Le TGV n°8632 entre en gare d’Aix-en-Provence TGV. Les voyageurs sortent du train et pénètrent dans le hall en vue d’aller dans le parking public prendre leur voiture ou à l’arrêt de bus le plus proche pour celles et ceux qui viennent rendre visite à des proches. Problème, ces derniers viennent pour la première fois ici et se demandent où peut bien se trouver cet arrêt… Soudain, un objet non identifié arrive à leur niveau. Une sorte de borne d’achat de tickets de cinéma, mais mobile, surplombée d’une tête où un écran matérialise deux yeux disproportionnés. C’est Heasy, robot construit par Hease Robotics, qui va offrir aux voyageurs de les accompagner vers l’arrêt de bus ou l’endroit où ils auront besoin d’aller.

Ce robot est en cours d’apprentissage et doit encore apprendre à revenir au centre de la gare une fois sa mission accomplie mais Heasy fait partie d’une famille de robots déployés dans la station d’Aix-en-Provence, celle-ci étend le laboratoire d’innovations de la division Gares&Connexions de la SNCF depuis janvier 2017. Le projet Aixploration lancé à cette date vise à tester les technologies de la future gare connectée, où « smart station » dans le jargon de la société de transport.

Dans la gare d'Aix-en-Provence, les voyageurs peuvent interagie avec plusieurs robots selon l'usage. Heasy (deuxième à gauche) pour s'orienter, Diya One (troisième à gauche) surveillant la qualité de l'air et futur chatbot d'informations ou B.a.r.y.l. (à droite) pour jeter leurs déchets sans avoir à trouver une poubelle. Intellibot (à gauche) est un robot nettoyeur aidant les agents de propreté lorsque la gare est fermée. (Crédit : SNCF)

400 capteurs pour gérer la gare à distance

Car les robots sont la partie émergée d’un environnement technologique plus complexe déployé dans toute la gare depuis septembre 2017. Plus de 400 capteurs ont été installés ou connectés à une plateforme qui centralise toutes les données remontées. Ces sondes captent en temps réel la température, le taux de CO2, l’hydrométrie, la luminosité mais aussi les défaut électriques et toute altération des systèmes comme les ascenseurs, escalators, etc. A cela s’ajoutent des beacons installés un peu partout dans la gare pour mesurer en temps réel les flux de voyageurs et générer un jumeau numérique de la gare. Et donc faciliter le travail de maintenance, réalisable en temps réel et à distance.

Grâce aux capteurs installés dans la gare, les opérateurs peuvent gérer l'éclairage automatiquement depuis une plateforme centralisée. Il en va de même pour visualiser la consommation énergétique générale de la station. (Crédit : SNCF)

Cependant, avec toutes les données agrégées par ces capteurs, les utilisations et le nombre de connexions à la plateforme se faisaient de plus en plus nombreuses. Et le système était alors branché à un PC industriel relié à un automate industriel, faisant office de serveur, dans la gare. Le nombre de connexions simultanées à la plateforme ne pouvait dépassé 4 à 6 utilisateurs sous peine de saturer le réseau. « Quand Kuzzle nous a dit qu’ils avaient une solution pour réduire les volumes de données entre notre système et les utilisateurs, nous avons sauté sur l’occasion », indique Thierry Jacquinod, en charge des gares du réseau SNCF dans le Grand Sud (Occitanie et PACA).

Désengorger les flux de données avec Kuzzle

Un premier POC de 10 jours a d’abord été réalisé sur les données d’éclairage. Le backend Kuzzle assure la remontée des données de l’automate industriel vers un cloud pour permettre de désencombrer le réseau et le stockage local. La solution a donc été élargie et « cela nous permet maintenant de remonter l’ensemble des données de la gare sur le datalake central de SNCF Gares&Connexions où nous pourrons faire des traitements plus importants que ce que l’on faisait jusqu’à maintenant », ajoute Thierry Jacquinod. La SNCF a désormais la tradition de mutualiser ses données en interne. Comme nous l’avions vu dans les technicentres, Gares&Connexions dispose aussi de son propre datalake, hébergé sur Azure en public, sur des technologies Hortonworks. « Nous avons plusieurs manières de l’alimenter », précise Marie-Caroline Bénézet, directrice Digital et Technologies de SNCF Gares&Connexions. « Soit de manière opportuniste et expérimentale, comme tout ce qu’on fait à Aix : nous récupérons les données et voyons ce qu’on peut en faire. Et en parallèle, nous déployons de manière industrielle des cas d’usages à l’échelle nationale, qui sont nativement branchés dans le datalake. »

Cette fluidification des remontées de données va permettre d’automatiser certains processus – au moins de pouvoir les réaliser à distance – et de développer des outils pour améliorer le passage des voyageurs en gare. « Nous pouvons ainsi étendre l’amplitude horaire surveillance de la gare », développe le responsable des gares du Grand Sud. « Même si une personne est présente pour réaliser des tours de gare et vérifier que tout fonctionne, si la station est équipée de capteurs, un centre opérationnel pourra prendre le relais pendant la nuit par exemple. »

Industrialiser le processus à 600 gares

Ces expérimentations en gare d’Aix-en-Provence ont depuis été élargies à une dizaine de gares en PACA. Et la SNCF a désormais pour volonté d’industrialiser l’expérience. Et compte connecter de la même façon 600 gares françaises à partir de la fin de l’année. Ces déploiements permettront aussi de faire en sorte d’ouvrir les gares plus longtemps. « Aujourd’hui, seul le passage d’un agent permet d’ouvrir la gare. Demain, avec une gare connectée, nous serons capables d’ouvrir la gare avant même que l’agent n’arrive et donc offrir un espace d’attente très tôt le matin et très tard le soir », indique Mme Bénézet. C’est déjà le cas, par exemple, en gare Portet-Saint-Simon, dans la banlieue sud-ouest de Toulouse, où l’agent arrive en milieu de journée quand la salle d’attente est ouverte depuis 10 heures le matin.

Le processus doit encore être validé et un appel d’offres sera lancé selon les technologies à déployer nationalement. De manière générale, Marie-Caroline Bénézet indique que le groupe choisit de faire appel à des fournisseurs extérieurs ou à ses propres équipes en fonction de la maturité du marché sur la technologie qu’il souhaite déployer. Ici, pour ce qui concerne le bâtiment connecté, un appel d’offre peut être lancé pour avoir le meilleur service du secteur. Par contre, pour ce qui tient de la gestion des flux en gares, il s’agit d’une spécificité de la SNCF ou des aéroports par exemple, qui brassent une population importante. Peu de solutions sont disponibles donc le groupe privilégiera la création d’applications sur mesure en interne. Selon le planning de SNCF Gares&Connexions, le projet de connexion des 600 gares devrait commencer à partir de la rentrée 2019 et s’étaler sur toute l’année 2020.