Il s’agit d’une décision préliminaire, mais elle fait déjà l’effet d’une bombe pour Amazon et Microsoft. En effet, la Commission européenne estime que les services cloud des deux sociétés, à savoir AWS et Azure soient considérées comme des « gatekeepers » (contrôleur d’accès) au titre du DMA (digital market act) et donc leur appliquer certaines obligations en matière de concurrence et d’ouverture. Dans son analyse, l’institution ne retient pas les critères quantitatifs (chiffre d’affaires, nombre d’utilisateurs…), mais des éléments qualitatifs. Ainsi, elle estime que les deux sociétés disposent « d'une vaste base d'utilisateurs fidèles et semblent bénéficier d'effets de verrouillage et de coûts de changement élevés, en plus d'un écosystème étendu ». De plus, elle observe que « leur portefeuille d'outils d'intelligence artificielle et leurs partenariats sont devenus un facteur déterminant dans l'acquisition de services cloud ».

La Commission rappelle avoir lancé deux enquêtes de marché en novembre 2025 afin d'évaluer si Amazon et Microsoft devaient être considérés comme des acteurs incontournables pour leurs services de cloud computing. Dans ce cadre, elle a recueilli différents commentaires d’experts du secteur, de concurrents… L’objectif était d’évaluer les effets de réseau sur le marché, les effets d'échelle et de portée, les coûts de verrouillage et de changement de fournisseur, ainsi que la structure conglomérale ou l'intégration verticale de l'entreprise.

Amazon et Microsoft se défendent

Cette décision certes préliminaire avait été anticipée par Amazon et Microsoft. Le premier avait répondu dans un blog en indiquant que les services cloud en Europe étaient déjà très compétitifs. Par ailleurs, d’autres textes que le DMA notamment le Data Act impose des obligations sur le changement de fournisseur, de portabilité et d'interopérabilité. Dans son argumentaire, la société avertit que son inscription au DMA « risque de nuire à la compétitivité européenne, de dissuader les investissements et de freiner l'innovation au moment où l'Europe en a le plus besoin ».

De son côté Microsoft s’étonne via un porte-parole auprès de Politico de la mise à l’écart de Google Cloud de l’enquête de la Commission européenne. Le troisième fournisseur dispose certes d’une part de marché plus faible que les deux autres sur le marché du cloud (au 1er trimestre 2026, AWS détenait 28% du marché, Microsoft Azure 21% et Google Cloud 14%, selon Synergy Research Grourp), mais sa présence sur l’intelligence artificielle avec Gemini doit être prise en considération. Sur le plan de la procédure, Amazon et Microsoft ont désormais la possibilité d'exercer leurs droits de défense. Si les conclusions préliminaires sont confirmées, les deux entreprises auront six mois pour rendre leur plateforme cloud conforme au DMA sous peine d’amende. L’affaire pourrait aussi prendre un aspect plus politique dans une période de tensions avec les États-Unis. L’administration Trump est prompte à dégainer des représailles dès que des contraintes réglementaires ou des taxes sont imposées aux sociétés IT américaines.