Créée en 2008 à Indianapolis pour simplifier l’hyperconvergence (HCI) dans les PME et les environnements distribués, Scale Computing s’est fait connaître avec une offre de virtualisation basée sur KVM, commercialisée sous le nom HC3, disponible en appliances ou via des partenaires matériels. La société pousse alors des déploiements edge de type « Robo » (succursales), notamment via des mini-PC de type NUC destinés à l’industrie et à la distribution, en mettant en avant le coût et le format compact pour rendre la haute disponibilité accessible sur de petits sites. Lors de l’IT Press Tour de janvier 2026 au Computer History Museum de Mountain View, Craig Theriac, VP Product Management, a rappelé le changement de périmètre depuis l’été précédent : « Scale Computing a été rachetée par une société appelée Acumera » avec l’objectif affiché d’accélérer la feuille de route plutôt que d’empiler des produits. Fournisseur texan de connectivité sécurisée et de services réseau managés orientés retail et environnements distribués, Acumera a conservé la marque Scale Computing, avec un siège à Austin et une couverture élargie en Amérique du Nord, Amérique latine et EMEA. « Ce n’est pas une mise sous cocon ou un simple rebranding de produits, mais l’accélération d’une vision déjà en cours, en combinant nos briques d’infrastructure avec leurs capacités de réseau et de change management », souligne Craig TheriacLe rapprochement répond à un constat partagé : les clients doivent gérer à la fois l’infrastructure de virtualisation, les applications, le réseau et la sécurité sur des centaines voire des milliers de sites. « Notre ambition est de couvrir l’ensemble du spectre edge, du data center local jusqu’au magasin ou au navire en mer, avec une expérience homogène pour le déploiement et l’exploitation des applications métiers », indique le dirigeant.

HyperCore, Fleet Manager, Reliant, AcuVigil 

Le socle historique, HyperCore, se positionne comme une pile HCI intégrée combinant calcul, stockage et virtualisation dans une couche logicielle unique, conçue pour rester opérationnelle avec peu d’intervention et pour offrir une haute disponibilité sur site. Dans sa présentation, Scale Computing met en avant une auto-remédiation, des snapshots et de la réplication pour réduire les opérations manuelles, afin de « rendre les infrastructures déployables, opérationnelles, résilientes » dans des conditions réelles. Quand les déploiements dépassent un site unique, Fleet Manager prend le relais comme console cloud unique pour la visibilité multi-clusters, l’orchestration, et l’administration d’une flotte, avec alertes et métriques en temps réel. L’éditeur y associe le Zero-Touch Provisioning (ZTP) pour automatiser le déploiement : un nœud préconfiguré est expédié, branché sur site, puis enrôlé à distance pour passer « du déballage à « je suis prêt à commencer à gérer les charges de travail » sans expertise locale. Autre brique, l’Application Lifecycle Management (ALM) vise à pousser applications et mises à jour sur toute la flotte « sans scripting, expédition ou intervention physique sur site », tout en limitant la dérive de configuration. 

Avec son acquisition par Acumera, Scale Computing ajoute Reliant, une approche « edge computing as a service » plus orientée conteneurs et orchestration, où le fournisseur prend une part plus importante de l’exploitation, en particulier pour des opérateurs multisites. Craig Theriac résume la logique en opposant un modèle outillé à un modèle à engagement de résultat : « avec Reliant... Ce n’est pas un voici un outil. C’est concentrons-nous sur un résultat». La présentation de l’éditeur illustre ce positionnement par des cas d’usage retail à grande échelle (dont des déploiements dépassant 10 000 sites) et par des charges IA en magasin, où la latence et le débit imposent de traiter localement. Enfin, AcuVigil complète l’ensemble côté réseau avec un service managé s’appuyant sur des équipements durcis intégrant SD-WAN et pare-feu nouvelle génération, assortis de visibilité, d’accès distant sécurisé et d’observabilité des ports et endpoints. Le service met l’accent sur la conformité (notamment PCI) via scans internes et externes, analyse de trafic et fonctions de sécurité, avec un support NOC 24/7 pour éviter d’opérer son propre centre de supervision. 

Coût, résilience, conformité, IA 

Scale Computing relie ces briques à quatre moteurs récurrents du edge : le coût (refacturer pour le cloud étant souvent jugé trop cher), la résilience (connectivité imparfaite), la réglementation et la protection des données, et l’IA, dont l’inférence exige parfois un traitement local. Craig Theriac résume l’enjeu de passage à l’échelle : « La préparation du modèle détermine si l’IA fonctionne ou non, la capacité opérationnelle détermine si elle évolue », en ciblant précisément le déploiement, les mises à jour, la reprise et la visibilité sur des centaines ou milliers de sites. Sur le terrain, l’éditeur insiste aussi sur la gestion de parc : surveillance centralisée, accès sécurisé sans dépendre d’une présence IT locale, et maintien d’activité même en cas de panne réseau, les applications continuant à tourner sur site jusqu’au retour de la connectivité. 

Face à VMware, une alternative unifiée pour l’edge 

Dans ce contexte, Scale Computing assume une stratégie de conquête liée au marché post-rachat de VMware par Broadcom, en visant les renouvellements et les clients frappés par des hausses de prix ou des changements de programme partenaires. Craig Theriac relie une grande partie des migrations à l’économie et au ressenti des clients : « L’argent est au cœur de beaucoup de choses», tout en évoquant une base d’utilisateurs « se sentant rejetés après l’acquisition ». L’éditeur estime disposer d’un avantage tactique : une pile de virtualisation et d’orchestration déjà éprouvée pour l’edge avant la période de turbulence, désormais complétée par une offre unifiée réseau + exploitation + conteneurs, pensée pour la résilience et les environnements multi-sites. « Dans le segment PME et mid‑market, jusqu’à 90% des projets proviennent de migrations depuis un environnement virtuel existant, majoritairement VMware ; le changement principal n’est pas technique mais la brusque poussée de la demande d’alternatives depuis le rachat par Broadcom », observe Craig TheriacScale Computing affirme capter autant des clients finaux que des partenaires de distribution sortis des programmes de VMware, et met en avant la simplicité de déploiement de son HCI, capable de tourner sur des nœuds très compacts et peu dotés en ressources

Scale Computing revendique plus de 100 000 sites gérés ou sécurisés et plus de 250 000 workloads edge en production dans le monde, couvrant commerce de détail, restauration rapide, logistique, transport, construction ou secteur public. Les cas d’usage cités vont de la vidéosurveillance dans l’aéroport de San Diego à la caisse de Dunkin Donuts ou Hudson News, en passant par des systèmes de point de vente maison dans la distribution spécialisée. La société met en avant un modèle de déploiement sans intervention locale : des nœuds pré‑imagés sont expédiés en magasin, le responsable branche l’alimentation et le réseau, puis le cluster se déclare automatiquement, récupère sa configuration et les applications à déployer via Fleet Manager et l’ALM. Ce modèle est complété par des mécanismes de configuration, permettant de réappliquer un profil standard sur un site qui aurait dérivé avec le temps. Sur les workloads IA, Reliant sert de socle à des applications de voice AI dans les drive‑in de Taco Bell, en collectant données et modèles pour améliorer la prise de commande et la fluidité en file d’attente, tandis que des scénarios de reconnaissance et d’analyse temps réel se déploient dans d’autres chaînes de restauration ou de retail. « Quand vous décidez de sortir vos applications IA du cloud pour les amener sur site, vous faites entrer en jeu des contraintes de résilience, de réseau et d’exploitation que les data scientists n’avaient pas anticipées ; c’est précisément ce que nous adressons avec notre plateforme edge », explique Craig Theriac.