IBM démarre aujourd’hui, à Boston, une série de conférences Think 2022 qu’il va décliner dans 11 autres villes, dont Paris, où l’événement se tiendra le 8 juin prochain. Au programme, un focus sur ses 5 domaines phares du nouvel IBM délesté de sa branche services managés : les données, l’automatisation avec l’IA, la cybersécurité, la modernisation des SI avec le cloud hybride et le conseil. Avec des experts, des ateliers et des master class sur ces sujets. Il y a deux semaines, les résultats positifs du 1er trimestre 2022 (+11% sur le chiffre d’affaires) ont entériné le bien-fondé de la stratégie du CEO Arvind Krishna et de la scission d'avec Kyndryl, effective depuis début novembre.

Au seuil du cycle de conférences Think on Tour, c’est donc « un IBM très différent » qui s’avance, « re-concentré sur la technologie » avec un axe conseil très engagé, a décrit hier Rob Thomas, VP d’IBM responsable des ventes au niveau mondial, en insistant sur l’importance des investissements réalisés, lors d’un point presse en ligne. Parmi les thèmes mis en avant sur Think Boston, l’adoption de l’IA, mais aussi l’accélération de la compétition sur l’informatique quantique avec, à l’horizon 2025, l’objectif d’un processeur à 4000 qubits réunissant des grappes de processeurs mises à l’échelle de façon modulaire. Par ailleurs, IBM renforce encore son partenariat sur SAP Rise pour porter dans le cloud les applications des clients SAP. Enfin, Rob Thomas a annoncé un effort de formation très important pour augmenter le nombre de data scientists, de data engineers et les compétences en cybersécurité.

Processeur Condor à 1000 qubits en 2023

IBM a actualisé sa feuille de route sur l'informatique quantique qui présente les développements prévus jusqu'en 2025 et au-delà. (Crédit : IBM) Agrandir l'image

Sur Think Boston, IBM présente donc sa nouvelle feuille de route vers l’ère de l’informatique quantique « pratique », telle qu'il la qualifie. Il a achevé les objectifs de sa roadmap de 2020 qui incluait le processeur Eagle à 127 qubits « avec des circuits quantiques qui ne peuvent pas être simulés de façon fiable et exacte sur un ordinateur classique », pointe-t-il dans un communiqué. Autre avancée sur la capacité à simuler une molécule à l’aide de Qiskit Runtime, son environnement d’exécution  conteneurisé pour les programmes quantiques, qui a été nettement accélérée (x120). D’ici la fin de cette année, IBM prévoit enfin de dévoiler comme prévu son processeur Osprey à 433 qubits.

En 2023, les objectifs de simplifier encore l’expérience de développement avec Qiskit Runtime dans le cloud se poursuivront. IBM proposera aussi une approche serverless au sein de sa pile logicielle quantique qui devrait, dit-il, « marquer une étape critique dans la distribution intelligente et efficace des problèmes entre systèmes quantiques et classiques ». Du côté du matériel, l’année prochaine devrait voir la sortie du premier processeur quantique universel, le Condor, qui doit apporter une puissance de calcul théorique supérieure à 1000 qubits. « En combinant des processeurs quantiques modulaires avec une infrastructure classique, orchestrée par Qiskit Runtime, nous construisons une plateforme qui permettra aux utilisateurs de bâtir facilement des calculs quantiques dans leurs workflows pour s’attaquer aux défis essentiels de notre époque », expose Jay Gambetta, vice-président de l’activité Quantum Computing, dans un communiqué.

Un prototype de Quantum System Two opérationnel en 2023

Dans sa feuille de route réactualisée, les capacités d’évolutivité des processeurs quantiques seront élaborées de trois façons. La première consiste à pouvoir paralléliser des opérations entre plusieurs processeurs. L’étape suivante est la mise en place de coupleurs à courte portée au niveau du processeur. Ceux-ci connecteront étroitement plusieurs puces entre elles pour former un processeur plus important. Cela introduira une modularité fondamentale qui est la clé de l’évolutivité, explique IBM. Enfin, la 3ème composante porte sur les liens de communication entre les processeurs quantiques. IBM propose des liens pour connecter des clusters de processeurs dans un système quantique plus grand. Ces trois techniques d'évolutivité seront utilisées pour atteindre à l'horizon 2025 l'objectif d'un processeur de plus de 4 000 qubits dont le nom de code est Kookaburra. 

Concernant le logiciel, en 2023, IBM a déjà indiqué qu’il prévoyait de livrer d’autres primitives pour simplifier le développement avec Qiskit Runtime. Quant à Quantum Serverless (évoqué plus haut), également prévu pour l’an prochain, il aidera à basculer intelligemment et de façon flexible entre les ressources classiques et quantiques, « formant ainsi le fabric du supercalculateur quantique ». Ces technologies seront intégrées au sein du Quantum System Two d’IBM dont l’infrastructure permettra de relier ensemble plusieurs processeurs quantiques. Un prototype de ce système devrait être opérationnel dès 2023.

Installation d'un Quantum System One au Japon, par le Business Incubation Center de Kawasaki, où le système quantique d'IBM a été mis en service à l'été 2021. (Crédit : IBM)

Enfin, IBM dit aussi travailler dans le domaine de la cybersécurité pour protéger les données contre les menaces  futures. Le fournisseur rappelle la préoccupation de voir des données aujourd'hui protégées être volées en vue d'un déchiffrement futur à l'aide de techniques quantiques. Dans ce domaine, il proposera aux dirigeants et à leurs équipes de cybersécurité des formations sur le chiffrement à sécurité quantique et pourra évaluer pour les entreprises leur exposition au risque d’attaques associées.