Gagner en notoriété est l’une des premières raisons qui a motivé l’introduction en bourse d’Appian, l’an dernier, nous a confirmé lors d’un récent entretien à Paris son CEO Matt Calkins, fondateur en 1999 de la société basée à Reston, en Virginie. Et bien en a pris à cet éditeur spécialisé dans le BPM et le développement d’applications low code. Son entrée sur le Nasdaq s’est révélée être la plus performante des IPO technologiques de 2017. De quoi gagner nettement en visibilité. « C’était l’objectif recherché, cela donne confiance à nos plus grands clients pour faire plus avec Appian », expose Matt Calkins. En France, le groupe pharmaceutique Sanofi, le distributeur de gaz naturel GRDF ou encore l'assureur Aviva utilisent ses solutions pour développer différentes applications, certains avec des milliers d’utilisateurs. Au fil des années, Appian - qui n’avait en fait pas vraiment besoin d’argent - s’est développé de façon organique sur un marché du BPM plutôt concurrentiel. Son leitmotiv : simplifier la mise au point d’applications sophistiquées. C’est ainsi que son dirigeant marque sa différence par rapport aux éditeurs du secteur qu’on lui cite ou qu’il évoque lui-même : IBM, Pegasystems, Bonitasoft, Salesforce.com, Outsystems, Mendix ou encore ServiceNow. Ceux qui apportent les outils pour bâtir des applications avancées manquent de simplicité, et vice-versa, estime le CEO. Selon lui, aucun d’eux ne facilite autant qu’Appian la réalisation d’applications sophistiquées.

Matt Calkins donne en exemple Sanofi qui utilise sa solution dans le domaine de la sécurité sur les médicaments. Celle-ci impose de répondre dans un délai de 15 jours lorsqu’un effet secondaire est détecté sur un produit. Le groupe français utilise également Appian pour accélérer ses essais cliniques. « Il s’agit d’importantes fonctions très compliquées qu’il est essentiel de bien réaliser, c’est sur ce genre de choses que l’on peut nous faire confiance », explique le dirigeant. « Sur la plateforme Appian, nous apportons de nombreuses fonctionnalités pour créer un processus unique et très complexe si nécessaire, mais nous faisons en sorte qu’il soit simple à créer [avec des objets et des flèches] et simple à corriger et à modifier, au lieu de devoir écrire des lignes de code dans lesquelles il sera difficile de faire des modifications ou de retrouver un problème ».

Une R&D centralisée à Reston

L’un des signes distinctifs d’Appian réside aussi dans sa R&D. L'éditeur n’a pas réparti ses équipes dans le monde et n'a jamais réalisé de rachats qui aurait pu lui adjoindre des développeurs distants. La totalité de sa R&D est centralisée dans l’immeuble où se trouve le CEO, à Reston. Lui-même a rencontré chacun d’entre eux au moment de leur recrutement, soit quelques centaines de personnes. « Ils sont très bons, je crois dans les petites équipes de développeurs exceptionnels », nous a exposé Matt Calkins. « Si vous regardez les meilleures technologies, nombre d’entre elles ont été conçues par de petites équipes exceptionnelles. C’est donc ce que j’essaie de créer et je veux qu’ils travaillent au même endroit, les uns à côté des autres. Nous avons de nombreux bureaux dans le monde, mais un seul département ingénierie ». Pour qualifier la robustesse de la solution Appian, Matt Calkins met en avant plusieurs points forts, notamment la possibilité de déployer sur un grand nombre d’utilisateurs les applications créées. Le CEO pointe aussi les exigences en matière de sécurité. « Nos logiciels sont testés en profondeur, nous recrutons des équipes externes pour tenter d’entrer dans nos produits et nous apprenons de cela », nous a-t-il expliqué en ajoutant qu’Appian a figuré parmi les premières entreprises dans le monde à obtenir diverses certifications américaines de sécurité dans le cloud.

40 applications à l'aéroport de Dallas

Le dirigeant insiste par ailleurs sur les capacités d’intégration et de haute disponibilité de la solution, ainsi que sur la complexité des règles pouvant être définies sur les processus. « Sur les questions de sécurité des médicaments, par exemple, il existe des règles très compliquées qu’il faut reproduire très exactement et exécuter à haute vitesse. De même sur les essais cliniques et Sanofi est un bon exemple dans ce domaine ». Concernant les besoins en haute disponibilité, l’aéroport de Dallas Fort Worth, « l’un des 5 plus gros dans le monde », souligne Matt Calkins, exploite 40 applications développées sur Appian, qui vont du back-office RH aux vérifications effectuées sur les avions en passant par le suivi des déplacements des voyageurs dans l’aéroport. « Chaque employé de l’aéroport utilise Appian », souligne le dirigeant.

Les applications peuvent être déployées sur site ou dans le cloud, notamment sur l’infrastructure d’AWS (disponible en France depuis fin 2017), et passer de l’un à l’autre. La plateforme low code est également certifiée pour le cloud public Azure de Microsoft, qui a lui aussi ouvert des datacenters dans l’Hexagone en décembre dernier. Appian lui-même n’a pas de datacenters. « Nous sommes très agnostiques, nos clients hébergent leurs applications où ils veulent et les exécutent sur n’importe quel terminal ».

Appian lance sa 1ère application

Le mois dernier, lors de sa conférence utilisateurs, Appian a présenté la façon dont il intégrait l’intelligence artificielle dans sa plateforme. L'éditeur permet d'ajouter de l’analyse de sentiments aux applications développées, par exemple celles traitant des messages de clients, afin de déterminer rapidement s’ils sont satisfaits ou mécontents. « Nous utilisons aussi OpenAPI pour créer des services connectés avec les 3 principaux services externes d’IA, ceux d’Amazon et de Google et celui de Microsoft Azure, LUIS [Language understanding intelligent service portant sur la reconnaissance vocale] », nous a indiqué Matt Calkins. Appian a également annoncé un logiciel de centre de contacts bâti sur sa plateforme. C’est la toute première fois que l’éditeur propose lui-même une application.

« C’est un grand changement pour nous, nous l’avons fait parce que nous avons vu sur le marché du centre de contacts une opportunité trop intéressante pour la manquer et parce que nous avons les meilleures fonctions de case management, ce dont manquent généralement les centres de contacts », indique le CEO. « 2ème point, ce type de solutions est habituellement limité sur le nombre de données clients qu’il est possible de gérer, ce qui n’est pas notre cas. Nous pouvons nous connecter sur tous les systèmes de l’entreprise pour récupérer l’ensemble des données sur les clients, ce qui permet d’en avoir une bien meilleure perception ». A cela s’ajoute les fonctions d’analyse de sentiments via l’IA qui viennent d’arriver. En interne, Appian les utilise déjà pour prioritiser les demandes clients vers les bons experts. Certains de ses clients l’ont également déjà installé. C’est le cas d’Aviva France, de Barclays et de Goldman Sachs, ces deux derniers alignant des milliers d’utilisateurs, nous a indiqué Matt Calkins.

Aborder le marché français comme des Français

Sur la feuille de route produits d’Appian, les fonds levés lors de l’entrée en bourse vont permettre à l’éditeur de simplifier davantage encore le développement d’applications low code. « Tous les deux ans, nous essayons de diviser par deux le temps que prend la mise au point d’une application », explique le CEO. « C’est notre objectif sur les deux prochaines années et nous allons essayer de le faire encore par la suite. Si nous y parvenons, je pense que nous allons donner naissance à des applications uniques qui permettront aux organisations de se comporter de façon unique », nous a exposé le fondateur d’Appian. « Pendant longtemps, le logiciel a été le même pour tout le monde, rendant chaque entreprise semblable aux autres et se comportant de la même façon. Nous essayons de faire le contraire, de permettre aux organisations d’être elles-mêmes à travers le logiciel ».

La façon d’aborder le marché européen est un autre point sur lequel Matt Calkins veut marquer sa différence. « Nous sommes une entreprise américaine mais nous ne voulons pas le montrer lorsque nous travaillons en France ou dans un autre pays européen. Nous avons des bureaux à Milan, Francfort, Madrid, Londres et bientôt Stockholm et, partout où nous allons, nous voulons être aussi local que possible, c’est un vrai défi », assure le CEO d’Appian. Dans l'Hexagone, l'activité est dirigée par Xavier Grimaud, vice-président régional. A travers l'Europe, les responsabilités sont réparties entre les différents pays. Ainsi, Stéphane Antona est vice-président marketing pour la région EMEA, tandis que la direction des ventes est pilotée depuis Londres, et que la direction financière se situe plutôt à Zurich. « Et l'Allemagne réalise le chiffre d'affaires le plus important », complète Matt Calkins. Appian compte entre 150 et 200 personnes sur la région EMEA pour un effectif mondial d'un millier de collaborateurs.