Comment se porte l’entreprise HP France ?

Arnaud Lépinois : J’ai rejoint HP France, il y a un peu plus de six mois maintenant et le bébé va bien. Si je devais résumer ce qui fait la force de HP, c’est l’équilibre de ses portefeuilles de clients et de produits. Pendant cette période chaotique, il y a eu plusieurs moments. Un premier teinté d’incertitudes avec les grandes entreprises touchées, des personnes en télétravail et l’urgence d’équiper rapidement les forces de travail mais aussi les foyers. Il y a donc eu une forte demande de migration du poste fixe vers le portable. 

Cette surdemande a généré des tensions sur l’approvisionnement notamment sur les composants. Il y a donc eu une évolution de la demande vers le haut de gamme adapté aux usages de la visioconférence et la collaboration. Dans le même temps, il y a une forte sollicitation de la demande du retail [la distribution] pour assurer la télé-éducation ou le télétravail pour les PME-PMI. Cet équilibre a permis de compenser l’arrêt des stratégies d’acquisition autour du poste de travail. 

Face à cette affluence, comment avez-vous mobilisé vos partenaires ?

A.L. C’était très difficile, mais le channel est une force pour HP. Nous avons un écosystème de partenaires qui a su s’adapter pour pouvoir fournir, déployer, intégrer les machines malgré la crise sanitaire. Les efforts ont porté sur les PC mais aussi l’ensemble du marché des périphériques (écran, station d’accueil, etc.).

Vous évoquez la migration vers des terminaux haut de gamme, pouvez-vous préciser quelles gammes cela concerne et les motivations de cette bascule ? 

A.L. Sur le marché entreprise, c’est la gamme EliteBook et notamment les séries 800 qui ont été très demandées pendant cette période. La motivation est d’avoir une performance globale pour avoir une bonne expérience utilisateur dans le cadre du télétravail avec un usage intensif de la visio sollicitant la caméra et le micro.

Vous êtes présent sur le marché des Chromebook. Que représente ce segment de marché ?

A.L. On constate une tendance sur ce marché mais un peu moins prononcée en France que dans les pays anglo-saxons. On a vu un fort développement aux Etats-Unis, en Angleterre et en même en Allemagne. En France, Il n’y a donc pas eu d’effet boum, mais c’est une plateforme qui est là pour durer où nous avons beaucoup investi en amont. Il y a des déploiements dans les grandes entreprises et dans l’enseignement, mais il faut prendre en compte différents éléments : une compatibilité de l’environnement applicatif, la connectivité permanente et le déploiement de politique de sécurité sur ce type de terminaux. Ces limitations vont se gommer dans le temps.

Hormis les PC, quelle a été l’impact de la crise sanitaire sur la demande de périphériques ?

A.L. Il y a eu une très forte sollicitation sur les périphériques liées à la collaboration : écrans, stations d’accueil, etc. Sur le marché de l’impression, le maître mot a été là aussi l’équilibre, car les grands contrats d’impressions managées ont vu une réduction du nombre de pages imprimées en l’absence de personnes au bureau. Néanmoins, il n’y a pas eu de chute drastique du volume de pages, car nous avons parmi les clients des réseaux d’agences qui sont restés ouverts. 

Il y a par contre une bascule très forte vers le home printing porté par le télétravail et l’enseignement à distance. La demande a été forte sur les imprimantes et les scanners, mais aussi sur la partie abonnement avec l’offre Instant Ink qui permet de prévoir le renouvellement des cartouches avec des forfaits. En 2020, nous avons presque triplé le nombre d’abonnés en un an et en France nous sommes à plusieurs centaine de milliers d’abonnés. Habituellement dans le marché grand public, on voit que cette offre de souscription arrive dans le monde de l’entreprise avec la montée en puissance du travail hybride.

Un contre-pendant de cette croissance des matériels PC et imprimantes c’est le recyclage. Comment vous répondez à cette exigence ?

A.L. Le développement durable est dans l’ADN de HP sur notre gamme professionnel de PC avec une prise en compte du recyclage dès la conception du matériel. C’est aussi le cas sur les imprimantes qui utilisent des plastiques recyclés et recyclables, tout comme les cartouches en construisant des capacités en Europe pour les recycler ainsi que les toners en France. Le programme par abonnement permet d’avoir une gestion de bout en bout du cycle des cartouches.

Le recyclage s’étend aussi à l’impression 3D ?

A.L. Oui, nous avons fait des annonces sur le recyclage des poudres utilisées en impression 3D. Quand on injecte une goutte de matériaux composites, on la dépose dans une poudre pour qu’elle garde sa forme, puis elle est chauffée pour construire la pièce. Une partie de ces poudres peut être recyclée, mais une autre non. Sur ces dernières, nous avons signé des accords avec des industriels notamment Ford dans le domaine de l’automobile.

Quelle est la tendance en France sur le marché de l’impression en 3D ?

A.L. On a vu l’accessibilité et la puissance de l’impression 3D pendant la période du Covid avec la fabrication de matériel de santé (respirateurs, écouvillons,…). C’est devenu un outil de production de crise. Maintenant la réalité industrielle de la fabrication 3D est un peu différente. Il faut un écosystème pour faire de la 3D, un service bureau, un fabricant d’outils industriels et un industriel qui a besoin de ces outils. Aujourd’hui, la construction de cet écosystème ralentit un peu le déploiement et l’usage de l’impression en 3D de grande série. Face à cela, nous avons décidé de nous repositionner sur le marché moins comme un vendeur, mais plus comme un industriel sur certains verticaux. 

Et quels sont ces verticaux ?

A.L. Il y a le consumer goods comme la fabrication de mascara ou notre partenariat avec les opticiens Atoll, et une start-up pour fabriquer des lunettes à destination des enfants dyslexiques. On peut citer aussi la création de semelles. Autre vertical, le packaging où toute l’industrie, y compris nous, est en train de supprimer le polystyrène pour aller vers de la pâte cellulose. Nous sommes donc en train de designer et fabriquer les moules via la 3D pour les industriels. Le troisième est la santé avec la création d’orthèses, de prothèses pour répondre à certaines pathologies de manière personnalisée. Enfin, il y a les industriels comme l’automobile pour la création de pièces spécifiques. L’objectif est d’être proactif sur ces marchés qui ont du mal à décoller. 

On parle beaucoup de la pénurie de composants. Comment vous faites face à cette problématique ?

A.L. Des chiffres pour illustrer le problème : en 2019 le marché du PC représentait 240 millions, 300 millions en 2020 et cette année il est prévu 365 millions de PC. On fabrique un million de PC par jour. Aucun industriel n’a les capacités de prévoir et d’anticiper cette croissance d’où la tension sur les semi-conducteurs qui touche tout le monde. La question de la souveraineté de nos capacités de production se pose de manière plus forte.

Nous subissons des problèmes d’approvisionnement ce qui entraînent des retards de fabrications et de livraisons sur l’ensemble des gammes de produits. On a des impacts de logistique avec une demande qui a été pratiquement multiplié par 2. Les coûts des composants ont mécaniquement augmenté, comme la mémoire, et cela a des conséquences sur le prix des produits pour l’utilisateur final.

Pour revenir sur les produits, vous avez aussi une gamme de stations de travail, comment se porte-t-elle ?

A.L. La série ZBook est toujours en forte croissance. Pendant la crise sanitaire, il y a eu de la demande pour des stations de travail plus autonomes, car les créatifs et les spécialistes de l’ingénierie avaient besoin de performances de traitement à la maison. 

L’Union européenne va imposer des critères de réparabilité sur les équipements électroniques. Qu’en pensez-vous ?

A.L. Sur cette réglementation, il faudra qu’on y aille. Cela rentre dans le combat pour le développement durable. On a beaucoup travaillé en écoconception pour ces questions de réparabilité. Aujourd’hui, seuls nos laptops grand public disposent d’un indice de réparabilité. Il faut néanmoins mettre un petit bémol sur ce sujet. Nous travaillons sur des composants sensibles et il faut s’assurer que la réparation soit faite dans le bon réseau, avec les bonnes certifications. Il faut structurer une filière de réparabilité, notamment pour la seconde vie des machines.

Quelles sont les évolutions pour HP France dans les prochains mois ?

A.L. La demande devrait rester forte. Sur le taux d’équipement, on voit que sur le télétravail nous ne sommes pas encore au niveau de l’Angleterre et des Etats-Unis. Sur la télé-éducation, le marché est fragmenté avec différents donneurs d’ordre (régions, départements, …), cela va être un challenge d’accompagner et d’éduquer ce secteur. Par ailleurs, nous avons mis beaucoup d’emphase sur la collaboration avec les différentes annonces lors du CES [ndlr. Consumer Electronics Show, de janvier 2021] autour des caméras et des micros plus intelligentes. 

Le futur de HP France, c’est aussi dans le domaine du printing notamment sur le large format pour les industriels, qui affiche une grande croissance.  Enfin, il y a des produits connexes qui vont arriver autour du microfluidique, c’est-à-dire la capacité à doser finement le besoin en encre ou en matériaux 3D. Un troisième segment est envisagé dans le domaine de la santé avec la capacité à doser des médicaments ou à diagnostiquer. Les buses sont capables d’injecter, mais aussi d’aspirer et on peut imaginer des équipements capables de s’appuyer sur le printing et le compute pour réaliser cela. Des annonces devraient être faites au cours du deuxième semestre 2021.