Au fur et à mesure de son déploiement en entreprise, l'IA transforme la façon de travailler et expose certains métiers à des problèmes de déqualification, voir de suppression de postes. C'est en substance les enseignements de l'étude menée par la Coface et l’Observatoire des emplois menacés et émergents portant sur plus de 900 métiers dans quatre pays développés, 16 % des emplois en France sont concernés par un risque significatif, soit près de 5 millions de postes potentiellement impactés d’ici la fin de la décennie.
Les métiers IT en première ligne
Contrairement aux idées reçues, ce ne sont pas les emplois peu qualifiés qui sont les plus menacés par l’IA. Les métiers manuels fortement dépendants du contexte, comme les agents d’entretien, les pêcheurs ou les ouvriers du bâtiment, présentent un faible risque d’automatisation. A l'inverse, les métiers de l'informatique sont particulièrement exposés. Dans l’étude, les chercheurs estiment que 21 métiers recensés (développeurs web, applicatifs, analyste en cybersécurité, administrateur de base de données,…) affiche un score moyen d’automatisation de 30% ce qui les menace directement.
Le rapport fait également la chasse aux idées comme le fait que les effets de l’IA toucheraient les populations les moins diplômés et aux salaires modestes. Plus un emploi est qualifié, plus il est exposé, observent les chercheurs. les personnes ayant un diplôme de niveau bac +5 et plus présentent un risque d’automatisation supérieur à 25 %, contre 15 % pour les diplômés CAP/BEP. Le revenu suit la même logique : les trois déciles supérieurs sont plus menacés (20 %) que le revenu médian (15 %) ou le premier décile (6 %). Autre idée reçue, le secteur industriel est relativement protégé. Les chercheurs observent que cette activité comprend de plus de service et qu’elle est aussi impactée par les effets de l’IA que d’autres domaines.
Une fracture territoriale qui se dessine
L’impact de l’IA se lit également à l’échelle géographique. Les grandes métropoles, concentrant les métiers intellectuels à forte valeur ajoutée, comme le management, la finance, l’ingénierie ou l’informatique, sont les plus exposées. À Paris, Lyon, Toulouse ou Grenoble, la technologie menace une part importante des effectifs de cols blancs. À l’inverse, certaines zones rurales ou touristiques, comme le Médoc, la Corse ou le Nord-Atlantique, sont relativement protégées grâce à la prédominance de métiers manuels ou liés à l’agriculture et au tourisme. Cette redistribution pourrait redessiner la carte de l’emploi en France : là où l’IA attaque le capital des cols blancs urbains, les territoires plus manuels et artisanaux constituent un “bouclier” contre l’automatisation.

Les grandes métropoles comme Paris ou Lyon sont très exposées, tandis que le Médoc, la Corse ou le Nord-Atlantique restent protégés grâce aux métiers manuels et au tourisme. (Crédit: Coface)
Une diffusion déjà massive, mais nuancée
Le rythme précis des avancées technologiques reste incertain, mais la diffusion de l’IA dans les entreprises est déjà très rapide. Selon le cabinet McKinsey, la part des entreprises l'utilisant dans au moins une fonction est passée de 55 % en 2022 à 88 % en 2025. Pour autant, les auteurs du rapport invitent à dépasser les scénarios alarmistes de destruction massive d’emplois.
Même dans les métiers les plus exposés, un socle de compétences humaines reste difficilement automatisable : prise de décision, responsabilité, interactions sociales ou gestion de situations complexes. L’enjeu réside donc moins dans la disparition des métiers que dans leur transformation et l’adaptation des systèmes de formation.

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