De la finance à l'industrie en passant par les services, pas un secteur ne semble se mettre à l'écart du rouleau compresseur de la blockchain. Alors qu'à l'étranger les géants de l'agroalimentaire comme Nestlé ou encore Unilever s'y mettent, en France les initiatives se sont multipliées, notamment pour le trading de produits agricoles, de pétrole avec Natixis, ou encore les transactions financières avec BNP Paribas Asset Management. C'est également le cas dans le secteur de la grande distribution avec le géant français Carrefour qui travaille depuis juin 2017 sur un projet blockchain pour tracer la qualité de ses poulets fermiers d'Auvergne.

« Depuis 25 ans, nous avons développé des filières qualité permettant d'assurer une traçabilité de nos produits du champ au magasin pour alléguer aux consommateurs dans les étiquettes des informations sur leur origine », nous a expliqué Hervé Gomichon, directeur de la qualité Carrefour. Alors que jusqu'à présent, les informations présentes sur les étiquettes comme celles de ses poulets fermiers d'Auvergne Label Rouge étaient limitées (origine et date limite de consommation), elles vont gagner en exhaustivité grâce au couplage du QR Code sur l'emballage avec un système de traçabilité via la technologie blockchain.

QR Code Carrefour blockchain poulets d'Auvergne 

Etiquette d'un poulet fermier Carrefour issu de sa filière qualité comportant des informations de traçabilité enrichies grâce à la blockchain et donnant accès à une fiche détaillée via un QR Code. (crédit : Carrefour)

Pas marié avec la technologie blockchain Ethereum

A partir d'aujourd'hui, chaque poulet fermier d'Auvergne Label Rouge Carrefour issu de sa filière qualité - soit un total d'1 million de pièces par an - bénéficie d'un code-barres 2D (QR Code) qui, une fois scanné par le consommateur, lui permet d'accéder à des informations complémentaires concernant le poulet acheté. « Le consommateur va avoir accès à la photo du poulet, sa durée de vie, des détails sur son incubation, sa date de naissance, le nom de son éleveur et même accéder à une vidéo de présentation par cet éleveur de ses conditions d'élevage », poursuit Hervé Gomichon. L'attribution d'un QR Code ne se fait pas par poulet à l'unité mais par bandes de 4 400 animaux. Outre cette « carte d'identité » enrichie à même de rassurer des consommateurs avides d'informations de provenance des aliments qu'ils mangent et doutant de plus en plus des circuits de la grande distribution - les deux n'étant pas incompatibles -, ces données supplémentaires devraient aussi permettre à Carrefour d'optimiser sa production et améliorer les conditions d'élevage. « Il serait intéressant par exemple de savoir dans quelle lieu les poulets sont plus gros que d'autres alors qu'ils mangent la même nourriture, pour quelles raisons, et permettre aux éleveurs de se partager leurs meilleures pratiques », précise Hervé Gomichon.

La remontée des informations liées aux QR Code des poulets de Carrefour est directement liée au système blockchain que le groupe a mis en place et sur lequel il travaille depuis juin 2017. « Chaque QR Code contient l'EAN 143 du produit et son numéro de lot qui interroge le registre de la blockchain pour remonter l'ensemble du CV et l'état du poussin », nous a expliqué Emmanuel Delerm, directeur de projet en charge du développement de la blockchain chez Carrefour. La technologie blockchain choisie par le groupe est Ethereum 1.7, installée sur le cloud privé du groupe. « Nous avons choisi cette technologie pour une raison de disponibilité. En juin dernier, on en avait peu d'autres à disposition. On a choisi ce noyau, mais cela pourra évoluer dans l'année », a précisé Emmanuel Delerm.

Un usage de la blockchain bientôt élargi à 7 autres filières Qualité Carrefour

Toutes les acteurs de la filière qualité des poulets fermiers d'Auvergne de Carrefour - des couvoirs à poussins aux éleveurs, en passant par le cabinet vétérinaire pour garantir l'absence d'antibiotiques et la supply chain du groupe jusqu'aux magasins - injectent leurs données de traçabilité dans la blockchain. « On a procédé par strates en faisant d'abord tourner notre technologie blockchain, et on a rajouté des smart contracts par type de contractualisation des données », indique Emmanuel Delerm. « Le plus long à faire a été de développer un portail où les acteurs impliqués s'authentifient pour lire ou inscrire des données, sachant que le contrôle des rôle d'habilitation se fait dans l'IHM ». En complément, Carrefour a par ailleurs développé de la capacité d'import de fichiers en masse capable de traiter les données de système à système ainsi que des API pour permettre de faire communiquer les ERP des différents acteurs de la filière avec cette blockchain. « Aujourd'hui, il s'agit d'import de données de traçabilité pour retranscrire aux clients sur un QR Code un certain nombre d'enregistrements, mais à terme on peut imaginer d'autres formes d'automatisation », précise Emmanuel Delerm.

Après avoir mis en place ce projet de blockchain, Carrefour ne compte pas s'arrêter en si bon chemin, même si des ajustements devraient être faits dès les prochaines semaines. « Il s'agit d'un projet évolutif qui va fonctionner par étapes », concède Hervé Gomichon. « C'est un test sur les technologies et on attend de voir ce que les clients veulent voir comme informations sur les QR Code. Certaines nous paraissent évidentes mais il faudra attendre les enquêtes consommateurs en cours pour le savoir vraiment ». Dans les prochains mois, le groupe prévoit d'étendre les usages de la blockchain à 7 autres de ses filières Qualité Carrefour : oeufs, fromage, lait, orange, tomates, saumon et steacks hachés.