La pénurie de développeurs et de travailleurs IT en général oblige les entreprises à se tourner vers les « citizen developers » - que l’on pourrait traduire par codeur amateur - au sein de leur entreprise pour créer des applications métiers qui soutiennent les efforts de transformation numérique. Trouver des profils ayant des compétences en développement, ou les former en interne, devient une priorité, selon John Bratincevic, analyste principal chez Forrester. Lorsqu'il s'entretient avec des entreprises clientes, la question la plus fréquente qu'il reçoit est de savoir comment elles peuvent mettre en place et organiser une stratégie propre à ce type de développeurs.

Ce qui rend le concept de citizen developpers possible, c'est l'existence d'un grand nombre de plateformes de développement low/no-code, qui offrent aux utilisateurs professionnels ayant peu ou pas d'expérience du codage la capacité de développer des applications en fonction des besoins de l'entreprise. Les entreprises tirent parti de ces plateformes pour créer « des centaines ou des milliers d'apprentis développeurs au sein de leur structure. Elles veulent savoir comment former ces personnes, afin qu'elles deviennent vraiment compétentes en matière de low-code », a déclaré M. Bratincevic. « À mon avis, le développement low-code va devenir un enjeu pour l’employé, tout comme les outils de productivité personnelle », a-t-il ajouté.

L'essor du low-code

Une enquête menée en janvier par le cabinet d'études IDC auprès de 380 entreprises a montré que 49 % des répondants achètent des plateformes low-code et no-code pour internaliser l'innovation. La deuxième raison la plus importante pour l'achat de ces outils (39 %) était « les besoins liés à une pandémie ». En 2021, le marché mondial des plateformes low-code a atteint 13,8 milliards de dollars de revenus. Et l'adoption de ces solutions augmente de plus de 20 % par an, selon le cabinet d'études Gartner. D'ici 2023, ces outils devraient être adoptés par plus de la moitié des entreprises de taille moyenne à grande.

Les outils de développement low-code font abstraction de la base de code plus couramment utilisée et la remplacent par une interface utilisateur de type Wysiwyg (what you see is what you get) pour construire une application. Cette fonction permet aux employés qui n'ont pas nécessairement de formation technique de s'initier au développement, ce qui élargit les possibilités de recrutement au-delà du bassin d'embauche traditionnel. En outre, les outils low-code donnent aux développeurs traditionnels la possibilité de se concentrer sur des tâches plus difficiles tandis que d'autres s'occupent de tâches de développement plus simples grâce à cette technologie. Bien qu'il existe des dizaines d'entreprises proposant des offres low/no-code, les leaders du marché sont OutSystems, Mendix, Microsoft, Salesforce et ServiceNow, selon Gartner. Les plateformes vendues par Appian, Oracle et Pega sont de leur côté classées en tant que challengers.

Les métiers friands de développement en low-code

Le fournisseur de logiciels de cloud computing ServiceNow a déclaré que plus de 80 % de sa clientèle utilisait désormais sa solution low-code, App Engine. Et la base de développeurs actifs d'App Engine augmente de 47 % chaque mois, selon l'entreprise. Marcus Torres, directeur général de l'activité App Engine chez ServiceNow, a déclaré que la capacité de créer des applications métiers avec ces plateformes devient un ensemble de compétences attendues par les entreprises. Cela s'explique en grande partie par le fait que le métier est à l'origine du développement des applications et non l'IT. Le taux d'adoption est donc beaucoup plus rapide.

Les millénials et les jeunes travailleurs qui constituent la majorité de la main-d'œuvre actuelle sont beaucoup plus à l'aise avec la technologie, y compris le développement de logiciels, que les salariés plus âgés. « Ils comprennent qu'il existe une application qui leur est utile », a déclaré M. Torres. « Avec ces plateformes [low-code], les gens essaient généralement, obtiennent un certain succès initial, puis essaient d'en faire plus ». Marcus Torres a vu des groupes allant des équipes de support aux départements des ressources humaines développer des applications, le travail de développement étant effectué par des personnes qui n'ont généralement pas de pedigree IT.

Par exemple, des employés de l'équipe de cafétéria de ServiceNow ont créé une application de menu en utilisant les outils low-code d'App Engine. Après la mise en ligne du menu, les employés ont demandé s'ils pouvaient commander leurs repas via l'application, et l'équipe du support a donc étendu l'application pour inclure les commandes de nourriture en utilisant les mêmes outils. Puis, bien sûr, l'application a dû inclure un système de paiement pour acheter les commandes, et elle a donc encore évolué. « Ils [les employés] commencent généralement par une application basée sur des formulaires, puis ils découvrent qu'ils veulent en faire plus », ajoute Marcus Torres.