Un réseau de stockage (SAN) est un réseau dédié à haut débit qui permet d'accéder à des baies de stockage travaillant en mode blocs. Les SAN ont été adoptés à la fin des années 90 pour améliorer la disponibilité et les performances des applications en séparant le trafic de stockage du reste du réseau local. Les SAN permettent aux entreprises d'allouer et de gérer plus facilement les ressources de stockage, pour une meilleure efficacité. « Au lieu d'avoir des capacités de stockage isolées sur différents serveurs, vous pouvez partager un pool de capacité entre plusieurs charges de travail différentes et le découper selon vos besoins. C'est plus facile à protéger, plus facile à gérer », explique Scott Sinclair, analyste principal chez Enterprise Strategy Group.

Que contient un SAN ?

Un SAN se compose de serveurs hôtes, de commutateurs et de baies de stockage interconnectés. Les équipements peuvent être connectés à l'aide de divers protocoles. Fibre Channel est le protocole de transport spécialement développé pour répondre aux besoins des baies de stockage. Une autre option est Fibre Channel over Ethernet (FCoE), qui permet aux entreprises de déplacer le trafic Fibre Channel sur l'Ethernet haut débit existant, en faisant converger les protocoles de stockage et IP sur une seule infrastructure. Parmi les autres options, citons l'interface iSCSI (Internet Small Computing System Interface), couramment utilisée dans les petites et moyennes entreprises, et InfiniBand, exploitée dans les environnements informatiques à hautes performances. Les fournisseurs proposent des commutateurs SAN d'entrée et de milieu de gamme pour les configurations en rack, ainsi que des armoires haut de gamme pour les environnements nécessitant une capacité et des performances supérieures. Les principaux fournisseurs sur le marché des SAN sont Dell EMC, Hewlett-Packard Enterprise, Hitachi, IBM, NetApp et Pure Storage.

« Un SAN se compose de deux parties : Le premier niveau – l’infrastructure de stockage - assure la connectivité entre les nœuds d'un réseau et transporte les commandes et l'état des équipements. Au moins un nœud de stockage doit être connecté à ce réseau. Le deuxième niveau - le niveau software - utilise des logiciels pour fournir des services à valeur ajoutée qui fonctionnent sur le premier niveau », indique le cabinet d'études Gartner dans sa définition du SAN.

En quoi un NAS est-il différent d'un SAN ?

Le SAN et le NAS sont tous deux des solutions de stockage en réseau. Un SAN utilise généralement une connectivité Fibre Channel, tandis que le NAS est généralement relié au réseau par une connexion Ethernet standard. Un SAN stocke les données au niveau des blocs, tandis que le NAS accède aux données sous forme de fichiers. Pour un système d'exploitation client, un SAN apparaît généralement comme un volume et existe comme son propre réseau séparé des baies de stockage, tandis que le NAS apparaît comme un serveur de fichiers.

Le SAN est associé aux charges de travail structurées telles que les bases de données, tandis que le NAS est généralement dédié aux données non structurées telles que les vidéos, les images médicales, les fichiers associés aux emails et aux posts de réseaux sociaux. « La plupart des entreprises ont déployé à la fois du NAS et du SAN dans une certaine mesure, et souvent la décision est basée sur la charge de travail ou l'application », explique Scott Sinclair.

Qu'est-ce que le stockage unifié ?

Le stockage unifié - également connu sous le nom de stockage multiprotocole - est né de la volonté de ne plus acheter des SAN et des NAS comme deux plates-formes de stockage distinctes et de combiner le stockage unifié avec du bloc et des fichiers dans un seul système. Avec le stockage unifié, un seul système peut prendre en charge le stockage en bloc Fibre Channel et iSCSI ainsi que les protocoles de fichiers tels que NFS et SMB. On attribue généralement à NetApp le développement du stockage unifié, bien que de nombreux fournisseurs proposent des options multiprotocoles.

Aujourd'hui, la majorité des baies de stockage d'entreprise de milieu de gamme ont tendance à être multiprotocoles, explique M. Sinclair. « Au lieu d'acheter une baie pour le stockage SAN et une autre pour le NAS, vous pouvez acheter une armoire qui prend en charge les quatre protocoles - cela peut être Fibre Channel, iSCSI, SMB, NFS, tout ce que vous voulez », dit-il. « Le même stockage physique peut être alloué soit au NAS, soit au SAN ». Et même exposé en objets si besoin avec une passerelle du type Minio. 

Les évolutions du SAN 

Les fournisseurs de solutions de stockage continuent d'ajouter des fonctionnalités pour améliorer l'évolutivité, la gestion et l'efficacité. Sur le plan des performances, le stockage flash constitue une innovation clef. Les fournisseurs proposent des baies hybrides qui combinent disques durs et lecteurs flash, ainsi que des armoires entièrement flash. Dans le monde du stockage d'entreprise, le flash fait jusqu'à présent une plus grande percée dans les environnements SAN, car les charges de travail de données structurées dans un SAN ont tendance à être plus petites et plus faciles à migrer que les déploiements massifs de NAS non structurés. La technologie flash a un impact à la fois sur les environnements SAN et NAS, « mais elle est d'abord prédominante du côté des SAN, puis elle se fraye un chemin vers les NAS », explique M. Sinclair. 

L'intelligence artificielle influence également le développement des produits SAN. Les fournisseurs cherchent à faciliter la gestion en intégrant l’IA et l’analytique - pour les opérations informatiques (AIOps) - dans leurs outils de surveillance et de support. L'AIOps utilise l'apprentissage automatique et l'analyse pour aider les entreprises à surveiller les journaux système, à rationaliser le provisionnement du stockage, à résoudre les problèmes de congestion et à optimiser les performances des charges de travail.

Dans son dernier Magic Quadrant consacré au stockage primaire, Gartner inclut les fonctions AIOps parmi les fonctionnalités de stockage clefs à prendre en compte lors du choix d'une plate-forme pour les charges de travail de données structurées. Nimble Storage, aujourd’hui dans le giron de HPE, a été parmi les premiers à introduire ces services sur ses baies hybrides. Les fonctionnalités AIOps peuvent cibler les besoins opérationnels, « tels que l'optimisation des coûts et la gestion de la capacité, le support proactif, la simulation et le placement des charges de travail, les taux de croissance prévus et/ou les stratégies de gestion des actifs », écrit Gartner.

Impact de l'infrastructure hyperconvergée

Si les baies et les systèmes convergents (EMC VxBlock ou NetApp FlexPod) ont brouillé les frontières entre SAN et NAS, l'infrastructure hyperconvergée (HCI) a poussé encore plus loin la consolidation des options de stockage. La HCI combine le stockage, le calcul et le réseau dans un seul système dans le but de réduire la complexité du centre de données et d'augmenter l'évolutivité. Les plates-formes hyperconvergées comprennent un hyperviseur pour gérer les VM et les containers, le stockage défini par logiciel et la mise en réseau virtualisée, et elles fonctionnent généralement sur des serveurs x86 standard, prêts à l'emploi.

Les HCI peuvent contenir n'importe quel type de stockage - en mode blocs, objets et fichiers - combiné dans une seule plate-forme, et plusieurs nœuds peuvent être mis en cluster pour créer des pools de capacité de stockage partagée. Les avantages du stockage partagé trouvent un écho auprès des entreprises, notamment parce que de nombreuses applications modernes reposent sur le stockage de fichiers et d'objets et que la croissance des données non structurées continue de dépasser celle des données structurées. Le HCI ne remplace pas tous les déploiements de SAN, mais les entreprises peuvent opter pour le HCI en fonction des exigences de coût, d'évolutivité et de performance de certaines charges de travail.

Paiement à l’usage

Une autre tendance qui a un impact sur l'évolution du stockage SAN traditionnel est le mouvement vers la consommation des ressources en mode souscription. Les modèles matériels de paiement à l'usage sont conçus pour offrir des structures tarifaires similaires à celles du cloud pour les infrastructures sur site. Le matériel est déployé sur site, et il est essentiellement loué aux fournisseurs via un abonnement mensuel variable basé sur l'utilisation du matériel. Les entreprises cherchent des alternatives à l'achat d'équipements et le cabinet d'études IDC rapporte que 61 % d'entre elles prévoient de s'orienter résolument vers le paiement de l'infrastructure sur la base de la consommation. D'ici 2024, la moitié de l'infrastructure des centres de données sera facturée en tant que service, prévoit IDC.

L'adoption de la souscription est plus forte dans le domaine du stockage que dans celui des serveurs. Gartner estime que d'ici 2025, plus de 70 % de la capacité de stockage des entreprises sera déployée sous forme d'offres basées sur la consommation. Il s'agit d'une augmentation considérable par rapport aux moins de 40 % enregistrés en 2021. La gamme Apex de Dell, la plate-forme Pure-as-a-Service de Pure Storage et la plate-forme GreenLake de HPE sont des exemples d'informatique basée sur la consommation, et toutes trois comprennent des options permettant de se procurer du stockage sur la base d'un paiement à l'utilisation. Les services de stockage de données Apex de Dell, par exemple, offrent aux entreprises un choix de trois niveaux de performance de stockage de blocs et de fichiers. Les abonnements sont disponibles pour une durée d'un ou trois ans, et la capacité commence à partir de 50 téraoctets.