Au troisième trimestre, Cisco a constaté une demande croissante d'infrastructures d'IA de la part des hyperscalers et, sur le front des entreprises, a fait état de solides gains dans les domaines de la commutation des centres de calcul, du routage d'entreprise, des réseaux sans fil et de l'IoT industriel. Affichant des résultats financiers positifs – notamment un chiffre d'affaires record de 15,8 Md$ au troisième trimestre, en hausse de 12 % par rapport à l'année précédente –, l'équipementier a pourtant annoncé la suppression de près de 4 000 emplois. « Nous procédons aujourd'hui à des changements qui entraîneront une réduction de nos effectifs au quatrième trimestre de moins de 4 000 postes, soit moins de 5 % de notre effectif total », a écrit Chuck Robbins, CEO de Cisco dans un billet de blog consacré à ces changements. La plupart des notifications de licenciement ont démarré le 14 mai aux Etats-Unis et se poursuivront à l'échelle mondiale. Le dirigeant a également précisé : « bien que nous réduisions les effectifs dans certains domaines, nous réalisons des investissements stratégiques clairs, notamment dans les semi-conducteurs, l'optique, la sécurité et le développement de l'utilisation de l'IA par nos employés à l'échelle de l'entreprise.

Ces investissements s'appuient sur des atouts majeurs et se concentrent sur les technologies et les activités qui accéléreront notre croissance, offriront une innovation sans précédent à nos clients et partenaires et façonneront notre avenir. » Cisco n’a pas donné de détails sur les postes qui seront supprimés et quelles sont les régions touchées. Au sein de l’entreprise, le dernier plan de restructuration remonte à 2024 avec 6 000 salariés licenciés. Selon le CEO de Cisco, les organisations qui réussiront à l'ère de l'IA seront celles qui sauront se concentrer sur l'essentiel, agir avec réactivité et faire preuve de discipline en réorientant constamment leurs investissements vers les domaines où la demande et la création de valeur à long terme sont les plus fortes. « Je suis convaincu que Cisco fera partie de ces entreprises gagnantes. Cela implique de prendre des décisions difficiles : où investir, comment s'organiser et comment adapter sa structure de coûts aux opportunités qui se présentent à nous, », a ainsi expliqué Chuck Robbins.

Les réseaux d'entreprise en forte croissance

Lors de la conférence téléphonique de Cisco avec les analystes financiers, le CEO du groupe a partagé plusieurs résultats positifs pour le troisième trimestre fiscal. Notamment les revenus issus des commandes de produits de réseau. Celles-ci ont augmenté de plus de 50 % au troisième trimestre, tirées par une croissance à trois chiffres dans le routage et le calcul pour les fournisseurs de services, et par de fortes progressions dans la commutation des centres de données et des campus,  le sans-fil, le routage d'entreprise et l'IoT industriel. De leur côté, les ventes d solutions d'infrastructures d'IA passées par les hyperscalers ont atteint 1,9 Md$ au troisième trimestre, contre 600 M$ l'an dernier, soit un total de 5,3 Md$ depuis le début de l'année, dépassant ainsi les prévisions pour l'exercice 2026.Les commandes de logiciels d’infrastructures d'IA pour l'exercice fiscal complet 2026 devraient atteindre environ 9 Mds, soit 4,5 fois le niveau de l'exercice 2025, a a estimé Chuck Robbins. Parmi les autres catégories en hausse, l’activité optique Acacia de Cisco a enregistré plus d'un Md$ de recettes au troisième trimestre et est en bonne voie pour une croissance de plus de 200 % au cours de l'exercice 2026.

Plus de 750 000 modules optiques enfichables 400G et 40 000 unités 800G ont été livrées, dépassant ainsi les concurrents les plus proches, a également précisé le CEO de Cisco. « L'activité Acacia est en plein essor », a-t-il assuré. Quant aux ventes de solutions d'infrastructures d'IA hors hyperscaler émanant de clients néocloud, souverains et d'entreprises, elles ont généré environ 300 M$ ai au troisième trimestre, pour un portefeuille de commandes potentiel de 3Md$. « La croissance à trois chiffres des expéditions chaque trimestre de l'exercice 2026 témoigne d'une adoption croissante de l'IA au-delà des hyperscalers », a souligné Chuck Robbins en pointant le rôle déterminant de l'architecture et des produits maison Silicon One dans la réussite du trimestre. Il a notamment indiqué que la puce Silicon One P200, récemment lancée, avait permis à Cisco de remporter trois contrats clients auprès d'hyperscalers au cours du troisième trimestre et au début du quatrième, marquant ainsi sa première adoption à grande échelle.

Les puces Silicon One comme atout 

La puce de routage P200 de 51,2 Tbit/s est doté de mémoires tampons importantes et prend en charge les formats optiques OSFP octal et QSFP-DD, permettant ainsi au boîtier de gérer des clusters d'IA géographiquement dispersés. Un seul système basé sur le P200 traite le trafic qui nécessitait auparavant six systèmes fixes de 25,6 Tbit/s ou un système modulaire à quatre emplacements, a indiqué Cisco. « J'ai répété à maintes reprises lors des conférences téléphoniques ces deux dernières années que, pour l'avenir, sans silicium, il sera difficile de rester compétitif face aux hyperscalers. Et je crois que c'est précisément ce que nous constatons. De plus, si l’on regarde les chiffres que nous avons publiés et leur pourcentage, environ la moitié concerne les systèmes Silicon One. C'est un atout majeur pour nous.», a également argumenté le patron du fournisseur. 

 Un autre avantage de Silicon One réside dans la maîtrise de sa chaîne d'approvisionnement.  « Cisco conçoit et fabrique ses produits de A à Z, ce qui réduit les risques liés aux fournisseurs externes, explique Mark Patterson, directeur financier de Cisco. « Concevoir nos propres puces nous confère un contrôle accru sur l'ensemble de la chaîne. Gérer directement les plaquettes, les substrats, l'assemblage et les tests nous permet de mieux maîtriser la chaîne d'approvisionnement », affirme-t-il. Concernant la pénurie de mémoire, qui est un problème qui touche l'ensemble du secteur, Mark Patterson a déclaré qu'il existe « plus de 20 programmes que nous avons mis en place et qui sont actifs pour réduire l'utilisation de la mémoire dans l'ensemble du portefeuille ». Un exemple concret : les technologies sans fil. « Dès le quatrième trimestre, des produits disponibles à la commande nécessiteront 50 % de mémoire en moins. C’est un point très positif », a-t-il assuré. Par ailleurs, Cisco continue d’investir dans de nouvelles capacités, notamment grâce à un accord d’approvisionnement de trois ans avec le fournisseur de DRAM Nanya . « Cela va vraiment nous être utile », a ajouté M. Patterson.

Les infrastructures IA en plein développement 

L'activité principale de Cisco dans le domaine des réseaux se porte également bien.  Selon le fournisseur, les commandes de commutateurs pour datacenters d'entreprise ont progressé de plus de 40 % sur un an et affichent une croissance à deux chiffres depuis sept des neuf derniers trimestres. « Nous sommes convaincus que le potentiel des logiciels d’infrastructures d'IA en entreprise continue de croître, comme en témoigne la hausse de près de 50 % des livraisons de commutateurs Nexus destinés aux déploiements d'IA au troisième trimestre », juge en parallèle Chuck Robbins.  De plus, dans le domaine des réseaux de campus, le fournisseur a enregistré un nombre record de commandes au troisième trimestre, avec une croissance de plus de 25 % sur un an. « Nous constatons une demande exceptionnellement forte pour notre gamme de commutateurs, de routeurs et de solutions sans fil de dernière génération, dont le développement est plus rapide que celui des lancements de produits précédents », s’est également félicité le patron de Cisco.

Une étude récente menée auprès d'environ 3 500 responsables informatiques d'entreprises du monde entier confirme l'urgence croissante de moderniser les réseaux de campus et de succursales. Face à un trafic qui devrait tripler sur ces réseaux au cours des trois prochaines années en raison de l'intelligence artificielle, 93 % des répondants accélèrent leurs plans de modernisation, a également indiqué Chuck Robbins. « Ces résultats confortent notre conviction que nous sommes encore au début d'une opportunité de rénovation des réseaux de campus qui s'étalera sur plusieurs années et représentera un investissement de plusieurs milliards de dollars », prévoit le dirigeant.