entreprenariales cette même année. (Crédit : Lynxter)

Savoir se démarquer sur un marché déjà développé

A partir de là, la jeune pousse a pris le temps de réfléchir aux besoins marché, cherchant à se différencier et intégrant rapidement des technologies supplémentaires sur cette machine. « Aujourd'hui, ce que l'on propose, ce sont des solutions de fabrication additive ou d'impression 3D très polyvalentes pour pouvoir répondre à des problématiques de fabrication d'urgence. Typiquement, un industriel qui aura un outillage spécifique ou une pièce qui placée sur une ligne d'assemblage ou sur des véhicules armés, peut se retrouver dans des situations complexes pour les réapprovisionnements. Ce que l’on propose, c’est une solution de fabrication d'urgence hyper polyvalente en termes de matériaux qui répond à une grande partie de ces problématiques » précise Thomas Batigne, co-fondateur et président de Lynxter.

En parallèle, « la machine permet d'imprimer des nouveaux matériaux dans l'impression 3D ou de composer des pièces avec différents matériaux pour l'impression 3D » avance le co-fondateur, estimant que cela permet à des sociétés de développer des nouveaux produits, « d’aborder une autre approche grâce à ces procédés, à l’exemple des marchés de l'orthopédie où l’on est toujours sur du sur-mesure. Nous pouvons désormais faire du sur-mesure en série » explique-t-il. Lynxter propose ainsi un produit unique, l’imprimante 3D industrielle S600D modulaire. Avec cet outil, les entreprises peuvent utiliser plusieurs familles de matières sur la même machine : thermoplastiques, silicones, céramiques, métaux, … « A ce niveau-là, nous n’avons pas de concurrence directe » indique Thomas Batigne. « Dans une même journée, il est possible d’imprimer un manchon orthopédique en silicone, une pièce de voiture en thermoplastique avec des fibres de carbone ou encore une entretoise en en céramique ».

Sur des marchés comme celui de l'orthopédie (ici un manchon), l'imprimante 3D industrielle S600D permet de faire du sur-mesure en série. (Crédit : Lynxter)

Une croissance de 110 % depuis 2017

Deux ans et demi après sa levée de fonds, Lynxter s’est largement développée. L’entreprise s’est diversifiée, ciblant des domaines variés, tels que le transport, l'aéronautique, l'industrie, la défense, le médical, ou encore le luxe et le sport. Avec des clients comme Renault, Polytechnique, Total, Airbus, Schneider ou encore Sanofi, l’entreprise a clairement passé un cap. À la suite d’une première levée de fonds, Thomas Batigne précise que l’équipe s’est largement agrandie, comptant aujourd’hui 20 personnes. « On avait comme objectif en 2021 d’internationaliser la société, notamment au niveau européen. On a donc monté toute une chaîne de distribution en Europe et aujourd'hui nous avons des machines un peu partout en Europe. Nous travaillons actuellement sur l'ouverture d'une filiale aux États-Unis qui est le plus gros marché de l'impression 3D dans le monde » ajoute-t-il.

Poursuivant ses objectifs de croissance, l’entreprise fait construire un bâtiment pour accueillir ses activités. « Actuellement, nous sommes en pépinière et nous saturons cette dernière. Nous faisons donc construire un bâtiment de 3 500 m² pour pouvoir employer jusqu'à 120 - 150 personnes sur site à Bayonne ». Un projet également soutenu par les entités locales. A ce jour douze postes sont à pourvoir, notamment un technicien support client et un responsable des ventes. « Nous allons investir le bâtiment courant 2023. À ce moment-là, nous devrions être presque une cinquantaine et nous grandirons dans ce bâtiment jusqu'à arriver à une centaine de personnes ». La jeune pousse affiche une croissance au beau fixe depuis 2017 avec une moyenne de 110 %.

Les produits sont pensés et fabriqués dans les ateliers installés à Bayonne, au Pays basque. (Crédit : Lynxter)

La pénurie de composants impacte le marché

« Nous avons été impacté dans les deux sens, positivement et négativement. Nous sommes impactés négativement dans le sens où tout ce qui relève de l’approvisionnement d’éléments constitutifs de nos machines est difficile à gérer. Nos équipes font des pieds et des mains pour avoir des pièces, qu’il s’agisse de semi-conducteurs, des ventilateurs, de l'électronique ou des écrans » précise Thomas Batigne. Il explique que l’entreprise n’a pas subi cela dès le début contrairement à d’autres entreprises, mais en décalé, étant plus impacté aujourd’hui. En conséquence, les équipes ont créé des logiques d’approvisionnement secondaires.

« A l'inverse, ça a fait prendre conscience à beaucoup d'industriels de la criticité de l'approvisionnement et de la nécessité de pouvoir être autosuffisant sur certaines pièces, sur des stocks de pièces spécifiques ou même quelques composants standard » ajoute-t-il. En ce sens, les entreprises se sont rapidement tournées vers les machines d’impression 3D de Lynxter. Forte de son expansion internationale, l'entreprise a su exporter sa machine S600D dans 9 pays.