Dossier
'Digital natives' : ils vont bouleverser l'entreprise


'Digital natives' : ils vont bouleverser l'entreprise
Monica Basso, vice-présidente de recherche au Gartner : "les entreprises devront composer avec tout ce petit monde"
(23/07/2009) - par
Miléna Nemec-Poncik
LeMondeInformatique.fr : Comment Gartner définit-il les Digital natives ?
Monica Basso : Nous utilisons la définition donnée par Marc Prensky : une personne de moins de 24 ans qui a grandi en étant intensément exposée à la technologie et au numérique.
En quoi se distinguent-ils de leurs aînés ?
Leurs compétences IT et leurs comportements sociaux sont complètement différents de ce que l'on appelle les « immigrés », les personnes qui n'ont pas été exposées à une utilisation de la technologie dès leur naissance, mais qui l'ont adoptée peu à peu, par la force des choses.
Les Digital Natives ont mis au point des capacités cognitives radicalement différentes de celles de leurs aînés. Ils aiment travailler en équipe, tout en ressentant un fort besoin d'autonomie et d'indépendance (qu'il faut valoriser), ils sont multitâches, créateurs de contenu, ils voyagent volontiers, ils fourmillent d'idées et sont avides de connaître de nouvelles cultures. Ils ont tendance à rejeter l'autorité, mais ils acceptent la compétition.
Ils ont également développé de nouvelles capacités pour être plus interactifs. Ils consomment autrement l'information, ils la digèrent très vite et ils en ont une conception visuelle et non-linéaire. Un exemple : l'élaboration d'un rapport ou d'un projet comporte automatiquement un aspect multimédia pour eux, ils sont friands de graphiques, de mouvements, de sons, le tout récolté en quelques minutes sur le Web.
Ils zappent énormément, ils cessent leur lecture après quelques phrases, leur style d'apprentissage est basé sur l'expérimentation et sur le « bricolage » au jour le jour. A l'inverse, les immigrants ont besoin d'accumuler les expériences sur le long terme.
Ils sont omniprésents dans les univers virtuels qui font désormais intégralement partie de leur quotidien, que ce soit via les réseaux sociaux, où ils possèdent souvent de multiples identités numériques, les forums, les chats, les sms...
À long terme, les DN sont-ils susceptibles d'influencer et de modifier la façon dont les entreprises collaborent et travaillent ?
Ces étudiants sont les futurs employés des entreprises. Leur présence et leur pouvoir est amené à croître, en raison de leurs compétences techniques, de leur familiarité avec les produits numériques et de leur capacité à récupérer des informations. Leur arrivée modifiera profondément les relations entre employeurs et employés.
Quelles sont leurs points faibles et leurs points forts ?
Ils rejettent les structures hiérarchiques trop figées mais ils aiment collaborer à plusieurs sur un projet, pas forcément sur le même lieu de travail. Ils sont très axés « groupe », alors que les immigrants pensent d'abord à résoudre les problèmes individuellement, dans leur coin.
Les entreprises sont-elles prêtes à employer les DN ?
Les entreprises sont rarement conscientes de l'ampleur du changement que l'arrivée des DN va entraîner. Beaucoup y portent trop peu d'attention d'ailleurs. D'ici à 2018, elles seront pourtant confrontées à une véritable « croisée des chemins » entre les baby-boomers (qui s'approcheront de la retraite mais qui seront encore en poste) et la déferlante des Digital Natives. Les entreprises devront composer avec tout ce petit monde et déployer des plans de travail avec des personnes d'âges, d'expériences et de cultures différents.