La course aux capacités IA est lancée en Europe. Dans le cadre du programme européen EuroHPC Joint Undertaking annoncé l'an dernier, 19 sites ont été sélectionnés pour recevoir des systèmes de calcul haute performance taillés pour répondre aux besoins de traitements et de calcul IA. C'est notamment le cas en France, avec une IA factory, portée par le Genci en partenariat avec d'autres organismes comme le CEA ou encore le CNRS et l'Inria, dotée du supercalculateur exascale Alice Recoque, ou encore en Allemagne (TU Dresden). Parmi les autres pays à entrer dans la course, la Suède, dont son IA factory Mimer, installé au NAISS (infrastructure académique nationale pour le calcul intensif de Suède) à Linköping dans le sud du pays, se dote également d'un supercalculateur taillé pour l'IA. Le point commun de ces trois projets ? Ils ont tous le même fournisseur, le français Bull, désormais dans le giron de l'Etat et en plein redécollage, équipant toutes ces installations avec son système XH3500.
Dans le cadre de projet, un contrat de 5 ans de 30 M€ a été signé entre Bull et EuroHPC JU, propriétaire du système HPC, dont il assure le financement à part égale avec le Conseil suédois de la recherche. Au terme du contrat, une possibilité d'extension est prévue. « Nous sommes ravis de collaborer avec Bull sur une plateforme qui allie performances et engagement fort en faveur de l'open source afin de renforcer les capacités de la Suède en matière d'IA sécurisée », explique Erik Lindahl, professeur à l'université de Linköping et directeur du NAISS. Le système (à refroidissement liquide) qui sera livré avant la fin de l'année, sera constitué de 100 nœuds équipés de 400 accélérateurs GB200 de Nvidia couplés à une petite partition de CPU Grace, nous a indiqué un porte-parole de Bull. Côté stockage, un système Storage Scale 6000 d'IBM va être connecté au compute via des passerelles S3. De l'interconnexion réseau Ethernet 400 Gbit/s avec des commutateurs Nokia 7220 sont aussi de la partie. La couche logicielle s'articule quant à elle autour de Red Hat OpenShift (Kubernetes) pour la gestion et l'orchestration des clusters IA, Bull SMC pour l’administration globale du système, IBM GKLM pour les clés de chiffrement, et BullSequana Pro AI en tant que plateforme data et IA open source. Par ailleurs, on notera que 6 nœuds seront équipés des prochaines puces Europa d'Axelera AI. Cette société néerlandaise fait partie des nombreuses start-ups prometteuses dans la conception de puces IA. Elle propose des cartes accélératrices IA et travaille sur sa prochaine puce spécialisée dans les traitements IA d'une performance théorique de 629 Tops. « Ces nœuds seront intégrés à la solution globale dès que les cartes PCIe Axelera Europa seront disponibles », nous a précisé le porte-parole. « Une des adaptations spécifiques à Mimer est le concept de multi-tenant sécurisé, permettant une séparation stricte des utilisateurs et le chiffrement des données avec des clés fournies par l’utilisateur. Cela a été mis en place pour répondre notamment à des cas d’usage dans les sciences de la vie, pour lesquels le RGPD et d’autres exigences réglementaires de sécurité s’appliquent ».
Des fonctions pour consommer et spécialiser des modèles
La Mimer AI Factory a été montée en partenariat avec les instituts de recherche suédois RISE, et son financement est partagé entre la Suède (par l'intermédiaire du Conseil suédois de la recherche et de Vinnova, l'agence suédoise pour l'innovation, et l'entreprise commune EuroHPC JU, qui est l'organisation de l'UE chargée des supercalculateurs. La vocation de cette usine IA, comme les 18 autres en Europe, est de fournir un accès à des supercalculateurs optimisés pour l'IA ainsi qu'à des services tels que des formations et un accompagnement destinés aux PME, start-ups, chercheurs, organismes publics... Mimer AI Factory concentre ses activités sur quatre domaines : les sciences de la vie, la science des matériaux, les systèmes autonomes et l'industrie du jeu vidéo, mais reste ouvert à d'autres secteurs en fonction de la demande. « La plateforme fournira des fonctionnalités pour consommer directement des modèles type LLM ou de spécialiser ses modèles via du finetuning as a service. La plateforme permet d’ores et déjà de couvrir les besoins classiques de transcription de fichier audio ou en temps réel ou reconnaissance de document par exemple », poursuit le porte-parole.
« Ce superordinateur sera le moteur qui permettra aux organisations de passer plus rapidement de l'idée à l'impact concret », indique dans un communiqué Rossen Apostolov, directeur de Mimer AI Factory. « Grâce au réseau d’experts de Mimer AI Factory et à un portefeuille croissant de services s’appuyant sur cette infrastructure, nous accompagnerons les utilisateurs dans toutes les étapes, du développement et des tests de modèles jusqu’au déploiement, à la formation et à l’innovation sectorielle [...] Tout aussi important, la plateforme offrira des fonctionnalités avancées pour la gestion sécurisée des données sensibles. C’est essentiel pour les organisations qui souhaitent adopter l’IA en toute confiance dans des domaines où la confiance, la conformité et la protection des données sont primordiales. »
Une couverture de chaine de valeur 100 % Bull
Pour ce projet, Bull assure couvrir l’ensemble de la chaîne de valeur, du design et de l’intégration des infrastructures jusqu’aux logiciels, plateformes et en particulier les cas d’usage IA. « Nous apportons des briques logicielles avec un IP européen, ainsi que des capacités d’accompagnement sur les workloads et les usages verticalisés. BullSequana AI Platform couvre toutes les couches en partant du PaaS jusqu’à du SaaS pour offrir les services IA attendus par les utilisateurs et supportant le multi tenancy [...] La plupart de ces services seront notamment exposés sous forme d’API ce qui rend très facile leur consommation par les utilisateurs. Des quotas et politiques d’accès pourront être définis par Mimer pour monétiser ou restreindre l’accès aux capacités de calcul sur un volume défini », précise le porte-parole de Bull.

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