En direct de Nantes - C’est en région, au sein du groupe industriel Manitou situé à Ancenis près de Nantes, et sur une tonalité optimiste et déterminée que Nicolas Dufourcq, directeur général Bpifrance, a commenté ce matin le bilan 2015 des interventions de l’établissement bancaire public dont il tient les manettes. Il a également évoqué ses perspectives pour 2016. Pour la 3ème année de suite, cette filiale de la Caisse des Dépôts qui finance et accompagne les entreprises françaises, de la start-up à l’ETI de plusieurs milliers de salariés, enregistre une forte croissance sur tous ses métiers : prêts garantis, financement, capital investi. Sur l’innovation en particulier, les aides et le financement ont augmenté de 20% à 1,3 milliard d’euros, tandis que le capital innovation investi en direct a progressé de 33%, à 169 millions d’euros.

Interrogé sur les investissements réalisés dans des acteurs du secteur technologique en 2015, Nicolas Dufourcq nous a indiqué qu’il y en avait eu 44 réalisés « en direct dans des start-ups et des entreprises purement technologiques » dans les « biotech, le digital, la transition énergétiques, l’écotech, les nouvelles technologies… « Au total, avec les fonds spécialisés, il y a eu 120 tickets dans des PME qui ont toutes, marginalement ou principalement, une dimension technologique, avec un ticket moyen de 1 million d’euros », a-t-il ajouté. La part de ces investissements qui ont été réalisés dans le secteur informatique a représenté 15%. « Ensuite, sur les 850 entreprises par an dans lesquelles nous avons investi indirectement au travers des fonds privés que nous finançons, il y en a environ 500 qui sont des entreprises technologiques pures, du monde des start-ups. Les autres sont des PME à potentiel, innovantes, en croissance et qui vont à l’international. Elles ont forcément une dimension technologique quelque part », a décrit Nicolas Dufourcq. « Lorsque l’on dit que l’on veut faire la French Fab comme on a fait la French Tech, il n’y a pas d’un côté un monde hyper technologique et de l’autre le monde de grand-mère. »

8 Md€ de prêts garantis en 2015, 13,3 Md€ de financement et 1,8 Md€ de capital investi

Toutes actions confondues sur l’année 2015, le montant des prêts garantis par Bpifrance avec les régions s’est élevé à 8 milliards d’euros auprès de plus de 60 000 TPE et PME, le financement via des prêts à court, moyen et long termes à 13,3 milliards d’euros (dont 487 M€ pour l’aide à l’export en hausse de 21%), auxquels s’ajoute 1,8 milliard d’euros mobilisés sur le capital investissement. Sur ce dernier point, l’activité réalisée via les fonds partenaires (les « fonds de fonds ») s’est élevée à 685 millions d’euros de nouvelles souscriptions (+7% après une croissance de 44% en 2014). « En face de ces 685 millions que l’on a mis, il y a 3 milliards d’euros d’argent privé », a souligné Nicolas Dufourcq qui pointe de belles levées réalisées en 2015 avec des fonds comme Partech ou Sofinova dans lequel Bpifrance a mis 100 M€. « La France est maintenant complètement équipée pour faire de très grosses levées », estime-t-il. « Nos managers sont de qualité, nous avons de plus en plus de licornes et de pépites, donc au total, le capital risque commence à rapporter ». 

Un nouveau métier, l'accompagnement

« En 2015, nous avons un nouveau métier, celui de l’accompagnement », a par ailleurs pointé le DG. De fait, la banque publique met les bouchées doubles sur le suivi des entrepreneurs à travers trois accélérateurs, axés sur les PME, les start-ups et les ETI, les deux derniers inaugurés cette année. Dans le cas des ETI, il faut pour être éligible à l’accélérateur avoir un chiffre d’affaires situé entre 50 à 200 millions d’euros, « vouloir être un champion mondial, avoir un prisme international très fort, viser la croissance à deux chiffres et le développement mondial », a indiqué Fanny Letier, directrice exécutive sur les fonds propres PME.

Désormais, Bpifrance va aussi encourager les entreprises à faire appel à du consulting sur des périodes ramassées de 10 jours afin d’appréhender des facteurs clés de croissance, comme la vente aux grands comptes, le marketing stratégique, le développement international, le lean management ou les big data, le premier patrimoine des entreprises résidant dans leurs données, a encore rappelé ce matin Nicolas Dufourcq. La moitié du coût de ces missions de conseil est prise en charge par l’entrepreneur, soit 5 000 euros. « Nous faisons travailler des consultants indépendants que nous avons sélectionnés. Il suffit de 10 jours pour voir énormément de choses », assure le DG. Sur l’accompagnement, il met donc en avant le triptyque formation, conseil et mise en relation estimant que Bpifrance est « quasiment un réseau social d’entrepreneurs avec une banque au-dessus ».

Sur 2016, parallèlement aux trois accélérateurs, la banque publique pilotera Bpifrance Le Hub, son programme de connexion entre les start-ups et les grands groupes. Elle prévoit aussi que 900 missions de conseil seront réalisées.