En septembre dernier, l’indice Next40 présenté par le Gouvernement avait surpris par sa composition. Cette sélection d’acteurs technologiques français, qui bénéficiaient ainsi de services publics pour accélérer leur développement, juxtaposait en effet des entreprises déjà bien implantées avec des start-ups plus récentes ayant réalisé de belles levées de fonds. En misant sur leur fort potentiel de recrutement, leur présence au Next40 visait à leur simplifier l’implantation internationale, l'accès aux financements (au niveau européen, en bourse…), les relations avec les administrations, la recherche des talents et un suivi des French Tech Visas. 

L’initiative se prolonge aujourd’hui avec le French Tech 120 dévoilé par Bercy, qui vient ajouter 83 entreprises au Next40 sur des critères de performance économique. « C’est un enjeu en termes de créations d’emplois », expose Cédric O, secrétaire d’Etat chargé du Numérique, qui prévoit 11 000 emplois nets créés en 2020 dont 4 000 par ces 83 sociétés, le reste par le Next40. En contrepartie, les entreprises sélectionnées se voient demander des efforts sur les enjeux Tech for Good, consistant à utiliser la technologie pour résoudre un défi sociétal en termes de santé ou d’environnement. A l’arrivée bien sûr, comme dans tout classement censé offrir une certaine visibilité, il y a des déceptions, la motivation des refus n’étant pas toujours bien comprise. Pour constituer ce 2ème classement, un appel à candidatures avait en effet été lancé fin octobre sur la base de la croissance du chiffre d’affaires ou des levées de fonds, avec un objectif régional de deux « start-ups » par région. Le terme start-up était ici pris dans un sens large puisque les sociétés candidates devaient avoir moins de 15 ans.

En jaune figurent les entreprises du Next40. (Crédit : Bercy). Les 83 élus complémentaires du French Tech 120 sont 360Learning, Afyren, AB Tasty, Acticor Biotech, Ad you like, Agriconomie, aircall, Akeneo, Aledia, Alizé Pharma, All Mol, Alphyr, Amarisoft, Another brain, Biologid, Botify, Brut, Certideal, Comparateur agricole, Cooptalis, Crosscall, Cubyn, CybelAngel, Diabeloop, Digital Insure, DNA Script, Dreem, Dynacure, Easy Mile, Ecovadis, ekWateur, Enyo, e-pack hygiène, Exotec, Feed, Flexfuel, Fortia, Fretlink, Happytal, Heetch, HighLife, Igyxos, Ilek, ImCheck, Inotrem, IPMFrance, Kayros, Keranova, Le Slip français, Lemonway, LGO, Lifen, LimFlow, Loisirs Enchères, Lumapps, lunchr, Lydia, microphyt, MisterFly, Molotov, Ornikar, Papernest, Perfectstay, Phenix, Platform.sh, Qapa, Qare, Scality, Qonto, Reuniwatt, S4M, Saagie, spendesk, Tabmo, talent.io, Tissium, TreeFrog, Trusk, Ubitransport, Visiperf, Wooxo, Worldia, Yespark. (crédit : FrenchTech)

Améliorer la diversité et l'égalité hommes-femmes

La sélection qui vient d’être présentée reflète néanmoins la concentration de l’activité technologique en Ile-de-France avec seulement un tiers des entreprises du Tech 120 en région et 1/4 des emplois. Sur les 83 sociétés retenues, on trouve 360Learning, AB Tasty, Crosscall, Cubyn, ekWateur, Exotec, Lemonway, Lumps, Lydia, Platform.sh Qapa, Scality, Saagie, Talent.io ou encore Wooxo. La moitié d'entre elles a été sélectionnée uniquement en raison des levées de fonds réalisées, l’autre moitié sur la base de « l’hyper-croissance » de leur chiffre d’affaires. Pour réduire les frustrations, Bercy prévoit de revoir cette sélection tous les ans. En même temps, il appelle les élus à s’engager à améliorer dans leurs équipes la diversité et l’égalité hommes-femmes. Pour l’instant, le French Tech 120 ne compte que 36% de femmes salariées en moyenne et seules 6 femmes dirigeantes. 

Dans un billet de commentaire sur la présentation du classement, Jean de la Rochebrochard, associé chez Kima Ventures qui soutient près de 800 entreprises, relève les écueils de l’initiative. Pour lui, les arguments de notoriété, d’apport de liquidités ou de financement ne suffisent pas. Il souligne en évoquant les tentatives d’entrée en bourse sur Euronext que, pour les petites entreprises, c’est la « véritable réussite qui permet de bâtir une notoriété durable ». Et il évoque la difficulté de l’exercice qui consiste à sélectionner certaines entreprises pour les mettre en avant plutôt que d’autres, tout aussi intéressantes. Ce regard critique n'empêche pas Jean de la Rochebrochard de pointer deux initiatives gouvernementales sur des sujets qu'il juge cruciaux : les plans d'intéressement salariés prévus dans la loi de finances 2020 et l'embauche de talents étrangers associé au French Tech Visa.