La French Tech poursuit l’objectif du gouvernement et de son plan France 2030 au doigt et à l’œil. Son dernier programme en date, baptisé DeepNum20 et orienté deeptech, vient d’annoncer les lauréats de sa première promotion. Parmi les 400 candidatures reçues, 22 ont été retenues opérant dans des domaines variés : quantique, cybersécurité, intelligence artificielle, spatial, 5G, robotique, électronique, cloud, ou encore pour un « numérique plus vert ». Après une première coupe afin d’affiner la sélection, les candidats retenus ont été auditionnés par un jury composé de trois membres : Cybèle Rolland, DAF d'Exotec, Sophie Pellat, co-directrice d'Inria start-up studio et Philippe Herbert, membre du comité investisseurs SATT Lutech et président de la mission 5G industrielle.

Ce programme est la suite logique des labels Green20 et Agri20 et renforce le soutien existant aux start-ups françaises évoluant dans les secteurs numériques prioritaires du plan France2030. Ces lauréats sont aussi la preuve d’une certaine diversité territoriale. L’Île-de-France n’est pas la seule région attractive pour les jeunes pousses, puisque 4 de celles sélectionnées dans le programme viennent de Provence-Alpes-Côte d'Azur, 3 de Bretagne, 2 de Pays-de-la-Loire et 2 autres d’Auvergne-Rhône-Alpes. Tour d’horizon des 22 start-ups qui intègrent ce programme DeepNum20.

L’intelligence artificielle, fer de lance du programme

Six lauréats travaillent dans le domaine de l’intelligence artificielle. XXII travaille ainsi sur la vision par ordinateur. Elle conçoit, développe et commercialise une solution SaaS d’analyse de flux vidéo en temps réel baptisée Core. William Eldin, son dirigeant, co-fondateur de Coyote, compte sur DeepNum20 pour bénéficier d’une meilleure ouverture vers l'Europe et de son réseau. Il prévoit également une levée de fonds dans les prochaines semaines.

Le parisien Aleia, qui opère aussi dans l’IA, a annoncé cette année un premier financement de 8 millions d’euros - dont 5,7 millions venant de Bpifrance - pour sa plateforme ouverte et orientée utilisateurs. Celle-ci réunit une bibliothèque d’algorithmes en libre accès et un écosystème d’acteurs pour mutualiser les besoins et les ressources sur le sujet. Fondée fin 2020, Aleia a vocation à fournir une plateforme d’IA de confiance.

Spin-off du CNRS créée en 2018, Amiral Technologies est spécialisée dans la prédiction de pannes des équipements industriels en mode aveugle. Elle innove dans le traitement des données IoT industrielles pour les secteurs critiques, complexes et à forte valeur ajoutée.

Avec sa plateforme collaborative et open-source, Giskard assure la qualité des modèles d'IA afin de les rendre plus fiables et robustes. La solution fournit des interfaces aux équipes IA pour évaluer et tester les modèles ML grâce à la création de tests automatisés et de retours collaboratifs.

Basée à Laval, Lexistems a développé act.ai, un moteur de recherche intelligent capable de comprendre des questions posées en langage naturel, des allusions, des périphrases et d’apporter des réponses issues de plusieurs sources (graphiques, texte, photos, cartes…) pour former un corpus complet.

Fondée en 2018, MyDataModels  a créé une IA dite frugale qui génère automatiquement des modèles prédictifs à partir de « small data ». Elle entend aider les entreprises et collectivités à traiter les données opérationnelles. Cette solution s’adresse à des secteurs variés : défense, industrie, santé, marketing. La start-up a bénéficié de plusieurs financements depuis son lancement en 2018 et travaille sur une prochaine levée de fonds.

Le quantique à l’honneur

Dans le quantique, on retrouve, sans grande surprise, Pasqal et Quandela, toutes deux soutenues par Alain Aspect, chercheur français récompensé cette année par le prix Nobel de physique. Pasqal travaille notamment avec EDF, Atos ou avec la recherche pharmaceutique sur divers projets. Fondée en 2019, la société a complété un tour de table en série A de 25 millions d’euros en juin 2021. En mai cette année, Pasqal a lancé son ordinateur quantique à atomes neutres, accessible sous la forme d'un service cloud hébergé par OVH, avec un processeur d’une puissance de calcul de 100 qubits. Le service est pour l'instant disponible en bêta privée.

De son côté, Quandela travaille sur la photonique quantique. Lancée en 2017, elle compte aujourd’hui une cinquantaine d’employés et a réalisé en novembre 2021 une levée de 15 M€. Il a prévu de donner accès cette année à son premier ordinateur quantique photonique complet sur une plateforme en ligne.

Autre lauréat représentant le quantique, Alice & Bob, qui développe un ordinateur quantique pour donner aux industriels accès à de la puissance de calcul exponentielle directement dans le cloud. Avec sa technologie de qbit supraconducteur autocorrectif, le qubit de chat, Alice & Bob veut ouvrir la voie à une informatique quantique universelle et résistante aux erreurs. L’équipe, une cinquantaine de personnes, est majoritairement composée de physiciens et ingénieurs. Soutenue par les laboratoires dont sont issus ses employés, le CTO et co-fondateur, Raphaël Lescanne voit dans le programme DeepNum20 un moyen de profiter du réseau French Tech à l'international « pour faire face notamment aux géants américains » et pouvoir grandir.

Le cyber n’est pas en reste

Côté cybersécurité, trois lauréats ont également intégré la promotion DeepNum20. Snowpack, d’abord, basée à Orsay, en Île-de-France, développe une surcouche réseau brevetée pour rendre ses utilisateurs et leurs données invisibles sur Internet. Il s'agit d'une combinaison d'anonymat et de sécurité qui s'interface avec les méthodes de chiffrement actuelles sans passer par l'infrastructure réseau.

Glimps, lui, conçoit des logiciels visant à automatiser les processus de sécurité informatique des entreprises : d’une part la détection et l’analyse de virus par les centres de sécurité des entreprises, d’autre part l’audit de logiciels pour en évaluer la sécurité.

Olvid, enfin, est une messagerie instantanée utilisant des protocoles cryptographiques permettant de prouver mathématiquement l’impossibilité pour un tiers de prendre connaissance des communications. Certifiée par l’Anssi, Olvid répond aux problématiques suivantes : maîtriser les identités numériques, protéger les données en respectant le RGPD, sécuriser les communications internes et externes, lutter contre le shadow IT, s’affranchir de solutions étrangères soumises à des lois extraterritoriales, poursuivre les communications pendant une crise informatique, etc.

Le spatial décolle

Le domaine spatial a également attiré plusieurs start-ups dont trois ont été choisies pour intégrer le programme. Tout d’abord, Spaceable, qui développe des capacités de surveillance de l’espace depuis le sol (télescope, caméra, météorologie de l’espace) et depuis l’espace ainsi que des outils analytiques. Son objectif : augmenter très significativement la précision et la complétude de l’information sur les actifs en orbite terrestre basse et offrir des services d’inspection in situ.

Kermap propose des produits et services de géo-intelligence des espaces urbains, naturels ou agricoles. Son objectif est de rendre opérationnelles les avancées de la recherche académique pour faciliter l’accès aux données d’observation de la Terre. Basée en périphérie de Rennes, elle fournit aux acteurs publics et privés un suivi des territoires et information stratégique clé en main, issus de ses modèles IA d’analyse satellite pour accompagner les initiatives de transition écologique et de résilience climatique.

Cailabs a été créée en 2013 et est basée à Rennes. Elle conçoit, fabrique et vend des solutions dans le domaine de la photonique. Elle cible des applications variées telles l’usinage laser, les communications optiques en espace libre, les télécommunications terrestres et la défense. Depuis son lancement, elle a levé 16,6 millions d’euros et compte 60 employés.

Des avancées dans la 5G et la robotique

Sur la 5G, on retrouve le Niçois Firecell, qui développe et distribue une suite logicielle 4G et 5G open source destinée aux industriels. Ces derniers peuvent déployer et exploiter des réseaux privés dans leurs usines et sites industriels. En s'appuyant sur le modèle open source, Firecell veut « démocratiser les réseaux privés 5G en les rendant aussi accessibles que le WiFi ».

Spectronite, basée à Sophia Antipolis, en région PACA, commercialise des équipements de transmission sans-fil pour les opérateurs mobiles afin d’acheminer les communications depuis les antennes relais vers le cœur du réseau. Ses atouts : un débit 10 fois supérieur à celui des équipementiers traditionnels et une limitation des coûts et de la consommation énergétique.

La robotique a également son lot d’élus, représentée par Ganymed Robotics et Iadys. Le premier est une start-up parisienne qui vient de réussir une deuxième levée de fonds de 21 millions d’euros pour finaliser le développement et préparer la commercialisation de son robot chirurgical. Spécialisé dans les logiciels de computer vision (vision par ordinateur) et de technologies robotiques dédiées à la chirurgie orthopédique, il est également soutenu par Bpifrance et le Conseil européen de l’innovation.

De son côté, Iadys (Interactive Autonomous DYnamic Systems) conçoit, développe et commercialise des innovations mêlant IA et robotique. Sa solution Jellyfishbot autonome collecte les déchets ou les hydrocarbures à la surface des plans d’eau. Les cas d’usage sont variés : ports, marinas, bases de loisirs et sportives, complexes hôteliers, campings, sites industriels et chantiers, chantiers navals et instituts de recherche.

Electronique, cloud et numérique vert, petits derniers de la sélection

L’électronique est quant à elle représentée par Scintil Photonics, qui développe des circuits intégrés pour les communications optiques, les interconnexions de calculateurs HPC et la distribution de clés quantiques. Sa technologie intègre plusieurs lasers sur des circuits photoniques silicium avancés pour des communications avec un début de plusieurs térabits par seconde. A noter que sa technologie est protégée par 35 brevets et fabriquée dans des fonderies de microélectronique.

Le cloud voit quant à lui sa cote baisser. Une seule entreprise étant sélectionnée pour cette édition. Clever Cloud conçoit et développe en France des technologies logicielles optimisés pour le déploiement et le maintien en conditions opérationnelles d’applications et de systèmes de données sur le cloud. « Ses solutions peuvent être embarquées sur toutes infrastructures cloud et permettent d'économiser 30 % de temps de calcul, et assurer une forte disponibilité des applications déployées et des données traitées » selon la jeune pousse.

Enfin, l'une des start-ups travaille sur le « verdissement du numérique » : Qarnot Computing. Ce cloud provider français, dont l’activité repose sur une infrastructure bas carbone, sécurisée et souveraine, distribue ses serveurs au sein de clusters et valorise intégralement la chaleur qu’ils émettent pour chauffer la ville. Fournisseur de services IaaS/PaaS/SaaS et spécialiste du cloud computing, Qarnot voit plus grand et veut proposer des offres de stockage et d’infrastructures IT à haute performance environnementale.