Le sauveur Kubernetes est né bien avant Noël ! Comme l'a révélé une récente enquête de Heptio, 60 % des entreprises interrogées font tourner Kubernetes, et plus de la moitié d'entre elles le font en production. En d'autres termes, Kubernetes s’est débarrassé de ses petites roues auxiliaires. Ça en dit long, car, comme l'a déclaré Bernard Golden, le gourou du Cloud de Capital One, « si les applications basées sur Kubernetes sont faciles à exécuter, Kubernetes n'est pas un jeu d'enfant ». Et il ne fait pas ici simplement référence à la courbe d'apprentissage qu’il faut gravir pour passer à des architectures basées sur les conteneurs et les microservices, mais à la nouveauté de Kubernetes elle-même. Sans parler d’un marché de l'expertise de Kubernetes quelque peu chaotique. Si bien que l’année 2019 risque d’être difficile pour les entreprises qui tentent de transformer les promesses de Kubernetes en réalité de production.

Kubernetes est dans une « véritable dynamique de rodéo », comme l'a déclaré un observateur de l'industrie. On trouve dans cette arène « des vieux de la vieille comme IBM et Oracle qui offrent des produits ou des services Kubernetes, et des start-ups par dizaines, mais aussi des entreprises comme Rackspace, et plus récemment NetApp qui a racheté Stackpoint, ou Nutanix qui lance un service cette semaine. Donc, Kubernetes est à la fête ». Au cas où vous vous poseriez la question, 61 prestataires de services sont certifiés Kubernetes par la Cloud Native Computing Foundation (CNCF). Certes, ils n'offrent pas tous leur propre version de Kubernetes. Comme l'a fait remarquer à juste titre Jeffrey Borek d'IBM, certains « intègrent Kubernetes dans leurs plates-formes pour la performance et l'interopérabilité ». C'est une bonne chose. Et le choix est aussi une bonne chose, comme l'a souligné Chris Aniszczyk, directeur du CNCF, qui se réjouit « de l’étendue de ce choix en matière de support pour les utilisateurs ». Mais, jusqu'à un certain point. Car l’excès de choix finit aussi par être néfaste, sinon pire, que l’absence de choix.

Pourquoi Kubernetes est si difficile, mais vaut la peine

Tout le monde sait que Kubernetes est une grosse source de profit, et tout le monde en veut. Mais pour les entreprises qui essaient d’avoir une idée claire sur l’offre tous azimuts des fournisseurs, le paysage est confus. Il n'est donc pas étonnant que 46 % des personnes interrogées par Heptio pointent la difficulté « d'aligner les équipes internes autour de technologies communes » et que ce point soit considéré comme le deuxième défi le plus important. Ce qui ne veut pas dire que ce n’est pas une bonne chose. Ce n'est qu'un constat : les sociétés de capital-risque déversent du cash sur n'importe quelle startup ayant un projet Kubernetes, et les fournisseurs historiques tentent également de prouver leur légitimité en attelant leurs wagons au train Kubernetes.

Retour au gourou du Cloud de Capital One et à sa déclaration : « si les applications basées sur Kubernetes sont faciles à exécuter, Kubernetes n'est pas un jeu d'enfant ». Même si dans une entreprise, tout le monde est sur la même longueur d'onde, utilise les mêmes fournisseurs et produits, il faut quand même pallier à l'immaturité relative de Kubernetes. Selon Bernard Golden, Kubernetes est « un produit à un stade précoce qui sert de base à un écosystème de produits complémentaires (comme Istio) qui doivent tous être installés, configurés et gérés correctement pour que les applications fonctionnent correctement ». Ce n'est pas impossible. C'est juste... difficile. Mais ça en vaut la peine. 63 % des entreprises qui gèrent Kubernetes en production « utilisent immédiatement leurs ressources de manière plus efficace », selon l'enquête Heptio, et 58 % d'entre elles déclarent que Kubernetes leur a permis de réduire les cycles de développement. Ce sont des objectifs qui méritent de gros efforts.

AWS, Azure et GCP bien placés, Red Hat/IBM en embuscade

Alors, que feront la plupart des entreprises pour atteindre ce nirvana ? Selon M. Golden, « cet engouement pour Kubernetes devrait gagner l'un des grands fournisseurs de cloud (Amazon Web Services) spécialisé dans l'exploitation d'infrastructures complexes à grande échelle. Ensuite, la plupart des entreprises IT conviendront qu'elles devraient laisser les spécialistes prendre la relève. Autrefois, des technologies nouvelles comme Kubernetes auraient été absorbées par les vendeurs historiques et revendues comme leur dernière solution magique. Aujourd'hui, les entreprises n'ont plus besoin d'acheter de la complexité aux fournisseurs historiques et se tournent par défaut vers les fournisseurs de cloud.

Par conséquent, on peut raisonnable penser que 2019 sera une année record pour les trois grands fournisseurs de clouds publics - AWS, Microsoft Azure et Google Cloud Platform - en partie parce que les entreprises ont besoin de maîtriser Kubernetes. Le seul outsider en la matière est Red Hat/IBM, qui préfère simplifier Kubernetes avec sa plate-forme OpenShift, et attire des entreprises plus traditionnelles. Si Red Hat parvient à briser la domination d'IBM pour dynamiser son secteur, on peut imaginer un Big Four en 2019, dans lequel IBM/Red Hat jouerait un jeu permanent du tout hybride.