L'enquête McKinsey, reprise par l'index annuel de Stanford, sépare deux étapes que le langage courant confond. Utiliser l'IA n'est plus un signal fort : la moitié des entreprises françaises encore à l'écart disent simplement ne pas en voir l'utilité, selon l'Insee. Faire tourner un agent à grande échelle, un logiciel qui enchaîne plusieurs actions sans être guidé à chaque étape, en est une autre : seules 23 % des organisations interrogées par McKinsey s'en disent au stade du passage à l'échelle, et 39 % de plus n'en sont qu'à l'expérimentation.
Les pionniers ne sont pas où on les attend
L'enquête EY publiée le 26 mars 2026 auprès de 18 152 personnes dans 23 pays classe les marchés en trois groupes. Huit pionniers, dont l'Inde, la Chine, le Brésil et le Mexique : 94 % d'usage de l'IA, et 24 % de personnes ayant déjà laissé une IA agir seule pour elles. Des marchés en transition, dont les États-Unis et l'Allemagne : 82 % et 13 %. Des marchés en retard : 77 % et 11 %. La France est dans ce dernier groupe, avec le Royaume-Uni et le Japon, à un peu plus de 70 % d'usage et l'un des plus faibles taux de délégation de l'échantillon. Sur le terrain, des prestataires spécialisés dans ces systèmes disent désormais chercher leurs premiers clients hors de France, là où la décision d'achat est plus rapide.
Un agent n'est pas un simple assistant
Confusion fréquente chez les dirigeants : un assistant qui répond à une question et un système qui enchaîne seul plusieurs actions ne se pilotent pas de la même façon. Le premier suit un chemin fixé à l'avance. Le second choisit lui-même, à chaque étape, la suite de son travail et les outils qu'il actionne. Cette distinction, popularisée par le laboratoire Anthropic, explique une partie de l'écart mesuré : un assistant se met en place vite, un agent demande de contrôler ses décisions, pas seulement ses réponses. C'est aussi lui qui prend en charge ce qui coûte le plus cher en temps humain : les tâches administratives, la gestion courante, les relances commerciales.
Ce qui bloque avant la technologie
Le frein n'est pas d'abord technique. En France, parmi les entreprises qui n'utilisent pas encore l'IA, 71 % disent ne pas en voir l'utilité, 54 % citent le manque d'expertise interne, 38 % l'incompatibilité avec leurs outils existants et 29 % des difficultés avec les données nécessaires, selon l'Insee en juillet 2026. Autrement dit, la majorité des entreprises à l'écart n'ont pas encore identifié le problème précis de leur activité qu'une machine pourrait prendre en charge. C'est cette étape, et non le choix d'un outil, qui sépare les pays pionniers des autres.
La règle à en tirer : mesurer d'abord le coût actuel d'un problème précis, puis confier à une machine une première tâche de bout en bout sur ce problème, observée en production avant d'élargir son autonomie. La condition qui va avec : ne jamais confier une autonomie plus large à une machine sur un problème qui n'a pas encore été mesuré.

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