Un mois après son Summit 2026 à Atlanta (11-14 mai), Red Hat France a organisé un point presse pour revenir sur les annonces marquantes et faire un bilan d’étape de l’année en cours. Parmi les principaux moteurs de croissance mis en avant, sa capacité à répondre aux enjeux de dépendance technologique des entreprises, et sans surprise l'IA. « Le grand sujet des DSI c’est de ne pas être pieds et poings liés avec des technologies et ne pas se mettre dans un corner », assure Rémy Mandon, country manager France de Red Hat. Pour le fournisseur la mission parait simple : proposer des solutions évolutives avec un niveau de service équivalent à ce que l’on peut trouver dans le monde propriétaire. Mais la tâche s’annonce en fait plus complexe.
En effet, depuis quelques mois Red Hat tente d'élargir la notion de souveraineté numérique au-delà de la simple conformité réglementaire pour englober l'indépendance vis-à-vis des fournisseurs, le contrôle de l'IA et l'autonomie opérationnelle. Et ce alors même que la société n'opère pas directement d'infrastructures cloud, celle-ci étant portée par IBM via son offre Sovereign Core. La société tente cependant d’argumenter : « Avec une licence open source la question du kill switch ne se pose pas car personne ne peut dire qu’il débranche un client », fait savoir Rémy Mandon. Et David Szegedi, CTO France chez Red Hat, d’ajouter : « Nous essayons de garder une relation en mode souverain avec un client en s’appuyant sur des éditeurs européens et des portails hébergés en Europe pour des tickets de support et en proposant des outils et des templates pour mettre en oeuvre des règles. » Red Hat martèle aussi et que tout ce qui développé est d’abord déversé dans les communautés et qu’il ne détient pas de propriété intellectuelle. Tout en ne niant cependant pas que des intégrations avec des solutions propriétaires portées par IBM dans les communautés pourront être protégées.
L’heure de l’IA agentique a sonné
L’autre grand sujet pour l’entité française de l’éditeur américain est donc l’IA, qui avait d’ailleurs déjà été au coeur de son Summit France fin 2025. Mais cette fois, un cap semble bien avoir été atteint : « Il y a un changement de questionnement de la part de nos clients et nous sentons un tournant vers l’IA agentique », indique Rémy Mandon. Alors que jusqu’à présent les clients de la société avaient surtout des préoccupations orientées GenAI et se posaient des questions pour savoir où localiser leurs serveurs d’inférence, quels types de matériels acheter, savoir où consommer de la capacité de calcul... la situation a bien évolué vers les agents IA. Non sans amener quelques problèmes. « Les grands éditeurs de LLM ont changé leurs modèles de tarification avec un montant déterminé pour un certain nombre de tokens ce qui amène en sous-jacent les clients à se poser des questions en termes de compétence, de bande passante, et de gestion des pics de demande en automatisation », explique Rémy Mandon.
Pour porter les projets agentiques dans les entreprises, le fournisseur met notamment en avant Red Hat AI qu’il présente comme un middleware doté des briques nécessaires pour créer des applications et des agents. Incluant llm-d (inférence distribuée), Llama Stack, MCP, sans compter des composants certifiés pour tourner sur des systèmes DGX de Nvidia. « Le discours des fournisseurs de LLM est de dire qu’il faut prendre leur LLM sur leur serveur d’inférence, mais nous avons un rôle majeur à jouer pour fournir un middleware transversal, qui tourne sur n’importe quel LLM et processeur », explique Rémy Mandon.
9 000 VM migrées de VMware vers OpenShift chez Emirates NBD
Sans donner de chiffres d’activité, l’éditeur indique que deux secteurs tirent son activité : les secteurs très réglementés (comme la banque) et public (ministères, administrations, collectivités locales...). Outre les moteurs de la quête d’indépendance technologique et l’IA, l’éditeur a aussi indiqué de très grosses migrations sur Openshift, portées par des migrations de projets de virtualisation tournant jusqu’alors sur VMware. Si le fournisseur préfère rester discret sur les références françaises, il est un peu plus locace sur d’autres étrangères, notamment la banque Emirates NBD qui a basculé plus de 9 000 VM de VMware vers OpenShift Container Platform.
Lors de ce point presse, le fournisseur est par ailleurs également revenu sur deux dernières annonces intéressantes - et déjà évoquées dans nos colonnes - à savoir le support à vie pour certaines versions de RHEL, le projet Lightwell combinant IA et expertise humaine pour coordonner l’intégration de patchs de sécurité dans la supply chain des entreprises sans interruption de service. Ou encore Hummingbird visant à accélérer le développement des applications cloud native avec des images conteneurs très légères.

Commentaire