Pour ne plus utiliser de datacenters dans ses énormes entrepôts, le supermarché en ligne britannique Ocado a développé en interne la technologie Kubermesh en interne. Ainsi au lieu de gérer les charges de travail sur des serveurs, Kubermesh permet de répartir le traitement entre plusieurs nœuds, sur des NUC d’Intel (des mini PC) ou les stations de travail (des PC survitaminés en fait) utilisées par le personnel des entrepôts. Ocado teste cette technologie depuis quelques semaines : l’entreprise vient juste de réaliser une preuve de concept avec des machines Intel, mais elle attend beaucoup de son pack logiciel. « La manière dont fonctionne Kubermesh permettrait tout à fait de se passer d’un datacenter », a affirmé Chris Dabrowski, le responsable de l'infrastructure d'Ocado, à nos confrères de Computerworld UK. Ajoutant : « Le datacenter physique et tout ce qui va avec - l'air conditionné, le réseau, les commutateurs, etc. - ne sont plus nécessaires. Kubermesh peut distribuer la même capacité de calcul qu’un datacenter en s’appuyant sur les centaines de stations de travail puissantes et autonomes installées dans l'entrepôt ».

Des datacenters sur site

Même si Ocado est un gros consommateur de cloud public - une grande partie de ses activités d'analyse et d'apprentissage machine tourne sur Google Cloud - il a consacré de très gros investissements pour les datacenters sur site de ses nouvelles installations qui servent notamment à faire tourner ses solutions robotiques. Très engagé dans l’adoption de technologies open source, Ocado utilise OpenStack pour automatiser le fonctionnement de l’infrastructure. Plus récemment, l’entreprise a déployé des conteneurs tournant au-dessus d’OpenStack ou sur des systèmes bare metal, essentiellement des conteneurs Docker gérés avec l’outil d'orchestration de conteneurs FleetD. Aujourd’hui, Ocado a entrepris de transférer certains systèmes sur Kubernetes, la plate-forme de conteneurs open source de plus en plus utilisée pour la gestion de conteneurs.

L'étape suivante consistera à créer une architecture de datacenter distribuée à l'aide de Kubernetes. « Kubermesh nous permet d'exécuter Kubernetes, aussi bien pour le déploiement que pour l’instanciation sur un groupe de machines distribuées », a expliqué Chris Dabrowski. Selon lui, Kubermesh est un peu comme un ver qui propage une application bénéfique au sommet de l’infrastructure. « Jusqu’ici, nous faisions tourner FleetD ou Kubernetes au-dessus d’OpenStack, mais ce n’est possible que si l’environnement sous-jacent est en service. Avec Kubermesh, nous pouvons déployer Kubernetes sans que rien ne tourne en dessous ». Kubermesh fonctionne « en plus de Kubernetes ». Il est mis en route en amont pour instancier Kubernetes. « Cela signifie que l’exécution préalable de Kubermesh permet d’instancier Kubernetes ».

Résilience et bénéfices

« Cette manière de gérer l'infrastructure présente un certain nombre d'avantages », a encore expliqué le responsable de l'infrastructure d'Ocado. En particulier, le processus permet de répartir le hardware sous une forme « organique, dynamique et tolérante aux pannes » dans l'entrepôt. En plus de la résilience, les avantages en terme de coûts sont évidents. Actuellement Ocado utilise des datacenters en « conteneurs » pour ses systèmes opérationnels. Selon Chris Dabrowski, le fait de pouvoir se passer de ce matériel devrait permettre à Ocado de réaliser une économie « à sept chiffres ». « L’investissement nécessaire pour mettre en place une salle informatique en conteneurs est très conséquent, de même que l'investissement dans l'infrastructure réseau », a-t-il déclaré. « Ce modèle de serveurs basé sur des stations de travail distribuées mettra fin à l’ensemble de ces coûts, auxquels il faut ajouter les coûts d’exploitation et de maintenance à venir ».

Usages futurs

Chris Dabrowski pense que ces systèmes de calcul fonctionnant avec des stations de travail existantes pourront faire tourner les systèmes opérationnels de l’entreprise. Les entrepôts sont déjà équipés de nombreuses stations de travail fixes, mais aussi d’écrans et des systèmes de surveillance de l’environnement. « D’où l’idée d’utiliser la capacité de calcul de tous ces systèmes, de les étendre et de distribuer la totalité de cette capacité non pas dans le datacenter lui-même, mais en interne, dans des systèmes distribués et à petite échelle ». Selon le responsable de l'infrastructure d'Ocado, si la preuve de concept est concluante avec Kubermesh, le remplacement des datacenters est encore à l’état de projet. « Nous pourrions utiliser cette solution dans un de nos futurs entrepôts », a-t-il expliqué. « D’autant que nous avons déjà investi beaucoup d’argent dans l'infrastructure et les serveurs du datacenter de notre entrepôt existant et ce ne serait pas logique de la mettre en œuvre ici ». Mais Ocado réserve l’option pour plus tard « pour éviter l’ensemble de ces coûts ».