Détenu majoritairement par l’Etat (62 %) avec une participation minoritaire de Thales (35 %), Naval Group a dévoilé un partenariat clé avec la société Cortaix créée en mars 2024 par Thales qui regroupe ses activités IA. Objectif affiché : monter fortement en cadence dans ce domaine afin de gagner en compétitivité industrielle. « L’IA est un démultiplicateur des performances opérationnelles des systèmes que l’on propose à l’intérieur de nos bateaux », a expliqué Eric Papin directeur technique de Naval Group ce mardi matin lors d’un point presse. « Nous avons besoin d’une IA dans laquelle les marins vont avoir confiance, qui exploite au mieux les données produites à bord des bateaux, sécurisée pour ne pas faire autre chose contraire à sa destination initiale, et intégrée au coeur des systèmes que nous développons ».
Partenaire de longue date du spécialiste en conception et intégration de systèmes de défense, Naval Group s’est tourné vers son entité Cortaix dans le cadre d’un accord qualifié de structurant. Ce dernier est à plusieurs étages : tout d’abord une entrée de Naval Group au capital de Cortaix à hauteur de 20 % - mais aussi dans sa gouvernance - pour peser dans les orientations stratégiques et techniques et garantir une adéquation des solutions à ses besoins. « Ce rapprochement s’est imposé comme une évidence », poursuit Eric Papin. « Nous travaillons beaucoup avec Thales sur nos programmes et nous avons beaucoup d'innovations en commun, par exemple les data embarquées à bord des bateaux ». Dans le cadre de cette annonce, une quinzaine d’ingénieurs de Naval Group intégreront également un nouveau site ouvert par Cortaix d’ici mai à Ollioules en Paca, non loin de Toulon et de son port militaire.
De l’intégration IA sans couture
Ce rapprochement donnera à Naval Group la capacité d’intégrer l’IA pour répondre à différents usages. Notamment dans le domaine de la lutte en champ proche, prenant en compte des menaces maritimes variées, où l’IA doit servir à mieux les détecter et déterminer la meilleure manière de les classifier, de les identifier et de les détruire. De même, l'IA doit servir à enrichir les données de renseignements dans le cadre d’opérations tactiques supportées dans le système de gestion de combat. « Ces données peuvent arriver de manière très brutale avec une grande quantité d’informations à digérer et donc nous allons utiliser aussi l’IA pour faire de l’aide à la conduite de mission et à l’analyse de renseignements pour enrichir la situation tactique comme détecter des comportements anormaux de certaines pistes grâce à des renseignements issus d’autres forces armées que la Marine », fait savoir Eric Papin.
Avec ce partenariat, Naval Group indique également vouloir disposer d’une chaîne de développement logiciel garantissant que les composants IA (logiciels, capteurs, puces...) développés par Cortaix soient intégrables sans couture dans ses systèmes, aussi bien ceux fournis par Thales que développés en propre.
Mistral embarqué dans les systèmes des navires
L’intégration des technologies IA de Cortaix dans les systèmes embarqués des bâtiments de Naval Group devra prendre en compte leur différence de génération. « Il y a des navires qui ont l’âge de leurs artères et des navires futurs avec des architectures numériques complètement refondues et cloud. L’intérêt de travailler en intimité avec Cortaix c’est de trouver des algorithmes qui vont être adaptés à des environnements disposants de manière native de grosses puissances de calcul pour faire de l’inférence ou au contraire des modèles qui devront tourner de manière très frugale parce que les capacités de calcul embarquées ne sont pas forcément énormes », explique Eric Papin.
Parmi les modèles embarqués par Cortaix pour Naval Group, on retrouve - mais est-ce vraiment surprenant - ceux de Mistral. « Tous les modèles sont entrainés et intégrés dans les systèmes natifs des bateaux comme des frégates de défense et d’intervention », indique Eric Papin. « Nous utilisons des solutions de data hub embarqués, une architecture très moderne, très modulaire pour venir héberger des composants IA sur les bateaux actuels ». Plusieurs types de navires accueilleront les technologies IA de Cortaix, dont les derniers modèles de frégate d’intervention et de défense (FDI), sans date précisée à ce stade.

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