En juin 2020, NetApp fait l’acquisition de la start-up israélienne Spot, qui conçoit une solution basée sur l'IA pour surveiller la disponibilité et la tarification des surcapacités cloud des fournisseurs et permettre aux entreprises d'en bénéficier à bon prix. Un an plus tard, le fournisseur de solutions de stockage réalise une seconde acquisition et s’empare de Data Mechanics. La jeune pousse n’a alors que deux ans et s’est développée durant la pandémie, dans un contexte de crise unique. Jean-Yves Stephan, co-fondateur et ancien dirigeant de Data Mechanics, et désormais chef de produit senior au sein de Spot by NetApp, revient sur le travail d’intégration de cette jeune pousse et les évolutions qui en découlent.

Jean-Yves Stephan, co-fondateur et ancien dirigeant de Data Mechanics, est désormais chef de produit senior au sein de Spot by NetApp. (Crédit : Data Mechanics)

« On parle souvent des bébés covid, nous, on est plutôt une start-up covid. On s'est lancé un peu avant la pandémie, nos premiers employés nous ont rejoint un mois avant le confinement et on a rapidement intégré le télétravail, même si au début nous pensions faire une start-up classique à Paris » lance Jean-Yves Stephan. Ce qui ressemblait au départ à une start-up parisienne s’est finalement transformé en une petite structure avec des employés recrutés dans différentes villes en France, poursuit-il. Aujourd’hui, 50 % des effectifs est à Paris et l’autre moitié en régions. De fait, l’adoption quasi-immédiate du télétravail n’a pas été source de problème lors du rachat par Spot by NetApp. « Le télétravail était déjà la norme au sein de Spot by NetApp, puisqu’il s'agit d'une entreprise internationale, d’abord lancée en Israël et qui a ensuite recruté aux Etats-Unis » précise Jean-Yves Stephan. De ce point de vue-là, il ajoute que l’intégration des équipes en a été d’autant plus facilitée : « C'était agréable de ne pas se sentir comme un satellite minoritaire ».

Une fusion des équipes et des solutions

« Nous étions une dizaine de personnes lors du rachat par NetApp. Le lendemain, l'équipe a doublé en quelque sorte, car il y avait déjà une équipe en place à Spot by NetApp qui travaillait sur des technologies similaires » indique Jean-Yves Stephan. La fusion de ces deux équipes amène alors à une équipe constituée d’une vingtaine de personnes. Aujourd’hui, les effectifs ont légèrement augmenté et regroupent entre 25 et 30 personnes, réparties sur plusieurs pôles dans le monde, aux Etats-Unis, en Islande, en France ou encore en Israël. Côté produit, la solution développée par Data Mechanics a également fusionné, devenant « un nouveau produit à l’intérieur du portefeuille de produits de Spot » explique-t-il.

« Il y a une première phase, on va dire de conception de design, pour décider de quelle manière on allait s'intégrer. Ça avait déjà été discuté en amont, mais une fois que le rachat est effectif, c'est là qu'on met vraiment les mains dans le cambouis et que l’on construit cette intégration » poursuit Jean-Yves Stephan. « La technologie existante Data Mechanics a été branchée par-dessus une autre technologie qu’avait déjà développée Spot by NetApp ». La technologie développée par Data Mechanics permet de déployer et de gérer des clusters Kubernetes dans le cloud. « Six mois ont été nécessaires pour réaliser tous les branchements » précise Jean-Yves Stephan. « Début 2022, le produit Data Mechanics a ainsi été relancé sous un nom et une marque différents, et s'appelle maintenant Ocean for Apache Spark et est présenté sous la marque Spot by NetApp » ajoute-t-il.

Visibilité sur les applications Spark avec Ocean for Apache Spark. (Crédit : Data Mechanics)

Une évolution significative sur la partie produit

« Le fait que l'on soit intégré à Spot by NetApp a vraiment augmenté les capacités du produit de manière significative pour nos clients ». Avant le rachat, l’équipe de Data Mechanics explique avoir construit des améliorations sur Spark lui-même, notamment les interfaces de suivi ou la gestion de Spark. Sur la partie Kubernetes, les utilisateurs n’ont donc aucune flexibilité, pas de visibilité, et encore moins d'optimisation.  « C'est ce que nous a apporté Spot by NetApp, qui avait une technologie très mature avec des milliers de clients. Cette intégration permet, en plus de gérer la partie Spark pour nos utilisateurs finaux, d’optimiser en direct l'infrastructure ».

Une intégration qui a également permis de réduire significativement les coûts cloud de ses clients. La jeune pousse qui possédait initialement deux modes de tarification, une offre principale de paiement à l’usage dite « Pay as you go » et une offre Enterprise, destinée aux grands comptes, a gardé ce fonctionnement à la suite de son intégration. Jean-Yves Stephan précise que l’offre Enterprise – proposée lorsque le revenu annuel du client dépasse les 100 000 € ou 100 000 – s’est largement développée à la suite du rachat, profitant de la notoriété de NetApp. « Les grands groupes vont faire confiance à une entreprise largement implantée plutôt qu’à une start-up de 10 personnes, on profite aussi des relations existantes puisque Spot et NetApp ont des clients parmi des milliers de grands comptes » ajoute-t-il. Côté secteurs, Data Mechanics admet être depuis ses débuts multi-secteurs, ciblant les groupes de technologie, biologie, la finance, les médias, la publicité, le marketing ou encore des organisations gouvernementales.

Une feuille de route bien remplie

Même si la jeune pousse se sent aujourd’hui intégrée, certaines évolutions sont encore à venir. « Nous étions présents initialement sur les trois grands clouds, aujourd’hui nous sommes présents sur Amazon et nous venons d'annoncer notre présence sur Google Cloud Platform avec le nouveau produit intégré ». A terme, Data Mechanics veut être présent sur Azure, et de facto sur les trois grands fournisseurs de cloud, annonce Jean-Yves Stephan. Par la suite, l’objectif est de poursuivre l’enrichissement de l'offre. « On a un produit qui est très apprécié par les équipes data engineering et on est en train de l’étoffer pour le rendre plus intéressant pour des équipes data science.

« La suite consistera également à répondre aux exigences, aux attentes des très grands groupes qui ont des besoins à la fois de flexibilité lorsqu'ils veulent déployer leur infrastructure d'une manière propre à leur système et ont des exigences en matière de sécurité et de passage à l'échelle. Nous devons être capables de faire transiter par la plateforme 10 fois, 100 fois, ou 1 000 fois plus de données que ce que font aujourd'hui les plus grands clients. « On se considère toujours comme une start-up à l'intérieur de Spot by NetApp. L’une des conséquences est que l’on n’a pas forcément une feuille de route gravée dans le marbre, mais que l’on continue de réagir de manière très agile, de prioriser certaines fonctionnalités parce que certains clients nous l'ont demandé » témoigne le co-fondateur de la start-up. « Notre enjeu est de devenir un des leaders des solutions Spark au même titre que Databricks, ou que certaines offres proposées par les fournisseurs de cloud eux-mêmes – Amazon et Google – et nous avons vocation à grossir à la fois en termes d'équipe et sur le plan commercial, à l’international » conclut-il.