Au troisième trimestre 2026, Amazon a engagé 75,9 Md$ de dépenses d’investissement cash, Alphabet 51,4 Md$ de CapEx, Microsoft 45,2 Mds et Meta 34,91 Md$. Additionnés, ces montants atteignent 207,4 Md$ sur un seul trimestre.
Ce total nécessite cependant une précaution méthodologique. Les quatre entreprises n’utilisent pas exactement les mêmes définitions comptables et aucune ne publie une ligne standardisée permettant d’isoler l’intégralité de ses « dépenses IA ». Les chiffres mesurent donc leurs programmes d’investissement, au sein desquels l’intelligence artificielle et les infrastructures nécessaires à son déploiement occupent désormais une place majeure.
Amazon : 75,9 Md$ en trois mois
Amazon affiche le montant trimestriel le plus élevé de l’échantillon. Ses dépenses d’investissement cash ont atteint 75,9 Md$ au troisième trimestre 2026, contre 34,2 mds un an plus tôt. Elles ont donc plus que doublé en douze mois. Le groupe prévoit environ 220 Md$ de dépenses d’investissement cash sur l’ensemble de 2026.
Le 10-Q précise que ces dépenses reflètent principalement les investissements dans les infrastructures technologiques, dont la majorité soutient la croissance d’AWS, ainsi que des capacités supplémentaires pour le réseau logistique. Amazon ne fournit pas de ventilation permettant d’isoler la part exacte du trimestre consacrée à l’intelligence artificielle.
Le lien avec l’IA apparaît toutefois clairement dans l’évolution des dépenses. Sur douze mois, les achats nets d’immobilisations ont atteint 210,7 Md$, soit 94,8 mds de plus qu’un an auparavant. Amazon indique que cette augmentation reflète principalement ses investissements dans l’intelligence artificielle.
La montée en puissance de l’infrastructure accompagne celle d’AWS. Andy Jassy estime que les investissements réalisés dans les fonctionnalités et les infrastructures du cloud « portent leurs fruits », alors que le chiffre d’affaires d’AWS progresse de 39,3 % sur un an. Ce montant de 75,9 Md$ constitue donc le meilleur indicateur trimestriel de l’intensité capitalistique actuelle d’Amazon, même si toute cette somme n’est pas consacrée exclusivement à l’IA.
Alphabet : le CapEx a plus que doublé en un an
Chez Alphabet, le lien avec l’intelligence artificielle est particulièrement explicite. Le groupe a consacré 51,4 Md$ au CapEx au troisième trimestre et précise que la grande majorité de cette somme a été investie dans l’infrastructure technique destinée à soutenir ses investissements dans l’IA. La ventilation permet de voir plus précisément où va cet argent. Environ 65 % des investissements dans l’infrastructure technique ont concerné les serveurs et les équipements réseau, les 35 % restants étant consacrés aux centres de données.
L’accélération est considérable. Alphabet avait dépensé environ 24 Md$ au troisième trimestre 2025, puis 35,7 Mds au premier trimestre 2026 et 44,9 mds au deuxième. À 51,4 Mds au troisième trimestre, le CapEx trimestriel a progressé d’environ 114 % en un an. Le groupe maintient son enveloppe de 195 à 205 Md$ pour l’ensemble de 2026 et prévoit une nouvelle hausse significative de ses dépenses d’investissement en 2027.
Alphabet est ainsi l’un des cas où la destination de l’argent est la plus précisément documentée : une grande majorité du CapEx finance l’infrastructure technique nécessaire au développement de l’IA, avec un poids dominant des serveurs et des équipements réseau.
Microsoft : 45,2 Mds, principalement pour les équipements de calcul
Microsoft a engagé 45,2 Md$ de CapEx sur son trimestre clos fin septembre. Environ trois quarts de cette somme correspondent à des actifs à durée de vie relativement courte, principalement des CPU et des GPU, dont le coût intègre également la hausse des prix de la mémoire et du stockage. Appliquée aux 45,2 Md$ de CapEx, cette proportion représente environ 33,9 Md$ d’actifs à durée de vie courte, principalement liés aux équipements de calcul et à leurs coûts associés. Ce montant ne correspond toutefois pas à une dépense exclusivement consacrée à l’IA.
La direction explique néanmoins que ces investissements servent à l’infrastructure nécessaire pour permettre à ses clients de construire et de faire évoluer leurs applications d’IA. Le quart restant concerne des actifs à plus longue durée de vie, notamment les infrastructures physiques des centres de données. Microsoft publie également 39,4 Md$ de paiements cash pour les immobilisations corporelles et 7,4 Mds de finance leases. Ces deux mesures sont distinctes et ne doivent pas être additionnées pour tenter de reconstituer les 45,2 Mds de CapEx. L’effort devrait encore augmenter. Microsoft prévoit plus de 50 Md$ de CapEx au trimestre suivant et estime ses dépenses à environ 170 Md$ sur l’année civile 2026.
Meta : 34,91 Md$ pour les serveurs, les centres de données et les réseaux
Meta a engagé 34,91 Md$ de CapEx au troisième trimestre, en incluant les remboursements de principal liés aux finance leases. Sur les neuf premiers mois de l’année, ses achats d’immobilisations corporelles ont atteint 83,06 Md$. Le groupe indique investir notamment dans les serveurs, les centres de données et les infrastructures réseau. Il prévoit désormais 135 à 145 Md$ de dépenses d’investissement sur l’ensemble de 2026 pour soutenir ses efforts dans l’IA et son activité principale.
Meta ne précise pas quelle part exacte de ses 34,91 Md$ de CapEx est consacrée à l’intelligence artificielle. Les investissements annoncés concernent néanmoins directement les infrastructures nécessaires au développement de l’IA : serveurs, réseaux et centres de données. Le modèle diffère également de celui d’Amazon, de Microsoft ou d’Alphabet. Meta ne commercialise pas une grande plateforme cloud comparable à AWS, Azure ou Google Cloud. Une part importante de cette infrastructure est destinée aux besoins internes du groupe, notamment ses plateformes, ses systèmes de recommandation, ses produits d’IA et son activité publicitaire.
Près de 730 Md$ d’investissements prévus en 2026
Les prévisions annuelles montrent que les montants du troisième trimestre s’inscrivent dans un effort beaucoup plus vaste. Amazon prévoit environ 220 Md$ de dépenses d’investissement cash en 2026 ; Alphabet maintient une enveloppe de 195 à 205 mds ; Microsoft anticipe environ 170 mds sur l’année civile ; Meta prévoit 135 à 145 Mds.
En prenant le milieu des fourchettes communiquées par Alphabet et Meta, ces quatre groupes se dirigent vers environ 730 Md$ de dépenses d’investissement cumulées en 2026. Ces montants ne constituent pas une « facture IA » unique au sens comptable. Ils montrent en revanche l’ampleur des investissements nécessaires pour augmenter les capacités de calcul, avec des dépenses concentrées sur les GPU, CPU, serveurs, réseaux, mémoire, stockage et centres de données.
Où va cet argent ?
Une partie de ces investissements se diffuse ensuite vers les fournisseurs de la chaîne technologique : équipements de fabrication de semi-conducteurs, solutions de stockage et logiciels de conception de puces. Lam Research en fournit une illustration. Le spécialiste des équipements de fabrication de semi-conducteurs a réalisé 8,22 Md$ de chiffre d’affaires, contre 5,32 mds un an plus tôt, soit une progression d’environ 54 %. Tim Archer, son directeur général, souligne que l’IA entraîne « une demande accrue de semi-conducteurs et une plus grande complexité des composants », dans un trimestre où Lam a enregistré des niveaux records de chiffre d’affaires, de bénéfice et de bénéfice par action.
La demande gagne aussi le stockage. Western Digital a enregistré 4,38 Md$ de chiffre d’affaires, en hausse de 55 % sur un an. Le groupe ne ventile pas de revenus propres à l’IA, mais son activité évolue dans un marché où l’expansion des infrastructures de données accroît les besoins de stockage. Cadence profite de son côté de la complexité croissante des puces. L’entreprise fournit des outils de conception électronique aux concepteurs de semi-conducteurs et a enregistré 1,633 Md$ de chiffre d’affaires au troisième trimestre. Ces acteurs ne permettent pas de calculer la dépense IA des hyperscalers, mais ils montrent comment cette vague d’investissement commence à irriguer l’ensemble de la chaîne d’infrastructure.
Une nouvelle échelle d’investissement pour l’IA
Comparer les groupes reste difficile, faute de définition comptable commune des « dépenses IA ». C’est pourquoi le chiffre de 207,4 Md$ au dernier trimestre publié doit être compris comme la somme des programmes d’investissement d’Amazon, Alphabet, Microsoft et Meta, et non comme une dépense exclusivement consacrée à l’intelligence artificielle. L’accélération est nette : chez Amazon comme chez Alphabet, les dépenses trimestrielles ont plus que doublé en un an. Microsoft prévoit déjà plus de 50 Md$ de CapEx au prochain trimestre, tandis que Meta porte son enveloppe annuelle jusqu’à 145 mds.
Avec environ 730 Md$ d’investissements annoncés ou anticipés pour 2026 chez Amazon, Alphabet, Microsoft et Meta, la course à l’IA se traduit désormais par un déploiement massif d’infrastructures physiques : processeurs, serveurs, réseaux, stockage et centres de données. C’est cette transformation industrielle qui donne aujourd’hui la mesure financière de l’intelligence artificielle.

Commentaire