L'IA devient un nouveau standard dans le milieu juridique : c'est ce que révèle l'étude « Avocats et Juristes face au futur 2026 », publiée le 2 avril par Wolters Kluwer. En effet, plus de la moitié des entreprises au sein desquels travaillent les juristes interrogés révèlent vouloir augmenter leurs investissements en IA dans les trois prochaines années. Une évolution qui soulève des problématiques importantes, notamment en termes d'éthique, de confidentialité des données ou de formation des équipes.
Transformation des modèles économiques et des pratiques
L'enquête révèle l'extension des usages de l'IA dans les professions juridiques. Depuis la dernière étude en 2024, l'adoption de cette technologie dans le secteur s'est généralisée, avec 92% des professionnels du droit qui utilisent désormais au moins un outil d'IA par jour contre 76% qui l'utilisaient au moins une fois par semaine en 2024. Une pratique maintenant ancrée dans le quotidien et qui, selon 52% des répondants, est un levier majeur de rentabilité de leur organisation. Tandis que 62% des répondants y voient un levier de productivité, avec des gains de temps hebdomadaires compris entre 6 et 20%. Une progression de l'IA qui, selon l'étude, se traduit par une dépendance croissante à la technologie pour optimiser les processus juridiques et répondre à l'évolution des attentes des clients.
Au-delà de l'adoption massive des outils, l'IA redéfinit en profondeur la nature même des activités juridiques. Selon l'étude, un professionnel sur deux considère que certaines tâches vont être automatisées ou externalisées. Les tâches chronophages, comme la recherche juridique, la rédaction de documents ou encore la revue de documents sont parmi les premières concernées. Ces missions deviennent progressivement industrialisables. L'évolution en cours modifie directement la perception de la valeur du travail juridique. L'IA, agissant comme un accélérateur des tâches, rend la tarification horaire dépassée, une sévère remise en cause dans une profession où la valeur est habituellement mesurée au temps passé.
Les cabinets d'avocats sont donc contraints de se repositionner. La montée en puissance de la facturation au forfait ou basée sur la valeur en est une conséquence directe. Comme l'explique Adolf Allotey, directeur de la communication chez Wolters Kluwer : « ce qui est recherché aujourd'hui avec l'IA, c'est un gain de productivité et un gain de business ». Cette logique nécessite une transformation structurelle des modèles économiques, poussant les cabinets à se définir davantage comme des partenaires stratégiques plutôt que comme de simples fournisseurs de service pour un temps donné.
Cette mutation ne signifie pas pour autant la disparition du métier, comme le souligne Grégoire Miot, directeur produit chez Wolters Kluwer : « ça ne veut pas dire que le métier de juriste disparaît, mais on arrive sur un juriste version 2.0 », davantage tourné vers l'analyse, le pilotage et l'interprétation. L'IA ne remplace pas le juriste, elle déplace son centre de gravité.
Des métiers en mutation
L'impact de l'IA se fait également sentir sur les parcours professionnels. Les profils recherchés évoluent rapidement vers des compétences hybrides, combinant expertise juridique et maîtrise des outils technologiques. De nouveaux métiers émergent comme des spécialistes de la donnée juridique ou encore des gestionnaires des risques IA, chargés d'évaluer et de piloter les risques liés à l'usage de cette technologie.
Et cette transformation influence directement le recrutement. Les cabinets et directions juridiques privilégient désormais des profils hybrides. L'IA ne transforme pas seulement les outils, elle redéfinit les compétences attendues et la culture des organisations. Faisant de la formation interne un enjeu central. L'apprentissage continu s'impose comme une nécessité face à des outils en évolution permanente. Comme le souligne Grégoire Miot, « on est sur une phase empirique, il faudra des années pour comprendre la méthodologie gagnante ».
L'un des effets les plus marquants concerne les débuts de carrière. Les tâches traditionnellement confiées aux juniors, souvent répétitives mais essentielles à leur apprentissage, tendent à disparaître sous l'effet de l'automatisation. « Les premières années de formation risquent de devenir de plus en plus complexes », alerte Grégoire Miot. Un constat qui pose un défi majeur pour la formation et le parcours professionnel des futurs professionnels du secteur.
Des freins à l'adoption
Malgré ses bénéfices, l'adoption de l'IA suscite de nombreuses inquiétudes parmi les professionnels du droit. Les enjeux liés à l'éthique et à la confidentialité des données arrivent en tête de leurs préoccupations. L'utilisation d'outils d'IA expose les cabinets à des risques de fuite d'informations sensibles, la sécurité des données constituant dès lors un défi majeur. Si une majorité d'acteurs se disent préparés, peu disposent en réalité de politiques internes pleinement structurées. L'écart entre la perception et la réalité de la maturité des organisations face à l'IA est importante, ce qui nuit à la confiance dans ces technologies, soulignent les auteurs de l'étude.
À ces risques s'ajoutent des freins d'ordre organisationnels. Le manque de formation, la difficulté d'intégration dans les processus existants, mais aussi la résistance au changement ralentissent l'adoption. Le manque de compréhension des outils et de leurs limites renforce ces difficultés, dans un contexte où les usages évoluent plus vite que les politiques les encadrant.
Par ailleurs, l'impact sur l'emploi reste une préoccupation centrale. Si l'IA ne remplace pas directement les juristes, elle transforme en profondeur la structure des équipes et la répartition des tâches. Cette mutation impose une adaptation rapide des professionnels et des organisations sur leurs pratiques, mais aussi sur les usages qui se développent en interne. « Il est très facile de produire du contenu avec de l'IA, mais il est beaucoup plus difficile de produire du contenu qualitatif et d'arriver à des résultats qui soient pertinents », note Grégoire Miot.
Les métiers juridiques transformés par l'IA
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L'éditeur de logiciel Wolters Kluwer publie une étude sur la place que prend l'IA au sein des métiers juridiques. Le secteur juridique subit une transformation radicale en raison de l'adoption généralisée de la technologie.

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