Une grande nouvelle est venue de la direction d’Apple la semaine dernière. Comme vous le savez, Tim Cook est promu à un poste plus élevé (président du conseil d'administration) et John Ternus va prendre la relève en tant que CEO du groupe. L’autre grande nouvelle, c’est que Johny Srouji a été nommé directeur du matériel. Personne, en dehors de ceux qui suivent de près Apple ou l’industrie des puces, n’a jamais entendu parler de Johny Srouji (d’ailleurs, ils n’avaient pas entendu parler de John Ternus non plus.) Mais il ne s’agit pas d’une simple promotion au sein de la direction. Le fait que la société ait fait cette annonce simultanément à l'annonce du départ de Tim Cook et à la promotion de John Ternus le montre bien. La promotion de Johny Srouji - et surtout, le fait de le garder - est d’une importance vitale pour la firme.
L'Apple Silicon au premier plan
Qualifier Johny Srouji de « père de l'Apple Silicon » n'est pas tout à fait suffisant, mais c'est un bon début. Le fournisseur de Cupertino a commencé à utiliser l'expression Apple Silicon pour désigner les Mac équipés de processeurs de la série M exploitant un jeu d'instructions Arm, mais l'histoire de l'Apple Silicon remonte au lancement, en 2010, du premier processeur conçu par le fournisseur, l'A4, qui équipait l'iPhone 4 et l'iPad original. Johny Srouji a dirigé l’équipe qui a conçu l’A4 et a depuis lors mené les efforts d’Apple en matière de puces.
Au cours de la décennie 2010, il est apparu clairement que l’un des énormes avantages d’Apple sur le marché des smartphones était de concevoir ses propres processeurs. Comme la firme crée ses propres puces pour ses produits, l’entreprise est en mesure de prendre des décisions concernant les spécifications et les fonctionnalités de ces composants qui s’adaptent parfaitement au projet des produits dans lesquels elles seront utilisées. (Comparez cela aux entreprises qui doivent acheter des puces standard auprès de fournisseurs comme Intel et Qualcomm, où les circuits sont conçues pour plaire à un large éventail de clients. Chaque puce Apple est conçue pour des produits spécifiques, et c’est tout.)
Le fait qu'Apple puisse dicter les fonctionnalités de ses propres puces pourrait constituer un avantage suffisant, mais il s'avère que ces composants étaient également plus rapides que ceux de la concurrence. Beaucoup plus rapides. Chaque été, Qualcomm lançait une puce dont il se vantait, offrant des performances similaires à celles des puces de l'iPhone. Puis, en septembre, le fournisseur a présenté un iPhone équipé d’une puce dont les performances reléguaient Qualcomm loin derrière. Sur le marché technologique le plus dynamique et le plus rentable, celui des smartphones, la firme de Cupertino a tout simplement distancé la concurrence.
Ensuite, Apple a utilisé l’iPad Pro comme terrain d’essai pour voir s’il était possible d’adapter ses processeurs pour smartphones afin de fournir la performance nécessaire pour faire fonctionner un ordinateur à part entière. En 2018, Apple a lancé un iPad Pro équipé du processeur A12X, qui a augmenté le nombre de cœurs de processeur pour créer un appareil bien plus performant - un avant-goût de ce qui allait suivre. La société a ensuite enchaîné avec le lancement en 2020 d’un iPad Pro équipé du processeur A12Z, dont Apple se vantait explicitement qu’il était plus puissant que la plupart des ordinateurs portables actuellement commercialisés.
Avec le recul, c'était l'un des plus grands indices jamais donnés par la firme. Vous comprenez maintenant ? L'Apple Silicon est suffisamment puissant pour faire fonctionner des ordinateurs à part entière, pas seulement des iPad et des iPhone ! Et avec la sortie du M1 plus tard en 2020, la prophétie s'est réalisée. L'avantage d'Apple sur les smartphones et les tablettes est devenu une carte maitresse un peu partout, même sur les ordinateurs portables à bas prix, comme on le voit avec le Neo.
Faites plaisir à Johny Srouji !
Cela nous ramène à l’homme aux commandes, Johny Srouji. Les efforts d’Apple en matière de puces ont beaucoup fait parler d’eux dans le secteur. Des membres clés de l’équipe ont quitté Apple pour créer leur propre start-up, qui a ensuite été rachetée par son rival de toujours, Qualcomm. Johny Srouji est âgé d’une soixantaine d’années et envisage peut-être un dernier grand changement de carrière avant de prendre sa retraite.
Au milieu de tout cela, le patron de longue date de Johny Srouji, Tim Cook, a commencé à planifier son départ. L'un des pairs de Johny Srouji au niveau de vice-président senior, John Ternus, allait devenir le nouveau CEO, le patron de Johny Srouji. Nous ne savons rien des relations personnelles entre ces personnes, mais il est dans la nature humaine de réagir un peu négativement à la perspective de perdre son patron de longue date et de le voir remplacé par quelqu’un que l’on considère comme son égal. Cette transition, aussi nécessaire que Tim Cook la juge, a mis en péril la position de Johny Srouji chez Apple.
C'est très certainement la raison pour laquelle Mark Gurman, de Bloomberg, a rapporté en décembre que Johny Srouji envisageait de quitter Apple. Cet article semblait être une véritable alerte rouge, car – comme indiqué plus haut - Johny Srouji est à la tête de l'un des groupes les plus solides d'Apple, lui procurant des avantages sur l'ensemble de sa gamme de produits.
L'article de M. Gurman indiquait que John Srouji « avait récemment déclaré à Tim Cook qu'il envisageait sérieusement de partir dans un avenir proche », mais il n'est pas difficile de lire entre les lignes et de supposer que, dans un moment de changement, Johny Srouji s'interrogeait sur la valeur qu'Apple accordait à ses contributions. Deux jours plus tard, M. Srouji a publié une note de service destinée à fuiter à l'intention de son équipe, affirmant qu'il n'avait pas l'intention de partir de sitôt.
Voici ce qui s’est manifestement passé. Tim Cook et John Ternus, comme tout le monde, ont reconnu l’importance de Johny Srouji pour Apple et lui ont proposé un nouveau poste. Et dans ce cas précis, ce poste - celui de directeur du matériel - semble avoir satisfait Johny Srouji. (Il est la première personne à diriger l’ensemble de ce groupe depuis le départ à la retraite de Bob Mansfield en 2012.) Avec la nomination de John Ternus au poste de CEO, l’ensemble de sa division matériel a été confié à Johny Srouji. Il s’agit d’une partie considérable de l’entreprise, et elle est désormais piloté par ce dernier.
Johny Srouji semble désormais avoir obtenu ce qu’il voulait. La question suivante est de savoir comment l’ancienne division de John Ternus va réagir face à son nouveau responsable. M. Gurman rapporte que Johny Srouji a une « approche intransigeante » et que la division matériel va devoir faire face à une « douche froide ».
Chaque responsable a son propre style. Les conflits sont donc inévitables. La nouvelle division de Johny Srouji devra s’adapter à lui, et lui devra s’adapter à elle. John Ternus est sans aucun doute bien conscient de la façon dont se déroulera la transition au sein de son ancienne division, et Johny Srouji rendra des comptes à son CEO. Ils devront donc trouver un terrain d’entente, et le changement peut être difficile, mais au final, il peut aussi être rafraîchissant d’être guidé par de nouvelles perspectives.
Le plus important, c’est que, dans une période de transition qui aurait pu avoir des répercussions brutales, Apple a conservé l’un de ses meilleurs éléments.

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