Après la faillite de la compagnie aérienne au printemps dernier, Google s’est positionné sur un vaste ensemble d’informations et de logiciels issus de son fonctionnement quotidien. Pour Google, l’intérêt est avant tout technologique et servira à l'entraînement de ses modèles d’IA. Les données concernées contiennent des courriels, dossiers de paie et autres documents. Un matériau particulièrement recherché à l’heure où les géants de l’IA cherchent à compléter les données publiques utilisées pour entraîner leurs modèles avec des données issus de situations professionnelles réelles. 

Un achat contesté

Le rachat des données de Spirit par Google se heurte à des objections. L’Association of Flight Attendants-CWA représentant les anciens personnels navigants de la compagnie s’est opposé à la transaction, estimant que le périmètre des données concernées pourrait exposer des informations confidentielles relatives aux salariés.

Le problème porte notamment sur l’ampleur des données concernées : le périmètre de la vente comprend environ 100 millions de courriels, 500 millions d'échanges sur Microsoft Teams, mais aussi 30 millions de lignes de code, des données liées à la paie, aux congés, aux déplacements professionnels ou encore aux dossiers fiscaux des employés. À l’inverse, Google assure que les données clients ne font pas partie de l'acquisition. 

Le syndicat demande que les informations confidentielles concernant les anciens salariés soient explicitement exclues de la vente ou bénéficient de garanties au moins équivalentes à celles prévues pour les données clients. Face à ces objections, le juge chargé du dossier a reporté l’examen de la transaction au 9 septembre.

Des données à désidentifier

Google assure qu’aucune information permettant d’identifier directement une personne ne lui sera transmise. Les données doivent être désidentifiées par un tiers avant leur remise à Google, avec pour objectif de supprimer les éléments permettant de rattacher les informations à une personne.

Spirit prévoit de son côté un processus de certification par un tiers pour vérifier la conformité du traitement des données en matière de protection de la vie privée. L’accord prévoit également que Google ne pourra pas tenter de réidentifier les personnes concernées. 

Mais cette mesure ne convainc pas le syndicat. Pour les représentants des salariés, supprimer les éléments permettant d’identifier une personne ne suffit pas nécessairement à rendre confidentiel le contenu d'un document ou d'une conversation interne. 

Micro1 surenchérit après Google

Le dossier connaît par ailleurs un nouveau rebondissement. Après l’enchère remportée par Google pour 10 millions de dollars, Micro1, une start-up spécialisée dans l’entraînement des modèles d’IA, a directement envoyé à Spirit une offre de 12,5 millions de dollars.

Cette proposition, transmise à l’équipe juridique de Spirit après la clôture de l’enchère, dépasse donc l’offre de Google. Micro1 avait manqué la date limite pour participer à l’enchère initiale et espère désormais que le tribunal acceptera d’examiner sa proposition.

Google avait lui-même remporté l’enchère après avoir porté son offre à 10 millions de dollars, contre 7,5 millions pour Mercor. Le rachat n’est donc plus seulement une question de protection des données, il est désormais au cœur d’une course entre plusieurs acteurs de l’IA pour accéder à un vaste corpus de données issues du fonctionnement réel d’une entreprise.

La prochaine étape se jouera devant le tribunal des faillites, qui devra à la fois examiner les contestations des anciens salariés et déterminer si la vente à Google peut être validée ou si la nouvelle offre de Micro1 peut rebattre les cartes.