Pour Sébastien Lesimple, ancien DSI d’Outscale, ex-directeur de production IT chez Econocom et qui officie aujourd’hui en tant que DSI de transition chez Tenexa (ex-groupe Infodis) sur son programme SecNumCloud, l’indépendance technologique débute toujours par se poser la bonne question : « Le niveau zéro est déjà d’exprimer son besoin exact, de se demander ce que l’on veut vraiment à la fin ; dans le cas contraire, inutile de commencer. » Pour illustrer ce point de départ, prenons l’exemple de l’entrepreneur allemand Robert Heide, qui a créé Hank.parts, une plateforme européenne de vente de pièces détachées pour le secteur de l’automobile. Il avait en tête l’idée de bâtir l’infrastructure IT de son site uniquement avec des briques européennes. Tout est expliqué dans un article sur la page d’une SSII nommée Coinerella que notre rédaction a relayé. Il y détaille son projet, les choix technologiques retenus et les difficultés rencontrées. Sur ses motivations, il met en avant la question de la souveraineté des données, la conformité avec le RGPD, la non-dépendance aux trois grands fournisseurs de cloud et une part d’entêtement. Comme le rapporte Robert Heide sur son expérience : « C’est un effort qui en vaut la peine, mais c'est un effort tout de même… »

C’est aussi dans cette perspective que Sébastien Lesimple, à l’époque où il était chez Econocom, avait décidé de migrer plusieurs solutions sous VMware, Hyper-V et Citrix vers Proxmox. « Est-ce que je dois payer tous les ans des licences de solutions propriétaires toujours plus élevées avec des inflations délirantes ? Quand vous disposez d’un budget restreint, il faut trouver des idées intelligentes », nous avait-il expliqué. Cette volonté de changer les choses, de les inverser en mettant en avant l’indépendance technologique dans le choix des solutions, encore trop de décideurs en sont incapables. « La résistance au changement est, selon moi, le problème n°1. Dans de nombreuses entreprises, les collaborateurs sont présents depuis des années et restent bloqués dans leurs habitudes ; il faut de l’envie pour bousculer les choses. Oui, c’est compliqué de convertir des ingénieurs qui ont baigné toute leur vie dans Windows, j’en fais encore l’expérience », reconnaît Sébastien Lesimple. 

Plus généralement, certains décideurs IT ne peuvent tout simplement pas se passer de l’écosystème américain car ils n’ont pas les compétences nécessaires en interne. Certains même ne prennent pas au sérieux les développements de systèmes souverains et/ou alternatifs réalisés par certains de leurs collègues ou employés motivés, en les laissant de côté à l’état de PoC que personne n’utilisera en interne. Enfin, cette indépendance technologique nécessite des relais : des entreprises privées et autres organisations publiques capables d’investir en passant des commandes auprès des fournisseurs français et européens afin que ceux-ci puissent se développer et devenir, à leur tour, des acteurs qui comptent. Il s'agit de ne pas faire comme l’État, qui encourage certains industriels de l’armement à investir et à produire, mais qui ne passe pas commande, faute de budget.