« Walmart va s’associer avec IBM pour assurer la traçabilité globale de ses produits alimentaires sur toute la chaîne d'approvisionnement avec l’aide de la technologie blockchain », a déclaré à nos confrères de Computerworld Frank Yiannis, le vice-président de la sécurité alimentaire de Walmart. L’entretien a eu lieu dans le tout nouveau centre Watson IoT installé par IBM à Munich. Le géant de la distribution s’est donné 12 mois pour voir comment utiliser la technologie transparente et sécurisée de stockage et de transmission d’informations afin d’améliorer sa chaîne de distribution de produits alimentaires et délivrer des produits plus frais à ses clients. Walmart a déjà démarré un projet pilote de suivi et de traçage de la viande de porc en Chine, et prévoit d’appliquer sa solution de traçage aux États-Unis avec d'autres produits. « Nous nous sommes réunis plusieurs fois avec IBM pour identifier les paramètres. Par exemple, le type de données que nous collectons, la manière dont elles sont capturées à chaque étape de la chaîne. IBM a déjà commencé à programmer et à développer des interfaces utilisateur, et tout se passe formidablement bien », a déclaré Frank Yiannis.

À première vue, le projet est très clairement centré sur la sécurité alimentaire des produits, mais, selon le vice-président de la sécurité alimentaire de Walmart, l’initiative va plus loin et elle pourra profiter à l’ensemble des intervenants. À condition cependant que toute l'industrie apporte sa coopération. En effet, le traçage et le suivi perdent toute leur valeur si des marchandises inconnues entrent dans le circuit. « La question du suivi et de la traçabilité des aliments, comment ils passent de l’étable à la table, a toujours suscité l’intérêt des organisations et des entreprises », a-t-il expliqué. « Ce n’est pas la première tentative. Mais la manière dont cette traçabilité est effectuée aujourd’hui est très inégale et ne répond à aucune norme ».

Un moyen de garantir la sécurité alimentaire

« Aujourd’hui, les systèmes modernes de production alimentaire sont de plus en plus complexes, mais ils présentent aussi de nombreux avantages. Entre ce que produit l’agriculteur ou l’éleveur, l’usine de transformation des aliments qui utilise son produit et le centre de distribution, il y a beaucoup d'étapes. Mais, si dans cette chaîne alimentaire l’intervenant se contente de vérifier la traçabilité du produit juste avant et juste après l’étape qui le concerne, comme c’est le cas actuellement aux États-Unis, il n’est pas possible d’avoir un suivi complet du produit. De plus les méthodes de vérification sont très hétérogènes, et aujourd'hui cette vérification est essentiellement administrative, longue, approximative, et ne permet pas d’effectuer un traçage de bout en bout ». Cependant, en associant des capteurs IoT avec la technologie blockchain, Walmart espère, d’une part, accélérer ces méthodes de traçage et de suivi des produits, mais aussi améliorer la fiabilité et offrir une vue d’ensemble sur la chaîne.

« Potentiellement, les avantages d’un tel système sont multiples », a encore déclaré Frank Yiannis. « Quand les gens parlent des avantages de la sécurité alimentaire - cela arrive généralement quand un scandale est mis à jour - les responsables de la santé disent souvent que certaines maladies avaient été documentées dans le pays, par exemple, que les consommateurs ne devaient pas consommer de l’épinard. Chacun est coupable jusqu'à ce qu’il prouve son innocence. Tous les produits sont retirés des rayons, tout le monde est incriminé », a-t-il déclaré. « En général, quand le calme revient, on découvre qu’un seul fournisseur, et peut-être qu’une seule ligne de production était en cause. Si nous avions la capacité d’identifier rapidement l’origine du problème, nous pourrions cibler et retirer rapidement le produit de la vente ».

Lire les étiquettes des produits avec un smartphone

Dans cette chaîne de traçabilité, Walmart et IBM ont identifié différents points, à commencer par la localisation de la ferme, la numérotation des lots ou la date de récolte. Mais, le géant de la distribution veut aussi inclure ce qu’il appelle des données de transparence : par exemple, préciser si le système de production agricole assure une production durable, si le mode de production est biologique ou s’il a recourt à des pesticides. L’ambition de Walmart est de rassembler toutes ces données pour offrir un tableau complet. « Si nous appliquions cette méthode à l'ensemble du système alimentaire, nous pourrions en tirer beaucoup d’informations utiles, qui à long terme, permettraient d’optimiser tout le circuit de production alimentaire », a affirmé Frank Yiannis. « Nous sommes également certains d’améliorer la qualité de la chaîne d’approvisionnement : chaque jour gagné pour réduire le flux entre la ferme et l’assiette est un jour rendu au client. Dès que les fraises sont cueillies, elles commencent à mourir. Plus ces fraises sont livrées rapidement au client, mieux c’est ».

Plus ambitieux encore, Walmart voudrait que les consommateurs puissent lire les étiquettes qui se trouvent sur les produits qu’ils consomment. Avec une app pour smartphone, ils pourraient par exemple retracer le trajet d’un produit et avoir accès à un tas d’autres informations. Évidemment, pour que ce système fonctionne, il faudra la participation active de nombreux autres grands acteurs de l'industrie alimentaire. « Pour mener à bien un projet comme celui-ci, nous avons besoin de la coopération de tous les acteurs. La chaîne de distribution alimentaire est assez complexe. Elle fait intervenir beaucoup d'acteurs. La solution basée sur la technologie blockchain peut apporter de la transparence à cette chaîne et la rendre aussi collaborative. Nous espérons qu’un grand nombre d’industries et de personnes impliquées dans la production alimentaire s’engageront en faveur de ce projet ».