Dans un marché de la sauvegarde dominé par Veeam, Commvault, Rubrik, Cohesity, Hycu ou encore Plakar, un éditeur chinois entend désormais s'imposer comme un acteur de référence. Vinchin, dont le siège est établi à Chengdu, s'est présenté en juin 2026 à Boston dans le cadre de l'IT Press Tour, avec l'ambition de couvrir l'ensemble du spectre des entreprises, des PME aux grands comptes bancaires et gouvernementaux. L'éditeur affiche un bilan déjà consistant : plus de 30 000 projets déployés, six millions de workloads protégés, et des clients dans plus de 100 pays, de la France à la Turquie en passant par le Brésil. Minnie Du, directrice commerciale monde de Vinchin, expose la logique de différenciation de l'éditeur : "Notre solution est flexible et peut répondre aux exigences des différentes industries, qu'il s'agisse de grandes entreprises ou de PME. Nous pouvons couvrir les deux segments, là où certains concurrents se limitent à l'un ou à l'autre."  

Un modèle tarifaire agressif face à Veeam 

L'atout principal de Vinchin sur un marché mature reste son modèle tarifaire. Là où Veeam facture environ 100 $HT par machine virtuelle, Vinchin se positionne à 60 ou 70 $HT, soit une réduction de l'ordre de 30%. Face à Commvault, l'écart est encore plus marqué et peut atteindre 50%. Minnie Du l'illustre sans détour : "Si Commvault facture 100 dollars par VM, notre prix se situe autour de 50 dollars." Cette compétitivité tarifaire s'accompagne d'une politique de licences qui tranche avec les pratiques du secteur. Vinchin propose à la fois une licence perpétuelle, reposant sur un paiement unique avec usage à vie, et une licence par abonnement annuel sur un, deux ou trois ans, adaptée à toutes les typologies de workloads. Deux éditions structurent l'offre : une édition Standard pour les environnements aux budgets limités, et une édition Enterprise destinée aux organisations aux exigences élevées, comme les banques ou les administrations. Minnie Du précise la logique de ce choix : "Un client qui anticipe une croissance rapide du nombre de VM aura peut-être intérêt à opter pour la licence perpétuelle basée sur les sockets physiques, plutôt que pour l'abonnement, dont le coût augmente avec chaque VM supplémentaire." 

Google Cloud Platform et Oracle Cloud Infrastructure ne bénéficient pas encore d'un support natif pour la sauvegarde d'instances cloud, mais restent accessibles dès lors qu'ils exposent une interface S3 pour le stockage objet. (Crédit P.K.)

Sur le plan des hyperscalers supportés, Vinchin prend en charge AWS et Alibaba Cloud pour la sauvegarde d'instances cloud natives (EC2 sur AWS, ECS sur Alibaba). Azure est prévu dans la feuille de route 2027. Google Cloud Platform et Oracle Cloud Infrastructure ne sont pas encore intégrés dans les sauvegardes cloud natives, une limitation reconnue par l'éditeur. En revanche, tout stockage objet exposant une interface S3 standard est pleinement supporté, ce qui élargit considérablement le périmètre de compatibilité. 

Résilience et conformité réglementaire 

La plateforme Vinchin Backup and Recovery repose sur une architecture à trois composants : un serveur maître qui centralise l'ensemble de la gestion et des calculs, des noeuds esclaves pour monter en charge de façon linéaire, et des agents ou proxies pour les environnements nécessitant une communication dédiée, notamment VMware et OpenStack. La solution supporte un large éventail de supports de stockage pour les données sauvegardées. Le serveur maître peut écrire les données vers un disque dur local, un volume LVM, un répertoire local, un SAN Fibre Channel (FC-SAN), un SAN IP (IP-SAN), un NAS, du stockage objet compatible S3, du stockage cloud, une bibliothèque de bandes, ou encore du stockage Blu-ray. Ce spectre large permet de répondre aussi bien aux besoins d'un stockage primaire rapide sur HDD ou mieux SSD qu'à des scénarios d'archivage long terme sur bande ou dans le cloud. Cette modularité permet de couvrir en un seul tableau de bord l'ensemble des environnements modernes : virtualisation (VMware, Hyper-V, Citrix, Proxmox, KVM, ainsi que les hyperviseurs chinois ZStack, H3C ou Huawei FusionCompute), serveurs physiques, conteneurs Kubernetes, bases de données Oracle, SQL Server, PostgreSQL, MySQL et MariaDB, stockage NAS et fichiers, et cloud public. La sauvegarde opère en mode sans agent pour les environnements de virtualisation, ce qui réduit l'empreinte logicielle et l'impact sur les systèmes de production. Un proxy dédié est utilisé pour VMware et OpenStack. Pour la partie sécurité, Neil Zhuo, directeur technique de Vinchin, nous a décrit le mécanisme de protection contre les ransomwares : "Nous avons implémenté une surveillance des I/O au niveau noyau, combinée à une fonctionnalité Worm logicielle, de sorte que seul le processus de sauvegarde Vinchin peut écrire ou modifier les données dans le stockage de sauvegarde. Toute tentative extérieure est bloquée." Cette immuabilité des données s'applique au stockage objet via Object Lock S3, au stockage sur bande, et aux appliances tierces compatibles Worm. 

Tout stockage objet exposant une interface S3 standard est supporté nativement, quelle que soit la plateforme sous-jacente. (Crédit P.K.)

Pour répondre aux exigences réglementaires européennes, notamment Dora pour le secteur financier et NIS2 pour les opérateurs d'importance vitale, Vinchin s'appuie sur le traditionnel cadre 3-2-1-1-0-0 : trois copies des données sur deux supports différents, une copie hors site, une copie en stockage immuable, zéro erreur de données garantie par une vérification automatique après chaque sauvegarde, et zéro accès non autorisé via un cadre d'authentification et d'autorisation dédié. Neil Zhuo met en avant l'indépendance de la solution pour les opérations de vérification : "Vinchin embarque sa propre machine virtuelle interne pour démarrer les VM depuis les données sauvegardées et les analyser avec notre moteur de détection de malwares, sans avoir besoin de ressources tierces." En matière de RTO, Vinchin propose plusieurs niveaux de récupération : une restauration instantanée en quelques secondes, une protection continue des données (CDP) pour atteindre un RPO à la seconde sur les machines critiques, et des capacités de migration cross-platform (physique vers virtuel, virtuel vers cloud, cloud vers virtuel) avec remplacement automatique des drivers et réparation du boot. Neil Zhuo illustre ces performances sur un cas concret : "Pour les VM critiques, nous assurons une restauration instantanée avec un temps d'arrêt minimal, y compris dans des scénarios de migration à grande échelle, comme la migration de plus de 6 000 VM de VMware vers OLVM avec un taux de succès de 99,9%." 

La protection des données stockées repose sur un mécanisme de surveillance des entrées/sorties au niveau noyau (kernel-level I/O monitoring). (Crédit P.K.) 

Les MSP au coeur de la distribution européenne 

Pour conquérir l'Europe, Vinchin mise sur un modèle de distribution centré sur les partenaires, en s'appuyant sur un réseau de revendeurs certifiés présents dans plus de 60 pays. L'éditeur a développé une plateforme multi-tenants conçue spécifiquement pour les MSP, leur permettant de proposer des offres de Backup-as-a-Service (BaaS) et de Disaster Recovery as a Service (DRaaS) à leurs propres clients. Parmi les partenaires référencés, on trouve pour l'Europe CDI (Corse Diffusion Informatique) en France, IT56 GmbH en Allemagne, MSupport Networks AG en Suisse, Chips et ICOS en Italie, et nlightnIT Ltd au Royaume-Uni. En France, Vinchin compte déjà des références commerciales de premier plan : E.Leclerc et Carrefour figurent parmi les déploiements réalisés, attestant d'une capacité à répondre aux contraintes du secteur retail à grande échelle. 

Vinchin complète ce dispositif par des ventes directes ciblées sur des industries clefs comme la banque ou le secteur public, pour les comptes stratégiques nécessitant une approche personnalisée. Fondée à Chengdu en 2015, où se trouve son principal centre de R&D, Vinchin emploie aujourd'hui entre 200 et 300 personnes, dont la moitié sont des ingénieurs R&D. Cette organisation lui permet de livrer une version majeure par an et de répondre à des demandes de développements spécifiques dans des délais courts.