En matière de logistique, prestataires et chargeurs commencent à peine à s'aventurer sur les routes de l'IA. Selon une étude du BCG et de l'éditeur de TMS Alpega, menée en janvier 2026 auprès des prestataires et de leurs clients dans le monde entier et présentée au SITL (Salon international du transport et de la logistique) le 1er avril 2026, les deux populations s'intéressent bel et bien de près à la technologie, avec un niveau important de compréhension des enjeux. Mais elles attendent encore la mesure de ses réelles retombées. Ce qui n'empêche pas les clients d'augmenter la pression sur leurs fournisseurs de transport et de logistique, en réclamant des fonctions d'IA directement liées aux opérations, y compris dans les appels d'offres.
Pour l'instant, prestataires comme clients, sont majoritairement en phase d'exploration ou d'identification de premiers cas d'usage (56% des premiers et 67% des seconds). Seuls 13% des logisticiens et tout juste 1% des chargeurs embarquent déjà de l'IA dans des fonctions métier opérationnelles avec un retour tangible. Selon l'étude, c'est plutôt sur leurs fournisseurs logistiques que les entreprises comptent pour exploiter l'IA. 42% des clients considèrent, en effet, l'utilisation de cette dernière comme importante lors de la sélection d'un nouveau partenaire. Selon les logisticiens interrogés par le BCG, 37% des répondants issus de l'industrie de la mode et du textile en font même une priorité majeure (contre 7% pour l'ensemble des chargeurs), juste devant l'industrie manufacturière et la pharmacie (26% dans les deux cas). L'enquête révèle par ailleurs une avance forte de l'ensemble des entreprises consultées dans la région Asie-Pacifique avec 31 % de répondants ayant déjà « intégré avec succès l'IA à leurs opérations » contre 14 % en Amérique du Nord et seulement 6 % en Europe.
Faire passer la planification à l'ère de l'IA
Les deux populations d'entreprises (76% de prestataires, 81% de chargeurs) cherchent d'abord à réduire leurs coûts et augmenter leur efficacité avec l'IA. Un objectif qui les conduit à envisager en priorité les mêmes usages : la planification et la réalisation des opérations de transport ("AI driven" transport et optimisation des trajets, par exemple), la prévision de l'élasticité de la demande et du potentiel de conversion, la tarification et les devis, et la visibilité et la traçabilité (ETA prédictifs ou gestion des exceptions).
Pour le BCG, cette convergence des objectifs, rare habituellement entre les deux parties prenantes, démontre un niveau de maturité important vis-à-vis de la compréhension des enjeux de l'IA dans le domaine. « La planification est encore souvent manuelle, un peu plus archaïque que dans d'autres domaines, rappelle par exemple Olivier Gonon, chief revenue officer d'Alpega. Réduire les kilomètres parcourus, planifier les bonnes routes, etc., prend beaucoup de temps. Or, on constate que les algorithmes augmentent bel et bien la vitesse de planification, la cadence à laquelle les planificateurs organisent les tournées, etc., qu'ils améliorent la qualité de ce processus. Et si on ne voit pas cela directement dans l'étude, cela apparaît dans le feedback des chargeurs autant que des transporteurs. »
Le relatif retard de la logistique dans le déploiement de l'IA sur son coeur de métier trouve ainsi davantage ses racines dans la composition du secteur : les acteurs sont souvent de natures très différentes, avec des TPE dans le transport, de grands industriels opérant de la logistique ou encore d'imposants opérateurs transverses, comme les 3PL (prestataires logistiques globaux). Et si les plus petits réalisent encore beaucoup d'opérations à la main, voire sur papier, les plus grands disposent tous d'une DSI structurée. Mais l'étude du BCG révèle deux autres obstacles au déploiement de l'IA que l'on retrouve dans d'autres secteurs : la difficulté à trouver un ROI (36% des logisticiens et 45% des chargeurs) et le déficit de compétences (37% des logisticiens et 40% des chargeurs). Des barrières qui importent davantage, d'après l'étude, que l'intégration des systèmes, les limitations liées aux données ou les coûts élevés d'implémentation.
S'aligner sur le partage de la data
Les observations d'Alpega auprès de ses clients montrent également une inquiétude liée spécifiquement à la visibilité de la chaîne logistique, au-delà de la traçabilité, et principalement au partage de données sensibles ou stratégiques. Comme l'explique Olivier Gonon, un chargeur va vouloir collecter des données auprès de la multitude de prestataires avec lesquels il travaille généralement pour anticiper son taux de succès de livraison et de chargement. Or, si les transporteurs ont longtemps été réticents à un tel partage de leur patrimoine data, un refus peut aujourd'hui les exclure de certains appels d'offres, selon lui. Il estime qu'il est désormais important de trouver un alignement entre chargeurs et logisticiens sur la définition, le périmètre et l'utilité de la visibilité de la chaîne logistique. Un moyen de déterminer clairement quelles data sont réellement essentielles à partager.
Les entreprises poussent leurs prestataires logistiques vers l'IA
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Dans un secteur comme la logistique où les acteurs sont hétérogènes et parfois très petits, l'IA n'est pas encore un sujet central. Mais elle va le devenir sous la pression des clients qui, selon le BCG, cherchent à progresser sur la performance, la planification, mais aussi la visibilité de la chaîne logistique.

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