A la suite de son rachat par Salesforce il y a deux ans, Tableau a intégré à ses logiciels de datavisualisation des fonctionnalités d’intelligence artificielle développées par son acquéreur. Cette intégration a débouché sur Einstein Discovery pour créer des modèles prévisionnels sur les données et faire des recommandations basées sur l’apprentissage machine. De nouvelles intégrations s'opèrent maintenant après le rachat de Slack par Salesforce puisque Tableau exploite la solution collaborative avec ses outils Ask Data, Explain Data et Einstein Discovery. Du 10 au 12 novembre, à l’occasion de sa conférence TC21, le spécialiste de l'analyse de données a présenté ses développements dans ce domaine et dans la gouvernance de données, ainsi que les opportunités offertes par sa communauté. L’événement a proposé des sessions en ligne, accessibles en replay, et réuni physiquement des clients et partenaires, en France notamment avec une centaine de personnes. Lors d’un entretien, Pierre Barbier, nommé en juin directeur général de Tableau dans l’Hexagone, nous a illustré l’apport concret de Slack sur une fonctionnalité telle que Ask Data qui permet d’interroger les données de Tableau en langage naturel. « Les dirigeants d’entreprise nous disent que l’information et la data sont toujours silotées dans l’entreprise, ils sont intéressés par des outils de collaboration capables de casser les silos », expose-t-il en évoquant une étude de YouGov menée en France pour Tableau. Celle-ci montre aussi que, pour près de la moitié des dirigeants français, le manque de compréhension des données constitue un obstacle pour les partager.

« Au-delà de poser des questions avec Ask Data, comme ‘quelles sont les ventes de telle catégorie de produits dans telle région ?’, l’utilisation de Slack permet de créer un réseau de communication, de constituer des communautés métiers et de les animer », explique-t-il. « Je crée par exemple la channel des contrôleurs de gestion ou de la direction des achats, je pose des questions à Tableau avec Ask Data et je diffuse instantanément les réponses à l’ensemble de ces communautés ». Parmi les entreprises françaises recourant déjà à une fonctionnalité comme Ask Data, Pierre Barbier cite Monoprix qui s’appuie sur Tableau pour aider à prendre des décisions en temps réel sur ses campagnes futures. Avec Ask Data, l’enseigne fait remonter les niveaux de vente de ses produits pour anticiper sur le réassort des magasins. 

Il est également possible de diffuser via Slack les explications sur les données fournies par la fonctionnalité Explain Data. Cette dernière est sollicitée pour expliquer des valeurs inattendues sur les données.

Avec Explain Data, Tableau propose des explications possibles sur des données présentant des valeurs inattendues. Pour le faire, le logiciel construit des modèles statistiques incluant des données potentiellement associées mais ne figurant pas dans les visualisations. (agrandir l'image)

Einstein Discovery, self-service du prédictif

La 2ème tendance soulignée sur la conférence TC21, c’est le recours à l’intelligence artificielle pour l’analyse prévisionnelle. « Nous avons pluggué cette technologie sur Tableau Online », rappelle Pierre Barbier. « Alors que l’IA peut être relativement complexe à mettre en oeuvre, ces outils sont mis ici en self-service et facilement utilisables par tous, pour obtenir rapidement des prédictions de ventes, sans être dépendant du service informatique. Avec Einstein Discovery, l’IA Einstein et Tableau sont maintenant complètement intégrés et c’est une tendance très forte pour nous, c’est le self-service du prédictif ». Là aussi, Einstein Discovery peut maintenant être couplé à Slack pour diffuser les recommandations. Ces intégrations avec Slack viennent tout juste d’arriver et les discussions avec les clients sur le sujet ne font que démarrer. 

Interrogé plus généralement sur les clients français, Pierre Barbier revient sur des projets déployés par la chaîne hôtelière Accor et par le fournisseur d’énergie Engie. Après le rachat des hôtels de luxe Fairmont, Raffles et Swissôtel, qui se servaient d’outils de reporting différents, Accor a centralisé sa remontée d’informations sur Tableau Online pour améliorer les performances commerciales et la fidélisation. La mise à jour des rapports se fait en 2 heures contre 10 jours auparavant en unifiant les données de la finance, de la distribution et des médias sociaux. Accor souligne la facilité d’utilisation de Tableau et utilise l’outil Bridge pour maintenir une connexion avec toutes les sources de données derrière un pare-feu.

Chez Engie, Tableau est mis en oeuvre par la direction grand public pour suivre les offres et mesurer la satisfaction des clients. Le cycle de développement d’une datavisualisation est passé de 3 mois à 2 semaines, par exemple pour analyser la typologie des clients et le positionnement des offres. Il s’en est suivi une forte adhésion à l’outil de visualisation dont le déploiement, au départ prévu par Engie sur 3 ans, a été accéléré.

Un bouton « Hire Me » pour favoriser les opportunités professionnelles

Revenant sur la conférence TC21, Pierre Barbier attire l’attention sur plusieurs annonces portant sur l’écosystème de Tableau, dont Exchange. « Nous créons un portail où Tableau met à la disposition de ses clients des tableaux de bord préformatés par industries, c’est extrêmement important », pointe-t-il. A travers Exchange, les entreprises peuvent découvrir l’ensemble des modules complémentaires construits par la communauté de développeurs, à ajouter à leurs propres applications.

Pour favoriser les opportunités professionnelles au sein de la communauté data de Tableau, un bouton «Hire Me» («Recrutez-moi») a par ailleurs été ajouté à la plateforme gratuite Tableau Public. « Nous créons ainsi des mises en relation, une personne peut cliquer sur un tableau de bord et entrer directement en contact avec la personne qui l’a produit », explique Pierre Barbier. Enfin, le responsable de la filiale française insiste aussi sur les initiatives menées dans la formation à l’analyse de données à travers Tableau Academic, un programme mondial mis en place dès 2011. L’éditeur américain a annoncé son ambition renouvelée de former 10 millions de personnes sur les 5 prochaines années avec des cours en ligne gratuits, la fourniture de licences à des écoles (dont la Sorbonne, l’Edhec et Paris School of business) et de nouveaux partenariats et parcours de formation. Parmi ces derniers, la plateforme Trailhead de Salesforce va proposer Data Literacy Trail pour acquérir des compétences sur la data reconnues par les écosystèmes de Salesforce et Tableau.