En tant que vice-président exécutif et DSI du fournisseur de télévision américain Dish Network, Atilla Tinic dirige la stratégie et les opérations IT pour toutes les marques de télévision payante et sans fil de l'entreprise, depuis le service de diffusion directe par satellite jusqu’au service IPTV Sling TV né dans le cloud, et au service de maison connectée OnTech. Aujourd'hui, plusieurs années après le début de l'aventure cloud, chacune des entreprises de Dish « suit un peu sa propre trajectoire pour ce qui est de l'infrastructure et du cloud », a expliqué M. Tinic. Mais désormais l’approche de Dish est principalement « cloud-first » car, comme l’explique le DSI, « toutes les nouvelles technologies naissent dans le cloud ».

Lors du récent « Future of Cloud Summit » de CIO, Julia King, rédactrice en chef adjointe de notre confrère américain, s'est entretenue avec M. Tinic pour discuter de l'innovation dans le cloud, de l'importance de l’état esprit « cloud », des défis en matière de compétenes et des leçons qu'il a tirées de ce parcours. Voici quelques extraits de cette conversation à retrouver in intégralité à cette adresse.

Sur l'innovation dans le cloud

« Il est capital de suivre le rythme de l'évolution technologique. Et je pense que le cloud est la clé de cette évolution. Je le dis, parce que toutes les nouvelles technologies naissent dans le cloud. Je dirais aussi que tous les fournisseurs de logiciels métiers traditionnels essaient de moderniser leur plate-forme pour la rendre native du cloud. Il est donc évident que toutes nos évaluations technologiques se déroulent dans le cloud, ce qui est très appréciable, car l’évaluation des capacités peut se faire rapidement. En général, nous pouvons effectuer des évaluations rapides ou créer un environnement de type sandbox. Ce qui veut dire que nous pouvons essayer avant d'acheter, apprendre à connaître les plateformes et voir ce qui nous convient. C'est essentiel parce que, étant donné l'évolution rapide de la technologie, nous devons absolument éviter de nous retrouver enfermés dans une solution unique. C’est pourquoi, je dois m’assurer que notre écosystème reste ouvert et que nous pouvons remplacer les composants assez facilement à mesure que la technologie évolue ».

Sur l’adoption d’un état d’esprit cloud

« La manière de penser des fournisseurs de réseaux a changé, notamment en ce qui concerne les boîtes et les câbles. Aujourd’hui, tout le monde cherche à évoluer dans un monde où l’on peut adopter les meilleures pratiques d’ingénierie logicielle du cloud. On doit réfléchir à la manière de construire ses pipelines CI/CD, en intégrant les microservices et les API dans une approche « config first » où la priorité est donnée à la configuration. Aujourd’hui, il faut que l’on puisse purger et recréer n’importe quelle fonction à la volée, sans avoir à gérer des interruptions programmées. C’est probablement un exemple facile, car du point de vue de l’opérateur, le cloud et le réseau cloud sont à la pointe du progrès. Même du point de vue de l’IT traditionnelle, DISH doit encore faire évoluer son paradigme. Nous voulons éviter de traiter le cloud comme nous traitons les datacenters. Dans le datacenter, nous avons toujours tendance à surprovisionner, car il faut être sûr de disposer d’une capacité et d’une marge de manœuvre suffisantes pour pouvoir respecter les délais d’approvisionnement en matériel. Cependant, avec le cloud, on peut optimiser l’utilisation en permanence et augmenter la capacité, si nécessaire. Mais nous devons également nous assurer que nous pouvons réduire de manière constante nos dépenses en fonction de la demande de l’entreprise ».

Sur le défi des talents

« Ces deux dernières années, nous avons travaillé en étroite collaboration avec nos partenaires pour innover ensemble. Et nous avons beaucoup appris de cette expérience. Nous leur avons demandé d’intégrer un grand nombre de fonctionnalités dans leurs solutions. Nous voulons déployer les changements plus rapidement, nous voulons plus de visibilité sur les performances, nous souhaitons identifier rapidement les problèmes. Toutes ces demandes les obligent à disposer de plus de compétences dans le cloud et dans l’ingénierie de plateforme. De plus, nous attendons des consultants et de leurs leaders d’opinion qu’ils nous apprennent et nous permettent de comprendre les meilleures pratiques, car cela nous pousse aussi à évoluer et à nous améliorer. Mais, nous comptons aussi sur eux pour l’élasticité des ressources. Cependant, ce qui compte le plus… ce sont nos propres employés. Nous cherchons toujours à augmenter nos capacités internes pour soutenir notre infrastructure cloud. Cela suppose des compétences en matière de réseaux cloud, de sécurité du cloud, d’architectes cloud, d’ingénieurs de plate-forme. En fait, nous sommes à l’affût de toutes les compétences… Le marché a créé de très gros défis, car nous ne sommes pas les seuls à les rechercher. Et il ne suffit pas d’attirer et de retenir les talents. Nous devons déployer des efforts concertés pour investir dans nos personnels, les aider à acquérir les compétences nécessaires, les mettre sur la voie de la certification des professionnels du cloud ».

Les leçons à retenir

1. Ne pas sous-estimer la mise en réseau. Si l’on établit des connexions directes au cloud ou si l’on dispose de passerelles de transit, l’équipe de mise en réseau doit effectuer un travail considérable d'architecture et de gestion. Il faut s’assurer que ce travail est bien fait.

2. Construire ses environnements en tenant compte de la sécurité, et non après coup. Pour des raisons évidentes, il faut être sûr de disposer des autorisations d'accès et des pare-feu appropriés, etc. pour protéger son environnement. C'est la première chose à faire. Mais il est également plus facile d'avancer à un rythme soutenu quand on a déjà mis en place des processus de sécurité normalisés.

3. Automatiser. Si l’on a recours à l'automatisation, on commence à imposer des normes, essentiellement par le biais de l'automatisation. Chaque environnement n'est pas unique. En faisant cela, on améliore non seulement la sécurité, mais on accélère aussi ses efforts de développement.

4. Normaliser les outils. Chaque équipe de développement peut facilement choisir quelque chose de différent, ce qui complique la situation quand on veut faire évoluer les équipes. Il n'y a pas de solution universelle, mais il vaut mieux s’assurer que l’on dispose d'un catalogue d'outils que les gens utiliseront à coup sûr et que tout n’est pas en libre-service, l’idée étant d’éviter la prolifération des outils.

5. S’organiser pour travailler dans un environnement multicloud. Même si le multicloud n’est pas à l’ordre du jour, toute entreprise peut se retrouver dans cette situation simplement parce qu’elle utilise des composants SaaS ou qu’elle réintroduit son propre cloud privé. Il faut vraiment penser à son réseau, à ses données et à son architecture de sécurité dans une perspective multicloud. Le coût. C'est une bonne chose d'avoir des équipes indépendantes qui gèrent leurs environnements, mais pour ma part, j'encouragerais une supervision centralisée. Dans le cas d’un modèle purement basé sur la consommation, les coûts peuvent rapidement et facilement devenir incontrôlables. D’où la nécessité d’une surveillance étroite. Ce qui nous ramène à l'architecture et à la gouvernance. C'est comme le vieil adage : « Mieux vaut prévenir que guérir ». En passant plus de temps en amont, à long terme, on peut faire une économie considérable de temps et d’argent.