D'autres se plaignent aussi de la manière dont la mise à jour Honeycomb sera lancée sur le marché. Comme cela a été le cas chaque fois que Google a voulu apporter des modifications de conception majeures à Android, le géant de l'Internet a choisi une fois encore de travailler avec un fabricant spécifique et un fondeur de puces en particulier. Ainsi, pour la version 2.2 d'Android, baptisée Froyo, Google a travaillé avec le fabricant de smartphones HTC et le concepteur de puces Qualcomm, collaboration qui a débouché sur le Nexus One. Pour Android 2.3, a.k.a Gingerbread, Google a travaillé avec Samsung Electronics pour le Nexus S aussi bien sur la conception du téléphone que pour le processeur Hummingbird, également fourni par le coréen. Cette fois-ci, pour Honeycomb, Google a travaillé avec Motorola et Nvidia sur un prototype de tablette (voir illustration principale), dévoilé d'ailleurs début décembre au D: Dive Into Mobile Conference à San Francisco. « Cette stratégie est jugée injuste par les autres fabricants d'appareils sous Android, parce qu'elle donne aux partenaires choisis quatre à cinq mois d'avance sur les autres, » a déclaré Glen Burchers, chef du marketing de la division électronique grand public chez Freescale Semiconductor. « C'est un gros handicap pour les autres fabricants de puces, et un handicap majeur en matière d'OS, » explique-t-il. « L'industrie ne se satisfait pas de cette stratégie de Google, » a-t-il ajouté. Mais il ne faut pas prendre cette critique pour une remise en cause. Et personne ne parle de dumping à propos d'Android.

Certification par Google : contraintes et bénéfices

Les fabricants qui intègrent Android dans leurs appareils sont, par contre, beaucoup plus attentifs aux développements de la plate-forme entrepris par Google. Cette année notamment, ils attendaient de la part de Google une décision plus rapide d'utiliser Android sur les tablettes afin de pouvoir contrer l'iPad avant les vacances. Avec un slogan : « Allez Google. Aidez-nous à soutenir la concurrence contre Apple. Lancez une tablette  tournant sous Android et des applications dédiées sur l'Android Market. » Mais il semble que des stratégies divergentes n'ont pas permis à Google de s'entendre avec les concepteurs de tablettes sous Android, les fabricants voulant gagner des parts de marché pour leurs produits - netbooks, smartbooks ou tablettes - quand Google pense en priorité à promouvoir ses solutions Cloud.

La certification décidée par Google empêche aussi les fabricants d'adapter le logiciel Open Source Android à leur guise. Car toute entreprise ne respectant pas les règles de Google se verrait privée de certification. Ce qui signifie qu'elle ne pourra pas utiliser le nom de Google ou son logo sur ses produits, n'aura pas accès aux applications de l'Android Market, ne pourra pas profiter des améliorations du logiciel ou des mises à jour, tous les avantages qui vont de pair avec la certification. Or, seul le nom de Google permet une reconnaissance immédiate de la marque.

Vers un portage de Chrome sur Android ?


Le manque de solidarité dans le camp Android a fait autant de tort à Google qu'aux fabricants. Alors que Google tardait à choisir qui, d'Android ou de Chrome OS, tournerait sur les netbooks, Windows prenait de l'avance sur ce marché en progression.  Apple a pris une longueur d'avance considérable sur le marché de la tablette, et si Samsung n'avait pas obtenu le support pour sa Galaxy Tab, le camp Android aurait manqué l'occasion d'une parade à cette progression. « Depuis que le marché de la tablette a été ouvert, Android représente pour Google un moyen de sauvegarder sa position,» a déclaré Martin Bradley.

Android peut aussi permettre à Chrome OS d'arriver sur les appareils mobiles. Pour Tony Cripps d'Ovum, au fil du temps Chrome OS et Android vont converger, notamment pour ce qui est d'amener le navigateur web sur Android. « D'un point de vue développeur, le navigateur Chrome se trouve vraiment au coeur de la plate forme Chrome OS et il serait logique d'en opérer le portage sur Android, » a-t-il déclaré. « Et si le camp Android trouve le moyen de mieux travailler ensemble, il peut donner du fil à retordre à Apple sur le marché de la tablette. »