L'histoire de Storware commence par un constat d'évidence que personne ne voulait voir. En 2013, VMware et Hyper-V trustent entre 85 et 90% du marché de la virtualisation, et l'ensemble de l'industrie de la sauvegarde s'alignait sur ces deux plateformes. Paweł Mączka, cofondateur et aujourd'hui CEO de la société, a choisi la voie inverse : « Le marché disait que VMware était la réponse. Nous avons demandé : et tout le reste ? KVM, Xen, les environnements open source volaient sans protection de données de niveau entreprise. Nous avons construit le filet. » Trois associés, un capital de départ de 300 000 dollars, zéro investisseur extérieur : la jeune pousse varsovienne démarre en taillant sa niche dans ce 15 à 20% du marché que les éditeurs établis ignoraient collectivement.
Dès 2015, Storware lance la première version de sa solution de back-up sous le nom vProtect, ciblant les environnements KVM et Xen avec une approche sans agent. En 2018, la société figure parmi les trois premiers éditeurs mondiaux (avec Hycu) à proposer une protection – toujours sans agent - pour Nutanix AHV. La même année, elle assure l'intégration de l’outsider autrichien Proxmox - bien avant que la fièvre post-Broadcom ne rende ce nom célèbre chez tous les entreprises exploitant VMWare en Europe. En 2019, des accords OEM avec IBM puis Dell Technologies valident techniquement l'approche : le logiciel de la petite société polonaise se retrouve dans le portfolio de deux géants, souvent sans que leurs clients ne le sachent.
Une plateforme unifiée pour un monde multi-hyperviseurs
La proposition de valeur de Storware Backup and Recovery repose sur un principe simple mais difficile à exécuter : une seule licence pour protéger l'intégralité du patrimoine applicatif d'une entreprise, quelle que soit la diversité de son infrastructure. La plateforme couvre aujourd'hui plus de treize hyperviseurs (en fait le plus souvent sur base KVM ou Xen) – VMware (ESXi) Proxmox, Nutanix AHV, KVM, XCP-ng, VergeOS, Oracle Linux KVM, Red Hat Virtualization & OpenShift Virtualization - ainsi que les conteneurs Kubernetes et OpenShift, les environnements cloud privé OpenStack dans toutes ses distributions (Red Hat, Canonical, Platform9, Virtuozzo, OpenMetal), et les agents OS pour Windows, Linux et MacOS. Microsoft 365 a également été pris en charge dès 2018, plaçant Storware parmi les précurseurs de la protection de la suite bureautique SaaS.
Cette universalité s'appuie sur une architecture sans agent là où c'est possible : la plateforme communique via les API natives des hyperviseurs, déployant des proxies plutôt que des agents intrusifs. « Partout où nous le pouvons, nous n'installons pas d'agent. Nous installons un proxy qui communique via API avec le conteneur, avec l'hyperviseur, avec OpenStack », précise Paweł Mączka. Le modèle de licence, délibérément flexible, propose un tarif à la VM, au CPU, à l'hôte ou au téraoctet - une liberté tarifaire conçue comme l'antidote direct aux chocs de prix infligés par Broadcom à ses clients VMware, qui ont vu leurs coûts de licence bondir jusqu'à 1 000%.
Souveraineté européenne en ligne de mire
Sur le terrain de la sécurité, Storware a développé six niveaux de protection que M. Mączka résume sans jargon marketing superflu : « Les clients ne demandent plus des fonctionnalités. Ils demandent de la sécurité. Ils veulent plus d'immuabilité, plus d'air-gap. » La plateforme intègre un mécanisme d'isolation baptisé IsoLayer, une copie secondaire en air-gap qui disparaît du réseau entre les sauvegardes pour couper tout vecteur ransomware, ainsi qu'un verrouillage en rétention (retention lock) sur système de fichiers XFS propriétaire garantissant l'immuabilité des sauvegardes. L'authentification multi-facteurs (MFA), le contrôle d'accès basé sur les rôles (RBAC), l'intégration SSO via Keycloak, le chiffrement des données au repos et en transit, et un journal d'audit conforme NIS2/RGPD complètent le dispositif.
La version 7.5, publiée le 1er avril 2026, franchit une étape supplémentaire avec l'intégration de Platform9, que nous avions déjà rencontré en 2015 dans le cadre d’un précédent IT Press Tour, l'extension des migrations V2V depuis Citrix Hypervisor et XCP-ng vers OpenStack, le support de l'API Nutanix v4 et diverses optimisations de performance pour OpenStack et OpenShift. Storware propose son logiciel en trois modes de déploiement : installation sur infrastructure cliente, appliance NVMe préconfigurée (10 à 100 To), ou destination cloud managée via son offre Storware Cloud, articulée en trois tiers s'appuyant sur N-able, Vawlt et Seagate. « Nous ne forçons pas à aller vers le cloud, nous ne forçons pas vers le modèle abonnement. En Europe, les clients veulent garder leurs données localement - c'est notre point fort », souligne le dirigeant.
Une vraie différence sur le marché open source
Forte de 4 000 clients dans 150 pays — dont Disney, Cisco, Lenovo, Garmin ou encore la Banque mBank -, Storware affiche un chiffre d'affaires d'environ 5,5 millions d'euros avec un objectif de 25 millions à cinq ans. La société de 50 personnes reste une anomalie dans un secteur dominé par des acteurs américains ayant levé des centaines de millions de dollars. Mais sa légitimité technique, construite patiemment sur dix ans de terrain open source, lui vaut aujourd'hui d'être courtisée par les quatre leaders du Magic Quadrant de Gartner. « Si IBM, Dell et OpenText évaluent tout et nous choisissent, ce n'est pas un partenariat - c'est un verdict technique », conclut Paweł Mączka. Un verdict que l'Europe du cloud souverain commence à prendre très au sérieux.

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