La 1ère promotion de l’Ecole IA de Microsoft France a achevé début septembre sept mois de formation intense sur le campus de la filiale française. Sur les 24 personnes de 19 à 39 ans qui ont suivi ce cursus sur l’intelligence artificielle, fait en partenariat avec l'école Simplon, 23 sont en contrat de professionnalisation chez des partenaires de l’éditeur. Le 24ème a préféré créer sa start-up. Microsoft France s’apprête maintenant à ouvrir la 2ème promotion de son Ecole IA et à répliquer cette expérience à travers 8 partenaires et une région. Soit, au total, 10 classes de 240 à 250 apprenants sur l’année qui vient, a annoncé ce matin à Paris Carlo Purassanta, président de Microsoft France. La filiale a en effet consacré sa conférence de rentrée aux efforts qu’elle déploie dans l’Hexagone pour faire monter en puissance les compétences autour de l’intelligence artificielle.

L’Ecole IA donne des opportunités concrètes à des jeunes qui cherchent un emploi, a rappelé Carlo Purassanta. Avec certains pré-requis tout de même. Les candidats doivent être familiarisés avec la programmation, pas forcément sortir de grandes écoles. « Nous avons choisi 24 jeunes en essayant d'avoir un bon niveau de mixité et de diversité » (Crédit : LMI)

Depuis mars dernier, sur fond d’annonces gouvernementales autour de l’IA, Microsoft France va crescendo sur ses actions dans ce domaine. En juin, elle a renouvelé son partenariat avec l’Inria sur la recherche fondamentale et sur AI Factory, programme de mentoring de start-ups à Station F. Son collectif Impact IA, lancé également fin juin, réunit aujourd’hui 40 entreprises et partenaires avec l’objectif d’identifier dans 5 écosystèmes industriels – l’énergie, l’alimentation, la santé, la mobilité et les services financiers  - les sujets où l’IA aura un impact. « Nous travaillons vraiment en écosystème avec les entreprises, ce n’est pas simple, mais ma conviction est que c’est ainsi que nous allons créer un système de valeur et les nouveaux assets de l’économie française », a affirmé Carlo Purassanta. Les premières avancées sur les travaux engagés par Impact IA seront présentées dans le secteur de l’énergie, sans doute en décembre. Pour d’autres secteurs comme la santé, c’est plus compliqué, reconnaît le dirigeant de Microsoft France.

Des besoins de recrutement très importants

Sur le terrain des compétences, Microsoft a donné la parole ce matin à Capgemini, l’un de ses partenaires sur son école IA qui va créer une promotion de 24 élèves. Les autres partenaires sont Accenture, DXC, Exakis-Magellan, Infeeny (groupe Econocom), Orange, Talan, Umanis et la région Occitanie. « Nous avons dans ce domaine des besoins de recrutement très importants qui ne sont pas forcément pourvus par l’appareil de formation classique », a confirmé Antoine Imbert, directeur Insight & Data de Capgemini. « En France, il y a beaucoup de secteurs d’activité où vous ne pouvez entrer qu’avec certains diplômes, dans le numérique, c’est un peu différent, je vois une fluidité sociale plus forte, vous n’avez pas forcément besoin d’avoir fait une grande école pour émerger, pour avoir des responsabilités et réussir. » Il y a quantités d’exemples, rappelle-t-il en ajoutant que c'est également vrai dans l’IA. « Le savoir-être me semble fondamental : savoir apprendre, c’est ce qu’on recherche chez les candidats », a indiqué Antoine Imbert. Il rappelle que les technologies de développement se modifient régulièrement. « Nous avons besoin de candidats qui savent évoluer », pointe-t-il.

Laurence Laffont, directrice de la Division Marketing & Opérations chez Microsoft France. (Crédit : LMI/MG)

Capgemini va co-construire son cursus avec un chef de produit technique. Ainsi que l’a exprimé Carlo Purassanta ce matin, chaque partenaire va apporter « sa coloration » sur la formation. Sur sa 2ème promotion, Microsoft France a décidé de son côté de recruter 80% de filles. « C’est compliqué, mais on veut démontrer que c’est faisable », a indiqué le président. La marraine de sa 1ère promotion était Aurélie Jean, docteur en mécanique numérique et fondatrice d’In Silico Veritas, convaincue elle aussi du bénéfice qu’il y a d’amener des profils très différents dans ces cursus autour de l’iA, a souligné ce matin Laurence Laffont, directrice de la Division Marketing & Opérations chez Microsoft France. Le parrain des dix nouvelles classes qui s’ouvrent dans l'Ecole IA est Benoît Raphaël. Cet entrepreneur est à l’origine de Flint, une expérience collaborative entre humains et robots. Pour rendre les algorithmes intelligents, il faut leur apporter notre expertise, a-t-il rappelé ce matin en estimant que l’on a du mal à avoir confiance dans l’IA si elle n’est développée que par des scientifiques et des hommes. « Il y a beaucoup de biais qui se créent », insiste-t-il. « La diversité est un vrai enjeu pour nos sociétés, pour fabriquer des intelligences artificielles qui nous soient vraiment utiles au quotidien ». Benoît Raphaël préconise par ailleurs de revenir à la source et de travailler l’IA « comme un artisanat ».

Après Aurélie Jean, c'est au tour de Benoît Raphaël, entrepreneur à l'origine de Flint, de parrainer les 10 classes de l'Ecole IA. (Crédit : MG)

Former 300 000 professionnels IT sur 3 ans

Pour faire grimper les compétences en intelligence artificielle, Microsoft veut aussi agir sur le levier des professionnels IT. Son ambition est de former 300 000 personnes sur 3 ans, a indiqué Carlo Purassanta. Pour atteindre cet objectif, la filiale française va encore une fois s’appuyer sur des partenaires, comme Adecco. Le spécialiste de l’intérim gère aussi les marques Spring, Yoss (freelances) et Modis (conseil en services numériques). « Il faut que nous puissions toucher 24 000 candidats d’ici la fin de l’année pour susciter chez eux un intérêt sur ces nouvelles compétences », a exposé ce matin, Laurent Graciani, DG des marques spécialisées chez Adecco France. « Nous nous sommes fixés un objectif : 4 300 personnes certifiées d’ici 2020 », a-t-il précisé. Enfin, Microsoft France veut aussi intervenir à la source, auprès des plus jeunes. Après des initiatives comme DigiGirlz et Hour of Code avec par exemple 14 000 enfants initiés au code sur l’édition 2017, la filiale française relève ses objectifs. En mars, elle a annoncé vouloir sensibiliser 1 million de jeunes à l’IA et au coding sur les trois prochaines années, a rappelé Laurence Laffont.

Ce projet se concrétise maintenant en partenariat avec Unis-Cité, une association créée en 1995 par trois étudiantes de l’Essec et qui a inspiré le service civique. « Nous ne sommes pas des experts de l’IA, mais des experts de la jeunesse », a exposé Marie Trellu-Kane, co-fondatrice et présidente. « Depuis 25 ans, nous mobilisons sur le terrain des jeunes entre 16 et 25 ans à qui nous proposons de consacrer une année scolaire à des missions d’intérêt général avec un encadrement ». Cette fois-ci, avec le soutien de Microsoft, ce service civique portera sur l’éducation des enfants au numérique. « Nous allons commencer avec 225 jeunes qui iront 2 jours par semaine dans les écoles pour sensibiliser au code et à l’intelligence artificielle, sur l’ensemble de la France ». Il y aura aussi des ateliers sur l’éducation à la citoyenneté numérique. Les 225 jeunes sont en cours de recrutement. Il reste deux mois pour les former pour un premier déploiement des jeunes sur le terrain en décembre. Carlo Purassanta rappelle les nombreuses études prédisant que deux-tiers des enfants de moins de dix ans auront à l’âge adulte un travail qui n’existe pas encore. « Il faut préparer ces jeunes à avoir confiance dans leur destin en leur donnant la clé sur des sujets nouveaux ».