Google redéfinit sa feuille de route pour l’IA d’entreprise autour des systèmes autonomes et de l’intelligence artificielle générale (Artificial General Intelligence, AGI). Lors de la conférence Google I/O (19 au 20 mai), le CEO de DeepMind, Demis Hassabis, a déclaré aux participants que « lorsque nous repenserons à cette époque, nous réaliserons que le secteur était au seuil d’une période très singulière. » Et pour conclure son discours sur les agents IA, les systèmes de cybersécurité, les outils de recherche scientifique, les plateformes de codage et les simulations, il a même ajouté : « Ce sera un moment marquant pour l’humanité. » Ces remarques suggèrent que le fournisseur considère de plus en plus l’IA non pas comme des fonctionnalités d’entreprise autonomes, mais comme une plateforme opérationnelle plus large capable d’exécuter des tâches complexes dans divers environnements. « L’AGI se profile désormais à l’horizon, et ce sera la technologie la plus profonde et la plus influente jamais inventée », a affirmé M. Hassabis. « Si elle est bien conçue, elle pourrait propulser le progrès humain et l’épanouissement au-delà de notre imagination. » Jusqu’à présent, si les notions d’AGI et de singularité étaient historiquement très circonscrites aux cercles de recherche en IA, le discours de la firme indique que ces concepts influencent de plus en plus la manière dont les principaux fournisseurs définissent leur stratégie IA d’entreprise à long terme, au-delà de ses avancées en modèles du monde (world models) et son dernier-né Gemini Omni.

Une vision agentique de l’entreprise

Au cours des deux dernières années, une grande partie du marché de l’IA d’entreprise s’est concentrée sur les copilotes qui pouvaient aider les employés dans leurs tâches de codage, de productivité et de recherche. Cependant, lors de sa conférence I/O, Google a mis à plusieurs reprises l’accent sur les agents autonomes et les systèmes IA à long terme capables d’orchestrer des flux de travail, de générer du code, d’exécuter des tâches en arrière-plan et d’interagir entre les applications et les environnements. Selon Neil Shah, vice-président chargé de la recherche et associé chez Counterpoint Research, Google positionne de plus en plus ses offres IA comme une plateforme d’entreprise unifiée plutôt que comme des outils IA isolés. « Le positionnement de Google auprès des DSI met en avant l’ensemble de ses capacités d’IA, lesquelles alimentent une plateforme d’IA complète prête à l’emploi pour les entreprises afin de créer des usines d’agents autonomes », a souligné M. Shah. « Le CEO de DeepMind pense que les DSI devraient considérer ces capacités comme une plateforme plutôt que comme des outils d’IA isolés pour élaborer leur stratégie IA », a-t-il ajouté. Ce positionnement plus large se retrouve dans les commentaires de M. Hassabis sur la sécurité et la gouvernance de l'intelligence artificielle. « Il est important pour nous d’avoir une vision claire des défis potentiels et d’utiliser tous les outils à notre disposition pour garantir la sécurité de nos systèmes agentiques et, en fin de compte, de l’AGI elle-même », a expliqué M. Hassabis.

Pour les responsables des technologiques des entreprises le discours d’ouverture de Google pourrait signaler une évolution plus large, passant de flux de travail assistés par l’IA vers des architectures d’entreprise de plus en plus autonomes, construites autour d’agents fonctionnant en continu et d’une infrastructure de raisonnement. Yugal Joshi, associé chez Everest Group, pense que les DSI devraient interpréter les annonces de Google moins comme une prédiction littérale de l’AGI que comme une incitation à adopter une architecture d’« entreprise autonome ». « Google souhaite que les DSI utilisent sa plateforme non seulement pour la productivité et des agents chargés de tâches spécifiques, mais aussi pour bâtir une entreprise agentique de bout en bout, bien orchestrée et bien gouvernée », a expliqué M. Joshi. Le cadre plus large de l’AGI pourrait également influer sur les décisions d’approvisionnement et d’infrastructure, à mesure que les entreprises s’engagent davantage dans des plateformes AI native. « Lorsqu’un fournisseur positionne sa technologie comme une voie vers l’AGI, il conçoit sa stratégie d’IA à l’épreuve du temps, mais qui peut entraîner une dépendance vis-à-vis du fournisseur, ce qui change complètement la donne », a fait remarquer M. Shah.

Une IA pour mieux comprendre le monde

Les capacités de cybersécurité des modèles d’IA s’améliorent rapidement également, nombre d'entre eux étant désormais capables d’effectuer des tests d’intrusion de bout en bout en plusieurs étapes. Ces niveaux de performance doublent tous les cinq mois, voire moins. Google y voit une opportunité majeure. « Récemment, le domaine de la cybersécurité a fortement attiré l’attention », a rappelé M. Hassabis dans son discours, ajoutant que Google mettait à profit ses « capacités de pointe et son expertise approfondie pour contribuer à sécuriser les bases de code du monde entier ». Selon M. Hassabis, CodeMender présenté par Google, ainsi qu’une nouvelle API CodeMender actuellement en test, peuvent « détecter et corriger automatiquement les vulnérabilités logicielles critiques. » Parallèlement, Google a largement mis l'accent sur les découvertes scientifiques et les systèmes de simulation, des domaines que M. Hassabis a décrits comme des applications fondamentales à long terme de l'IA. « Si j'ai consacré toute ma carrière à l'IA, c'est parce que je la considérais comme l'outil par excellence pour faire progresser la science et notre compréhension du monde », a insisté M. Hassabis.

Celui-ci a également présenté Gemini for Science, une suite d’outils IA conçus pour aider les chercheurs à analyser des articles, formuler des hypothèses, générer du code et accélérer les flux de travail scientifiques. Google a aussi mis en avant des systèmes de simulation comme AlphaEarth Foundations et WeatherNext, qui, selon l’entreprise, ont amélioré les capacités de prévision des ouragans pendant la saison cyclonique 2025. L’entreprise a par ailleurs évoqué Isomorphic Labs, la société de découverte de médicaments par IA qu'il soutient et qui travaille actuellement sur des traitements contre les troubles immunitaires et le cancer. « Notre mission est de repenser le processus de découverte de médicaments afin de venir un jour à bout de toutes les maladies », a déclaré M. Hassabis. Alors que les délais concernant l’AGI font encore l’objet de vifs débats, le discours d’ouverture de Google suggère que l’entreprise considère de plus en plus les systèmes de raisonnement autonomes, et non les simples copilotes de productivité, comme l’orientation à long terme de l’IA d’entreprise.