OVH, Free Pro, Outscale, Scaleway, et même des GIE de grandes banques françaises... les clouds publics et/ou privés dits souverains existent, mais au vu des investissements engagés chez les grands faiseurs américains du cloud, il est impossible pour un acteur français et même européen de s’aligner pour offrir une palette de services aussi vaste. Comme le reconnait Damien Lucas, directeur général de Scaleway, la force des hyperscalers surtout d’AWS et de GCP réside dans la diversité de leurs boites à outils en prenant l’exemple d’AWS et ses plus de 600 instances et services aujourd’hui. « J’estime que nous sommes à environ 30 % de ce que possède AWS en termes de services, cela nous permet quand même de couvrir près de 85 % des usages », précise le dirigeant de la filiale d’Iliad. Pour Olivier Beaudet, directeur général de Claranet, il est illusoire de croire que l’on va réussir à créer un géant mondial depuis l’Europe : « C’est une utopie, la distance est bien trop grande, peut-être que la bonne stratégie est d’être un fast-follower, de répliquer assez rapidement un modèle qui marche et de l’amender sur le plan technique et tarifaire. » Et surtout de le faire avec ses propres moyens, un peu comme OVHCloud qui ne souhaite pas assuser des investissements massifs dans des GPU Nvidia, mais plutôt se focaliser sur des capacités d'inférence exploitant des accélérateurs SambaVova. A l’opposé, Scaleway, en tant qu’acteur européen, se veut être présent à la fois sur l’inférence mais aussi sur l’entraînement d’où l’annonce récente d’instances GPU avec les B300 Blackwell Ultra de Nvidia.  

A chacun son rythme  

Si Scaleway ou OVH Cloud apparaissent être des acteurs européens déjà bien armés face aux géants américains, ce n’est bien sûr pas le cas de tous les fournisseurs qui n’avancent pas au même rythme. Par exemple, Numspot, plutôt encore dans une phase de construction, s’appuyait déjà, depuis un moment, sur l’IaaS d’OutScale (filiale de Dassault Systèmes, qui est également actionnaire de NumSpot), qualifié SecNumCloud. Plus récemment, en avril dernier, il avait lancé son PaaS autour d’OpenShift, Kubernetes et PostgreSQL et qui est en quelque sorte en redondance avec OutScale, qui dispose aussi de sa propre feuille de route sur Kubernetes avec OKS et sur le PaaS. Face à ce constat, Eric Haddad, président de Numspot a donc décidé d’ouvrir cette plateforme adossée à Outscale pour la rendre portable et déployable sur d’autres fournisseurs de cloud français, européens ou sur du cloud privé. Basée sur Kubernetes, elle propose un ensemble de ressources (calcul, stockage, réseau) et des services de PaaS (base de données, protection des secrets et gestion des identités IAM) administrés depuis une console unique. L’ambition avec cette plateforme cloud as a service est de conquérir le marché européen en s’alignant sur les référentiels de cloud de confiance de chaque pays (C5 en Allemagne, ENS en Espagne, ...). Des discussions seraient en cours avec des sociétés en Allemagne, Espagne et Italie. 

Citons également l’opérateur cloud ITS Integra, qui avance ses pions dans le PaaS avec son offre sous Kubernetes, retenue par BPI dans le cadre du plan France 2030 et qui est, elle-aussi, en cours de qualification SecNumCloud. De son côté, Free Pro, filiale d’Iliad se positionne clairement comme un acteur du cloud privé de confiance et de proximité en mettant en avant sa complémentarité avec sa grande sœur du cloud public Scaleway via la connexion dédiée Interlink mais aussi par sa capacité à proposer un ensemble de services d’exploitation opéré en local au travers de son offre XPR (sécurité, PRA, téléphonie, réseau, migration, etc.) et de solutions d’infrastructures logicielles comme le support de VCF 9.0 étant donné que Free Pro est un partenaire certifié Pinnacle, le plus haut niveau du programme Broadcom Advantage Partner. « De nombreux clients restent fidèles à VMware et de notre côté, nous avons cette capacité à accueillir leur infrastructure virtualisée dans un environnement souverain », confirme à ce titre Laurent Cheyssial, directeur technique et innovation de Free Pro.  Quant à Cloud Temple, le fournisseur peut déjà faire valoir son Paas sous Openshift qualifié SecNumcloud, il propose aussi en parallèle une offre sous VMware et une autre sous un fork de Xen (Vates XCP-ng). L’évolution de son offre est surtout marquée par sa marketplace qui s’enrichit progressivement de nouveaux services et solutions autour des bases de données et de la sécurité par exemple, sur ce point, Cloud Temple suit en quelque sorte les recommandations du catalogue de la Dinum. Enfin, chez Cheops, on package des offres clouds bien ficelées et managées qui répondent surtout aux besoins des PME et ETI.