Au MWC 2026, du 1 au 5 mars dernier à Barcelone, Huawei a levé le voile sur ses dernières innovations réseau, sans fil comme filaires. Christophe Batiard, CTO Europe de l'équipementier chinois, nous a détaillé les avancées en cours sur la future standardisation de la norme WiFi 8, les progrès significatifs déjà intégrés dans les bornes WiFi 7, la virtualisation des points d'accès pour les environnements industriels, une génération de switches multimatrix à double plan de contrôle, ainsi que l'arrivée imminente du refroidissement liquide sur les switches 800G et 400G. 

Les puces WiFi de Huawei. (Crédit P.K.)

Tous les grands acteurs du secteur planchent sur la prochaine norme sans fil, et Huawei ne fait pas exception. Christophe Batiard nous a expliqué que l'équipementier chinois intègre déjà dans ses produits WiFi 7 des technologies appelées à devenir des piliers du WiFi 8. C'est notamment le cas d'une fonctionnalité de réduction des interférences sur les bandes de 40 et 80 MHz, permettant d'offloader le trafic de façon plus efficace. «  Cela sera présent dans la norme WiFi 8 parce que c'est déjà standardisé », confirme Christophe Batiard. Combinée à la coordination multi-Access Point et au beamforming (ou formation de faisceaux) des antennes pilotées, cette approche fait fonctionner le réseau « quasiment comme un réseau cellulaire », selon ses termes. Le résultat est mesurable : sur une bande de 320 MHz, les bornes WiFi 7 de Huawei couvrent déjà 600 m² avec un débit dépassant les 15 Gb/s, là où les concurrents plafonnent autour de 8,5 Gb/s, selon le responsable. « C'est grâce à la capacité de gestion des interférences. Aujourd'hui, c'est unique chez Huawei. Demain, dans le WiFi 8, probablement les concurrents seront normés là-dessus », nuance le CTO Europe. Cette performance ne se traduit pas par une couverture plus étendue, mais par une densité de trafic bien supérieure sur une même zone. 

Un algorithme pour un débit constant en mobilité 

Huawei a également présenté au MWC une innovation algorithmique destinée à stabiliser les débits lorsqu'un terminal se déplace autour d'une borne. Dans un système WiFi classique, le débit fluctue — et chute — dès qu'un terminal s'éloigne ou se déplace rapidement par rapport à l'antenne. Pour y remédier, l'équipementier a développé un algorithme capable de recalculer en temps réel la qualité du signal entre le terminal et l'antenne. « Une fois activé, si vous vous déplacez, votre débit reste le même », explique Christophe Batiard. Concrètement, l'algorithme ajuste en permanence la puissance de l'antenne et son beamforming, évitant les baisses de débit drastiques qui surviennent, par exemple, dans des environnements à plusieurs antennes. Le résultat est une expérience utilisateur qualifiée de « seamless » : « si vous êtes capable de le calculer en temps réel, la puissance de votre antenne et son beamforming va être ajusté en temps réel et vous aurez donc une connectivité transparente », précise-t-il. 

Virtualisation des AP et détection de caméras cachées 

Pour les déploiements industriels à grande échelle, le fournisseur de Shenzhen virtualise ses points d'accès WiFi afin de maintenir un état des canaux constant et d'éviter les interruptions de connexion lors des transitions entre bornes. Cette approche permet de gérer des centaines de bornes sans que les équipements mobiles — robots notamment — n'aient à se réauthentifier à chaque changement de boitiers. « Nous avons virtualisé les bornes sur un seul canal pour éviter les paquets clos. Nous obtenons une perte inférieure à 0,2%, alors que les concurrents sont à plus de 5%», souligne le CTO Europe. Des usines comme celles d'Ikea ou de Volkswagen bénéficient déjà de cette technologie, permettant de piloter des flottes de robots avec une continuité de service totale. Autre démonstration remarquée sur le stand de Barcelone : un boîtier portable de détection de caméras cachées. Le dispositif exploite les perturbations du spectre électromagnétique émises par une caméra sans fil, même lorsque celle-ci n'est pas connectée à un réseau. « La caméra est allumée, il détecte la perturbation du spectre électromagnétique. Elle n'a pas besoin de transmettre ni au WiFi, ni en 4G, ni rien. Nous la détectons quand même », précise Christophe Batiard. Particulièrement utile dans des contextes sensibles — hôtels, salles de réunion d'entreprise, locations saisonnières —, la solution s'appuie sur une base de signatures électromagnétiques connues pour identifier les modèles de caméras. 

Intégrée dans un boîtier portable, la détection de caméras cachées à partir de la perturbation du spectre électromagnétique (Crédit P.K.)

Switches multimatrix : zéro interruption de service 

Sur le segment filaire, Huawei a présenté un switch multimatrix intégrant deux plans de contrôle (deux puces réseau distinctes) fonctionnant en mode actif-actif, mais partageant un unique plan de trafic L'objectif est d'assurer la continuité du service lors des mises à jour logicielles, un scénario critique dans les environnements hospitaliers ou industriels où toute interruption est inacceptable. « Nous avons conçu fait un switch Multimatrix. Même si vous plantez le plan de contrôle, le plan de transfert continue. C'est vraiment pour pouvoir faire de l'upgrade à chaud sans interrompre le réseau », résume Christophe Batiard. Huawei décline par ailleurs ses switches en versions industrielles, avec des ports et fonctionnalités identiques aux modèles classiques mais durcis pour les environnements de type usine, comme ceux déployés chez le constructeur automobile chinois BYD. L’équipementier mise sur l’augmentation des capacités de chiffrement et de déchiffrement sur ces plates‑formes Ethernet afin de répondre aux besoins croissants en sécurité, tout en conservant un contrôle automatisé via ses contrôleurs SDN maison. 

Les deux plans de contrôle, hébergés sur deux puces réseau distinctes mais en mode actif‑actif dans un même châssis, permettent de réaliser des upgrades à chaud : même en cas de panne d’un control plane, le plan de transfert continue d’acheminer le trafic. (Crédit P.K.)

Refroidissement liquide des ports 800G et 400G 

Enfin, Huawei franchit un cap dans le refroidissement de ses équipements réseau haute densité. Le chinois annonce l'arrivée imminente de switches 400G refroidis par liquide, le 800G étant attendu d'ici la fin d'année. La particularité de l'approche Huawei réside dans le périmètre du refroidissement : là où Nvidia/Mellanox et Cisco — pionniers sur ce segment — se contentent de refroidir les puces de contrôle, Huawei étend le refroidissement aux ports eux-mêmes. « L'innovation chez nous, c'est que nous allons tout refroidir : pas que la CPU, nous refroidissons aussi es ports pour plus de performances, pour éviter que ça chauffe », insiste Christophe Batiard. Cette différenciation technique devrait permettre de tirer pleinement parti des densités de ports extrêmes exigées par les nouvelles architectures d'IA en datacenter. Pour accompagner les fabric IA à très grande échelle, Huawei revoit enfin l’architecture de ses réseaux de data center en multipliant les fabriques parallèles plutôt qu’en ajoutant des couches hiérarchiques. Cette approche vise à scaler jusqu’à plusieurs dizaines de milliers de GPU à 800 Gb/s, tout en limitant la complexité de la topologie et en maintenant une politique de « zéro packet loss » critique pour les entraînements distribués. « Nous parallélisons les fabrics et on repasse par les NIC des GPU pour gérer le trafic interfabric, ce qui permet de scaler quasiment autant qu’on veut sans rajouter de couches », résume le CTO Europe.

Là où ses concurrents se concentrent principalement sur le refroidissement des CPU et ASICs, « l’innovation chez nous, c’est que nous allons tout refroidir, pas seulement la CPU mais surtout les ports », insiste Christophe Batiard, CTO Europe chez Huawei. (Crédit P.K.).