Le CEO de GitLab, Bill Staples a publié une lettre ouverte intitulée « GitLab Act 2 » à l’attention des clients, des investisseurs et des salariés. Il annonce plusieurs choses dont des suppressions de poste, la réorganisation de l’activité R&D en une soixantaine d’équipes plus petites et d’intégrer des agents IA dans le processus d’approbation d’acheminement des flux de travail et les processus opérationnels. « Nous avons évolué vers une structure qui convenait aux anciennes pratiques, mais qui ne s’adaptent pas à celle d’ajourd’hui », explique le dirigeant. Concernant le plan social, la société a déposé un document 8-K auprès de la SEC (securities exchange commission) sans préciser le nombre d’employés concernés. Le spécialiste en dépôt, partage, collaboration et sécurisation de code open source qui emploie environ 2500 personnes devrait en dire plus lors de la présentation de ses résultats financiers le 2 juin.

Il a ouvert une procédure de départ volontaire et indique que la nouvelle organisation sera finalisée le 1er juin. Cette restructuration prévoit aussi une réduction de sa présence internationale pouvant atteindre 30 %. « Cette restructuration est liée à une refonte de la plateforme », a précisé GitLab, comprenant notamment la réingénierie de Git et la transformation CI/CD en un environnement d'exécution orchestré pour les agents IA.

Une bascule vers la tarification à l'usage

Autre point de la lettre du dirigeant, des augmentations tarifaires à prévoir. Bill Stpales affirme que pour les entreprises, le coût mensuel des services de la plateforme de développement est passé de quelques dizaines de dollars par poste à plusieurs centaines au cours de l’année dernière. Il devrait bientôt atteindre le millier de dollars, signe d’un changement structurel dans la facturation à venir des outils de développement logiciel basés sur l’IA.

Il ajoute, « cette augmentation des coûts reflète le volume de travail généré par les agents IA au sein des pipelines de développement ». Ces derniers « ouvrent des demandes de fusion en parallèle, déclenchent des pipelines 24 heures sur 24 et poussent des commits à un rythme qu’aucune équipe humaine n’a jamais atteint », constate-t-il. En début d’année, l’éditeur a introduit une tarification à l’usage pour le travail des agents. Une tendance que le concurrent GitHub a aussi prise pour Copilot.

Pourquoi la facture augmente

Selon Nitish Tyagi, analyste principal chez Gartner, cette évolution est structurelle et la consommation de ressources IT est son moteur sous-jacent. « Presque tous les fournisseurs d'agents IA de codage s'orientent vers un modèle de tarification basé sur la consommation. Cette évolution ne se limite plus aux startups », note-t-il. Gartner prévoit que d'ici 2028, sous l'effet de la hausse de la consommation des tokens LLM et de la généralisation des licences basées sur la consommation, les coûts de codage avec l’IA dépasseront le salaire moyen d'un développeur. « Cette évolution annonce une réinitialisation structurelle des prix plutôt qu'un ajustement temporaire », a ajouté l’analyste.

Comme il l’a indiqué, les recherches de Gartner montrent qu’aujourd’hui, 29 % des entreprises déclarent des coûts de token IA compris entre 200 et 500 dollars par développeur et par mois, mais il avertit que les DSI ne devraient pas partir du principe que cela resterait la norme. « Les développeurs passent rapidement du statut d’utilisateurs occasionnels à celui d’utilisateurs courants et intensifs. Ceux-ci peuvent facilement consommer plus de 2 000 dollars par mois, en particulier lorsque des agents IA sont intégrés dans les flux de travail quotidiens tels que la génération de code, les tests, la refactorisation et la documentation », a-t-il souligné.

Ce qui change pour les acheteurs

Sanchit Vir Gogia, analyste en chef chez Greyhound Research, pense que cette évolution ne met pas fin à la tarification par poste mais redéfinit son rôle. « La tarification par poste pour les plateformes de développement d’entreprise n’est pas morte. Elle est en train d’être reléguée au second plan », avance-t-il. « Le poste n’est plus l’unité qui explique la valeur, le coût ou le risque dès lors que les agents IA commencent à produire du travail au nom, aux côtés et parfois en avance sur les développeurs humains. » Selon M. Gogia, l’architecture commerciale hybride, plutôt que la fin des abonnements, représente une perspective réaliste pour les deux prochaines années. « Les abonnements perdureront, car les fournisseurs ont besoin d’un seuil de rentabilité et les acheteurs ont besoin de références prévisibles. La facturation à la consommation va se développer, car le travail des machines engendre des coûts variables », a-t-il ajouté.

« Ce compromis sera familier aux DSI qui ont déjà fait l’expérience de l’économie du cloud : s’engager, consommer, surveiller, gouverner, puis discuter de la facture. » M. Gogia a expliqué qu’une entreprise de 5 000 développeurs passant d’une tarification par poste à celle à la consommation modifie non seulement la ligne de coûts, mais aussi le rythme de la gouvernance. « Un contrat par poste offre au service des achats une vue bien ordonnée : compter les personnes, négocier la remise, approuver le renouvellement et passer à autre chose. La tarification à la consommation brise ce confort. Elle transforme les dépenses de développement logiciel en un compteur en temps réel », a-t-il expliqué.