Le monde de la technologie ressemble souvent à une parade sans fin d'idées, d'architectures, de langages et d'équipements plus incroyables les uns que les autres. Mais il arrive aussi parfois qu'un outil qui a été une nouveauté un jour, reste en place plus longtemps que prévu. Peut-être parce qu'un gadget ne se démode finalement pas. Peut-être parce que la solution pour le remplaer ne voit jamais le jour. Ou parce que l'outil qui lui succède se révèle moin s bon. Alors pourquoi ne pas célébrer ces artefacts de l'industrie informatique qui tiennent résolument leurs promesses, jour après jour, année après année, parfois même pendant des décennies.

Voici un aperçu de quelques unes de ces technologies qui refusent de mourir. Des idées et des objets - puces, logiciels, langages - qui, pour une raison ou une autre, n'ont jamais quitté la scène. Souvent, nous ne les remarquons plus beaucoup. Nous oublions même qu'ils existent. Mais ces outils d'un autre âge continuent pourtant de fonctionner, sans faire de bruit.

La puce Z80

Dérivé du très populaire Intel 8080, le processeur Z80 a vu le jour en 1974. Cette puce concurrente disposait de davantage de registres et de commandes, mais était largement compatible binaire avec l'original. Les développeurs pouvaient exécuter leur code 8080 ou le modifier pour exploiter les fonctions additionnelles et le rendre un peu plus rapide. Alors qu'Intel s'est mis à créer des puces x86 plus imposantes, plus performantes et incroyablement plus rapides, le Z80 de Zilog a continué de prospérer dans des niches moins visibles comme les microcontrôleurs.

Aujourd'hui, les fabricants d'électronique qui veulent intégrer un microprocesseur stable avec une plus grande richesse de bibliothèques peuvent choisir entre plusieurs options issues de Zilog et d'autres fournisseurs. Et pour ceux qui veulent continuer dans la tradition, certains constructeurs comme Toshiba ont progressivement élargi la gamme autour du Z80 avec des bus et des registres plus importants.

Émulateurs de jeux

Quiconque souhaite s'adonner de vieux jeux vidéo peut se tourner vers une variété d'émulateurs open source pour exécuter le code original sur des machines récentes. Des implémentations robustes de plateformes populaires comme la Super Nintendo existent, mais on trouve également des frameworks plus obscurs destiné au Commodore Amiga par exemple. Des développeurs ont même trouvé le moyen d'exécuter du code dans la ROM de certains jeux d'arcade. Certes, les jeux les plus récents donnent à leurs héros un aspect tellement réaliste qu'on en voit les moindres pores de la peau. Reste qu'il y a quelque chose d'intemporel et de réjouissant à gagner une partie dans un jeu au visuel ASCII comme sur l'écran d'un vieux terminal !

PuTTY

Un nombre surprenant de logiciels écrits pour la première version de Windows continuent de tourner. PuTTY, utilisé pour établir une connexion SSH, en fait partie. Il peut même lancer le protocole de connexion SUPDUP qui date des années 70 et 80. Un petit groupe de bénévoles maintient le code original, initialement publié en 1999. La manière la plus simple d'utiliser PuTTY est de télécharger un exécutable.

FreeDOS

Il n'est peut-être pas tout à fait juste de qualifier FreeDOS de vieille technologie. En effet, une version d'Edlin, le programme classique d'édition de fichiers, est sortie en 2022. Et ce n'est pas tout, des versions revues et corrigées d'anciens codes de commandes en ligne font maintenant partie de FreeDOS.

Mais le développement continu ne change rien au fait que le projet est voué à garder en vie DOS, la ligne de commande et les programmes qui s'y exécutent. Si vous avez un vieux logiciel pour DOS que vous voulez continuer à utiliser, FreeDOS est l'une des façons les plus simples pour le faire.

BSD Unix

Après la création d'Unix par les Bell LAbs, un certain nombre de clones ont commencé à apparaître. Lorsque ATT a tenté d'exercer un contrôle sur la propriété intellectuelle de l'OS, un groupe de programmeurs malins a écrit ses propres versions des utilitaires les plus communs et les a publiés sous licence Berkeley Software Distribution (BSD), désormais omniprésente.

Aujourd'hui, ce code se retrouve souvent dans le monde Linux, dans les distributions de Red Hat ou Ubuntu par exemple. Un noyau robuste existe toujours sous le nom de BSD, conforme aux nombreuses conventions établies à Berkeley. Des versions comme OpenBSD, FreeBSD et NetBSD fonctionnent toujours de manière rapide, fluide et légère.

Les claviers IBM M pour PC

Le premier ordinateur personnel d'IBM était livré avec un clavier de modèle M qui reste l'une des options les plus appréciées pour communiquer avec un ordinateur. Lorsque Big Blue a cessé de les fabriquer en 1996, quelques fidèles se sont emparés des outils nécessaires pour créer Unicomp, spécialisé dans les claviers traditionnels de PC.

Aujourd'hui, on peut trouver toutes les versions de claviers mécaniques que l'on souhaite, mais avec des composants électroniques plus récents et adaptés aux PC actuels. Ils ont leurs avantages, mais rien n'est plus solide et efficace que le modèle M original.

Matlab

Depuis son apparition en 1984, ce logiciel aide les scientifiques et les ingénieurs à multiplier les matrices. Matlab s'est considérablement amélioré au fil des ans et prend désormais en charge la programmation orientée objet et les interfaces graphiques. Mais à la base, il reste une plateforme de programmation pour la construction et l'analyse de grandes matrices.

Les cartouches

On pourrait penser que les lecteurs de bandes magnétiques sont passés de mode depuis les années 1960. Au contraire, bien qu'elles ne détiennent plus les mêmes parts de marché qu'autrefois, certaines personnes continuent à apprécier cette technologie. Elle est facile à livrer et à stocker et elle est beaucoup plus stable que les puces Flash.

Il n'est pas non plus tout à fait exact de dire que les lecteurs exploitent toujours la même vieille technologie. Les fabricants de bandes ont intégré un grand nombre des innovations utilisées par les fabricants de disques durs pour obtenir des densités imposantes. Le format LTO-9, sorti en 2017, permet de stocker 12 téraoctets sur une cartouche. Si IBM fabrique les têtes de lecteurs LTO, ce sont Fujifilm et Sony qui assurent la production des cartouches. Un autre format d'IBM, le 3592 Jaguar, peut stocker jusqu'à 10 téraoctets.

Les bipeurs

Bien avant Twitter et les SMS, les médecins, les agents de change et tous ceux qui devaient être joignables utilisaient un système de radiomessagerie capable d'envo quelques digits. Des solutions d'aujourd'hui comme WhatsApp passent par le réseau mobile ou Internet. Certes, elles permettent d'inclure une photo ou un emoji, mais ne sont pas du tout aussi fiables. C'est pourquoi les médecins, les infirmières et les ambulanciers continuent d'utiliser les bipeurs pour les communications cruciales. L'un des plus importants systèmes de radiomessagerie des Etats-Unis affirme qu'il traite encore 100 millions de messages chaque mois.

Les fabricants de bipeurs ne sont pas restés inactifs non plus. Leurs derniers équipements comportent un système de cryptage et des protections HIPAA. Certains permettent même une communication bidirectionnelle. 

Les bases de données SQL

Oracle a lancé la première base de données SQL commerciale en 1979. Microsoft a lancé la sienne dans les années 1980. PostgreSQL et MySQL ont suivi dans les années 1990. D'autres ont vu le jour depuis, mais la plupart des programmeurs écrivent toujours des requêtes SQL. C'est pourquoi le business plan d'entreprises comme Google, Amazon, Neon et PlanetScale - pour n'en citer que quelques-unes - consiste à reformater une base de données SQL classique sous forme de service.

Pour être juste, certaines plateformes de bases de données dans le cloud apportent des modifications importantes, par exemple en séparant la couche logique de la couche de stockage pour accélérer certains types de requêtes et prendre en charge un stockage massivement évolutif. Mais du point de vue d'un programmeur, une base de données SQL dans le cloud n'est pas différente de la bonne vieille interface qu'il utilise depuis des années.

Les processeurs ARM

ARM est une des architectures de base pour les processeurs née avec la révolution RISC dans les années 1980. Aujourd'hui, près de 40 ans plus tard, on trouve des coeurs ARM à peu près partout : dans des machines embarquées comme dans les machines Raspberry Pi apparues en 2012. Ils sont également présents dans les Mac d'Apple, bien que sous une forme très différente. La firme de Cupertino a licencié les jeux d'instructions d'ARM, et non pas le design des puces, pour développer ses propres processeurs. 

L'architecture simple de ARM s'est révélée remarquablement agile. Elle est utilisée pour concevoir certaines des puces les plus efficaces avec le meilleur rapport entre la puissance de calcul et l'énergie consommée.

Les mainframes Z d'IBM

Quel meilleur exemple de technologie ancienne qui perdure que l'ordinateur emblématique d'IBM, la société qui a fait naître et dirigé l'industrie informatique dans les années 50, 60 et 70. Elle a construit son premier maiframe en 1952, il y a 70 ans! Et il est tout à fait possible qu'une partie de code créé à l'époque sur des cartes perforées, fonctionne encore aujourd'hui sous une forme ou une autre. Si vous vous êtes déjà demandé pourquoi les développeurs Cobol sont toujours aussi recherchés, c'est à cause des mainframes d'IBM. De nombreuses entreprises utilisent encore les mêmes programmes inusables.

Le système d'exploitation et les langages des systems Z ont cependant été améliorés et enrichis au fil du temps, même si la plupart des principes du code n'ont pas changé. Ce n'est pas pour rien que les clients d'IBM, comme les grandes banques, continuent de l'utiliser. Peut-être se moquent-ils doucement des fintechs qui se vantent de leurs logiciels et langages modernes.