Beaucoup de dirigeants s’agitent pour tirer profit de l’IA. Un sentiment exacerbé par les promesses miraculeuses des fournisseurs et le battage médiatique incessant sur ce sujet. Mais pour Anu Khare, DSI d’Oshkosh, pas d’excitation particulière en adoptant une voie calme et pragmatique. Il explique qu’en se concentrant sur les opportunités métiers, la technologie ne pose pas de problème. Il ajoute aussi que l’objectif n’est pas de rechercher tous les outils IA disponibles sur le marché, mais de travailler avec l’éditeur pour résoudre les problèmes vraiment importants.
Pour mémoire, Oshkosh est une entreprise industrielle américaine de plus de 108 ans et adresse plusieurs marchés allant des passerelles d'embarquement pour aéroports, des camions-bennes, des camions de pompiers, des chariots télescopiques,... La société développe par ailleurs des applications de mobilité et investit dans la conduite autonome. Elle comprend 18 000 employés dans le monde.
L'IA comme levier stratégique
Dans le cadre de sa stratégie d’innovation citée précédemment, l’IA occupe une place centrale indique le DSI. Il la considère à la fois comme un facteur de différenciation des produits et un générateur de valeur. Il ajoute que l'IA n'est pas seulement un outil que l'entreprise utilise pour accélérer un processus. Oshkosh intègre plutôt l'IA au cœur même de ses produits et de son mode de fonctionnement.
Le premier exemple est la technologie CartSeeker, qui utilise la computer vision où un système est capable de voir et d’interpréter des images et des vidéos. Elle sert à identifier les conteneurs à déchets au sein de la dernière génération des camions-bennes du groupe. L’IA sert aussi d’autres usages comme l’indique Anu Khare notamment l’optimisation des prévisions de la supply chain, une meilleure efficacité dans la fabrication et une amélioration de la rentabilité des ventes sur le marché de l’occasion.
Une démarche en quatre piliers
L'approche d'Oshkosh s’appuie sur une stratégie IA en quatre points qui apporte structure et discipline à la création de valeur. Tout d'abord, le responsable décrit l'importance de la portée de l'IA. Plutôt que de la considérer comme une technologie unique, la société la traite comme un portefeuille combinant le ML, les robots RPA, l'IA générative, les applications prêtes à l'emploi et les modèles analytiques afin d'automatiser les tâches et d'améliorer la prise de décision. Le second pilier concerne les technologies IA. En tirant parti de plateformes cloud évolutives telles qu'Azure et Databricks, Oshkosh a délibérément évité de créer un immense lac de données ou entrepôt de données. Elle a plutôt rendu son infrastructure évolutive en fonction de la proposition de valeur, en mettant l'accent sur l'agilité plutôt que sur la taille pour elle-même. Le troisième pilier, la priorisation et la concentration de l'IA, est celui où la valeur devient la plus visible. Une fois par an, dans le cadre du processus de planification stratégique de l'entreprise, Oshkosh organise des ateliers conjoints avec les divisions métiers et les services opérationnels afin d'identifier les opportunités les plus prometteuses.
Les dirigeants partagent leurs problèmes, le service IT apporte son savoir-faire et, ensemble, ils évaluent la valeur potentielle. M. Khare explique que si une division métier leur indique que la résolution d'un problème particulier pourrait générer des millions de bénéfices, ils saisissent cette opportunité dès le départ, fournissent la solution, puis comparent les résultats réels aux projections. Enfin, il y a la mesure de la valeur. Une fois le projet déployé, le service IT s'associe à l'équipe financière pour calculer la part des résultats métiers qui peut être attribuée équitablement à l'IA par rapport à la prise de décision humaine. M. Khare souligne que l'IA vient en renfort aux humains, elle ne les remplace pas, et qu'il serait erroné d'attribuer toute la valeur à l'IA alors que les humains continuent d'effectuer la majeure partie du travail.
L'exemple du marché de l’occasion
Un exemple frappant est celui de l'objectif stratégique visant à porter les ventes sur le marché d’occasion à 30 % du chiffre d'affaires. Pour y parvenir, il fallait repenser la disponibilité des pièces de rechange afin d'assurer une livraison dans les 24 heures sans faire exploser les coûts d'inventaire. Grâce à son infrastructure IA, Oshkosh a analysé les modèles de demande de pièces, la capacité actuelle des entrepôts et la proximité des clients pour déterminer précisément quelles pièces stocker et à quels endroits, optimisant ainsi la disponibilité et minimisant le gaspillage.
Il en a résulté une livraison plus rapide, des clients plus satisfaits et une augmentation mesurable du chiffre d'affaires. Selon M. Khare, c'est là que l'IA excelle, non pas en automatisant simplement les tâches, mais en permettant des décisions plus intelligentes et plus rapides qui font évoluer les performances de l'entreprise.
Formation et pilotage concerté
Anu Khare a placé l’acculturation et la gouvernance au cœur du parcours d'Oshkosh vers l'IA. En 2025, l'entreprise a organisé une série de huit sessions de formation sur ce sujet qui a attiré plus de 1 200 collaborateurs désireux de comprendre comment l'IA s'applique à leur fonction. Par exemple, un module d’e-learning à la demande complète les sessions en présentiel, rendant la formation accessible à l'ensemble de l’entreprise. Selon M. Khare, une formation continue à l'IA est essentielle pour instaurer la confiance et l'engagement.
Sur le pilotage et la gouvernance, un conseil pour l'adoption de l'IA a été mis en place. Il comprend des responsables informatiques, juridiques, de la cybersécurité et des métiers pour traiter de plusieurs sujets : les risques, l’accélération de l’adoption et la hiérarchisation des investissements. L'équipe suit aussi l'utilisation et la précision des modèles, et intervient lorsque l'adoption est à la traîne. M. Khare explique que la confiance est réciproque, car ils évaluent si les modèles sont utilisés et comment ils fonctionnent, et ont des conversations honnêtes lorsque l'adoption n'est pas à la hauteur. Il ajoute que ce niveau d'engagement contribue à établir une crédibilité durable auprès de l'entreprise.
La règle des 80/20 pour la valeur de l'IA
Lorsque M. Khare se projette dans l'avenir, il imagine que l'IA sera intégrée de manière transparente dans les flux de travail, des systèmes ERP à la prise de décision quotidienne, plutôt que de fonctionner comme un outil distinct. Il conseille aux autres DSI de se concentrer sur les 20 % d'initiatives qui créent 80 % de la valeur, et de rester focalisés sur les problèmes et les opportunités commerciales. M. Khare met en garde contre le risque de se laisser emporter par l'engouement pour l'IA, exhortant ses pairs à commencer par ce qui compte le plus et à laisser la technologie suivre.

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