Agregio est un agrégateur qui valorise les productions électriques renouvelables, les effacements de consommation et la flexibilité des actifs de stockage d'électricité. Filiale du groupe EDF, la startup intrapreneuriale s'est fait accompagner dès sa création par Ippon Technologies pour bâtir et faire évoluer son système d'information. Avec son partenaire, elle a adopté plusieurs outils issus de SAFe, qui lui permettent aujourd'hui de passer à l'échelle tout en maintenant ses processus de développement produits alignés et en donnant une visibilité globale à ses équipes.

« En 2016, la réglementation autour des énergies renouvelables a évolué, donnant lieu à une ouverture de nouveaux volumes d'électricité sur les marchés. A cette occasion, EDF nous a confié la mission de créer une activité d'agrégateur », explique Christelle Reptin, co-fondatrice et directrice des produits et projets numériques chez Agregio. Dans le cadre de cette activité, l'entreprise opère comme intermédiaire entre des clients producteurs d'énergies renouvelables (éolien, hydroélectrique, solaire, biomasse, valorisation des déchets...) des consommateurs d'énergie flexible (essentiellement des entreprises industrielles et tertiaires) et des gestionnaires d'actifs de stockage (batteries, véhicules électriques, stockage par le froid), en permettant à tous ces clients de vendre, d'acheter et de valoriser leurs actifs sur les marchés de l'électricité. « Pour un tel projet, l'un des enjeux était d'avoir un système d'information très efficace, le plus industriel et automatisé possible, car il doit fonctionner 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 », pointe Christelle Reptin. Au lancement du projet, l'équipe fondatrice décide d'externaliser le développement, afin de monter ce socle informatique dans de bonnes conditions et d'avoir un système rapidement opérationnel. « Nos objectifs initiaux étaient de pouvoir être actifs dès l'arrivée de nouveaux volumes sur le marché et de piloter à distance l'énergie de nos clients », indique Christelle Reptin.

Passer de Scrum à l'agilité à l'échelle

Après avoir consulté différentes entreprises de services numériques, Agregio se rapproche d'Ippon Technologies, qu'elle choisit comme partenaire pour le développement de son système d'information. En 2017, l'équipe de l'ESN entame le développement de deux produits numériques : le premier constitue la centrale virtuelle d'Agregio, ou VPP (Virtual Power Plant). La VPP réalise les opérations d'arbitrage et d'équilibrage en temps réel, en fonction des prévisions à trois jours sur les marchés et des actifs des clients, et permet également de piloter ces derniers à distance. Cette plateforme est hébergée sur le cloud. Le second produit est un logiciel embarqué dans un boîtier installé sur les sites des clients. Il utilise l'IoT (Internet of Things) pour transmettre les signaux, relayer les ordres de la VPP et surveiller les réactions afin de détecter d'éventuelles anomalies. « Si la réaction ne correspond pas à ce qui était attendu, cela remonte à la plateforme, qui signale l'indisponibilité et peut solliciter d'autres actifs parmi ceux de nos clients et en fonction de leurs contraintes », explique Christelle Reptin. Le 1er janvier 2018, les deux produits sont en production, conformément au time-to-market souhaité. Au départ, une seule équipe de 7-8 personnes a développé la VPP et le logiciel embarqué dans une optique de MVP (minimum viable product), en s'appuyant sur le framework agile Scrum. « L'équipe faisait des sprints de deux à trois semaines, avec un cérémonial adapté à la taille des développements. Il y avait alors plusieurs product owners avec des fonctions métiers », se souvient Christelle Reptin.

En 2019, l'équipe grandit, pour atteindre une dizaine de personnes. « Nous avions besoin de mieux utiliser les données qui nous revenaient. Les opérations étaient industrialisées, mais il fallait également assurer la facturation, superviser et analyser les activités sur le marché », relate la directrice des produits et projets numériques. Dans ce but, Agregio crée alors un troisième produit autour de l'analyse des données du back-office. L'entreprise décide également de séparer l'équipe initiale en deux, l'une travaillant sur la VPP et l'autre sur le logiciel embarqué. « Les deux produits devaient pouvoir évoluer de façon distincte, mais une synchronisation restait nécessaire », souligne Christelle Reptin. Avec trois produits à développer en parallèle, l'équipe atteint les limites de Scrum. Dans le même temps, avec la croissance des activités d'Agregio, le nombre de clients et d'actifs à opérer augmente rapidement, ce qui nécessite d'optimiser la chaîne de valeur opérationnelle. Pour cela, l'entreprise a besoin de passer à une agilité à l'échelle. Il s'agit de modifier le rythme de ses développements, pour fournir une vision à plus long terme, avoir des incrémentations plus abouties sur le plan fonctionnel et livrer davantage de valeur métier. « Nous avions besoin d'avoir un horizon un peu plus lointain qu'un sprint », explique la co-fondatrice d'Agregio. « Il fallait également veiller à l'alignement entre les différentes équipes, autour d'une feuille de route commune, car les produits communiquent beaucoup entre eux. »

Choisir les artefacts et rituels SAFe pertinents

En 2020, Agregio décide sur le conseil de son partenaire Ippon Technologies de s'appuyer sur le cadre SAFe (Scaled Agile Framework) pour répondre à ces enjeux. D'emblée, la startup a souhaité adapter celui-ci à ses besoins, « sans utiliser l'artillerie lourde », selon Christelle Reptin. Chez Agregio, SAFe a été mis en place de façon très progressive, en se limitant à certains artefacts. « Pour une startup, le cadre est surdimensionné », estime Victoria Pedron, coach agile chez Agregio pour Ippon Technologies. « Mais l'un des gros avantages du framework, c'est que tout est documenté, il comporte de nombreux cas d'usage dont on peut s'inspirer. » Pour donner de la visibilité à toutes les équipes techniques, Agregio utilise notamment les PI (program increment) plannings, des événements réunissant l'ensemble des équipes avant le lancement d'une série de sprints. « Avant, nous travaillions un peu en silos », observe Christelle Reptin. « Les PI plannings sont très importants pour réaffirmer la vision, se réengager collectivement sur un résultat et se tenir au courant des risques. Grâce à ces cérémonies, tout le monde se sent responsable et perçoit la valeur créée au niveau collectif », affirme-t-elle. Ces PI plannings répondent également au besoin de synchronisation entre les équipes, en permettant de savoir qui travaille sur quoi. Outre les PI plannings, Agregio a aussi mis en place une « system team » pour accélérer sur DevOps et l'industrialisation des livraisons. Le premier ART (agile release train), lancé en été 2020, comptait ainsi quatre équipes et a réuni environ une trentaine de personnes à chaque PI planning. Les équipes ont opté pour un rythme de trois sprints de trois semaines pour les PI, puis deux semaines d'IP (innovation & planning) itérations. Cette phase permet aux équipes de prendre du recul sur les développements, faire des démonstrations, réfléchir aux innovations qui pourraient être introduites, améliorer l'organisation et préparer le PI suivant. Agregio utilise également les rituels I&A (inspect & adapt) pour faire le bilan des incrémentations et résoudre les problèmes identifiés.

En parallèle, l'agrégateur a entamé début 2021 une internalisation de ses équipes et une réappropriation des environnements techniques, afin d'acquérir de l'autonomie sur certains aspects, notamment la valorisation de ses données, et de pérenniser la connaissance sur les produits. « Le passage à l'échelle avec SAFe a été un prérequis à ce mouvement d'internalisation », estime la co-fondatrice. « Notre modèle cible est un modèle mixte, avec des ressources internes et externes, mais en conservant un esprit 'one team', où chacun a le sentiment d'appartenir à une seule et même équipe », souligne-t-elle. La culture de continuous learning prônée par SAFe est aussi un élément essentiel dans cette approche 'one team'. Chaque fois qu'un sprint se termine, un après-midi est consacré au partage de la connaissance au sein d'une équipe ou de manière transverse. De cette manière, les salariés d'Agregio connaissent toutes les facettes des projets menés dans le cadre de l'Agile Release Train (ART) dont ils font partie.

Quatre produits développés en parallèle

Aujourd'hui, l'entreprise compte une près de soixante-dix personnes et agrège plus de 22 000 sites. « Nous avons acquis un statut de référent sur le marché, ce qui amène d'autres sujets », pointe Christelle Reptin. « Nos défis sont de gérer l'augmentation de notre activité, en industrialisant un certain nombre de processus métiers, tout en composant avec un time-to-market serré, qui nous oblige à faire certains choix. Par ailleurs, Agregio travaille également sur un quatrième produit : son portail qui lui permet de digitaliser la relation avec ses clients. « Ce portail va permettre d'échanger des informations importantes pour nos clients », décrit la directrice des produits et projets numériques. SAFe aide l'entreprise à développer les quatre produits en parallèle, en fournissant un cadre structurant qui aide à concilier les différents objectifs.

Avec le framework, Agregio réalise des mises en production tous les 22 jours environ, tous les 50 à 60 jours pour les versions majeures de ses services, et tous les 20 jours pour des versions plus limitées. Les équipes ont une visibilité à deux mois, « une échéance qui reste maîtrisable », selon Christelle Reptin. « De notre côté, nous avons bien évidemment une roadmap à tenir sur le moyen et long terme. À l'issue de chaque PI, nous sommes amenés à repenser les échéances suivantes, c'est un point clef de l'approche. » Agregio s'intéresse également à la gestion de portefeuille du framework, notamment pour la gestion des budgets. « Cette partie portfolio offre de nombreuses opportunités, des moyens de continuer à innover, de maintenir la qualité et la cadence au niveau du train, sans retomber sur des silos », pointe Victoria Pedron. « SAFe est un cadre très riche, il faut vraiment piocher ce qui est intéressant pour son organisation », souligne Christelle Reptin en conclusion.