Désormais que la crise sanitaire se termine, où en est l'USF, l'association des Utilisateurs de SAP Francophones ?

Gianmaria Perancin : Nous avons toujours 450 entreprises et 3300 personnes physiques membres dont 50 administrations ou établissements publics et 75 % du CAC40. Nous avons gardé un turn over habituel et le même nombre de membres malgré la crise sanitaire. Nous avons toujours six groupes géographiques : cinq régions en France et la Suisse Romande. Et nos membres participent à une trentaine de commissions thématiques. Nous avons récemment lancé un groupe de travail sur le process mining sur SAP et non pas avec les outils SAP. Nous reviendrons sans doute sur la raison de cette nuance.
Si nous avons si bien résisté, c'est que nous avons adapté nos activités et que notre modèle économique le permettait. Contrairement à certains clubs homologues dans d'autres pays qui ont un modèle avec une faible cotisation et des participations payantes aux activités, et qui ont donc eu des difficultés, nous avons un modèle avec cotisation forfaitaire. Nous avons donc pu plus facilement nous adapter. En 2020, nous avons eu trois fois plus de réunions et une participation supérieure de 30 %... mais toutes les réunions étaient en distanciel.
Cet accroissement est lié à un désilotage causé par le confinement. Les gens n'avaient plus à se déplacer et les formats étaient souvent plus courts (même si certains formats longs ont été maintenus). Du coup, chacun participait plus facilement à des réunions dont les thèmes l'intéressaient.

Du coup, allez-vous conserver certains apports de la crise sanitaire ?

Nous menons actuellement une grande réflexion sur ce sujet, en effet. Avec le dernier renouvellement du comité exécutif, nous avons nommé un vice-président en charge du modèle des activités et de la stratégie immobilière. Le rôle de ce dernier est précisément de travailler sur les nouvelles modalités de fonctionnement dans la nouvelle normalité, avec les implications en matière d'outils numériques nécessaires mais aussi sur nos locaux.
Il est probable que nous nous dirigerons vers des événements hybride, mêlant présentiel et distanciel. Mais nous avons toujours ce besoin fort d'échanges informels, la fameuse « machine à café », qui ne sont possibles qu'en présentiel. A l'inverse, le distanciel permet d'éviter des pertes de temps dans les transports. Un point positif à ce « temps perdu » est malgré tout souvent oublié : c'est aussi un temps qui permet la réflexion, une pause dans le flux de sollicitations.

«  L'écosystème SAP ne peut pas échanger toujours en virtuel »

Qu'en sera-t-il de la Convention USF ?

Nous ferons tout pour que la Convention annuelle se fasse en physique car il est important que nous puissions nous retrouver ensemble au moins une fois par an. L'écosystème SAP ne peut pas échanger toujours en virtuel.

Classiquement, les résultats de l'étude de satisfaction bisannuelle sur SAP étaient présentés à la Convention. Pas la dernière fois. Pourquoi ?

La quatrième édition aurait dû être diffusée à la Convention 2020, à Bordeaux, qui n'a pas pu avoir lieu. Mais la crise sanitaire a perturbé sa réalisation, d'où le décalage. Nous avons préféré retarder sa publication pour maintenir sa qualité malgré les difficultés qui ont occupé les bénévoles de l'association dans leurs entreprises respectives.
SAP est globalement bien évalué du point de vue produits/services. Il y a aussi de bons points sur l'innovation. Et les annonces d'Avril dernier sur l'extension de la maintenance de SAP ECC ont évidemment été plébiscitées.
Côté cloud, nous constatons une hausse de l'intérêt, passant de 27 % à 42 %. A l'inverse, le business case d'une migration vers S/4 n'est toujours pas clair, d'où notre intérêt pour le process mining.
Pour le sujet du licence management, la perception interne de SAP est différente de la perception issue de l'enquête. SAP veut donc travailler avec l'USF pour améliorer l'image de l'éditeur à ce sujet. Mais le licence management est désormais un sujet global qui ne relève plus de la France.
Par ailleurs, nous avons réalisé, début juin 2021, une enquête-flash sur la fin de la maintenance de la base de données SAP Hana 1.0 le 30 juin 2021. Les deux tiers des répondants étaient bien informés et un tiers avait déjà terminé la migration, un peu plus ayant prévu une migration peu après la fin de la maintenance.

La séparation annoncée entre l'audit de licences et le commercial n'a-t-il pas atteint ses promesses ?

La séparation est effective. Mais le commercial reste dans la boucle des échanges avec l'audit. Il y a une justification à cela : c'est le commercial qui gère la relation contractuelle. Mais cela gêne les clients. Peut-être qu'une solution pourrait être de n'informer le commercial qu'une fois l'audit terminé, soit pour dire que tout va bien, soit pour signaler les éléments à régulariser.

La Convention USF les 6 et 7 octobre 2021 à Lille est sur le thème « L'hybridation du SI, une tendance inéluctable ? ». Pourquoi avoir choisi ce thème ?

Comme chacun sait, les entreprises se tournent vers le cloud pour l'agilité, la résilience, l'innovation, etc. La démarche cloud est extrêmement courante. Beaucoup d'acteurs ont des offres full cloud (Salesforce, Workday...). Mais plusieurs points de vigilance demeurent. D'abord, pour l'heure, il reste du Legacy on premise. Ensuite, on fait du cloud avec de multiples fournisseurs. Il y a donc une double hybridation : on premise / cloud d'une part, clouds de tels ou tels fournisseurs d'autre part. A cela s'ajoutent les problèmes de réglementations qui peuvent obliger à ne pas recourir à du cloud externe pour certaines parties du SI ou pour rester des acteurs de confiance au-delà des exigences minimales légales.

L'hybridation n'est pas qu'une question technique. Il faut être compétent sur les risques, sur l'architecture, sur la compréhension des modèles de données et des conséquences en matière de flux de données, sur l'adoption des nouveaux modes de travail avec les outils associés dans le cadre de la nouvelle normalité... Bref, l'hybridation du SI suppose de la technique, des compétences et des modes de travail adaptés. L'hybridation implique des changements dans le quotidien des collaborateurs et il faut donc accompagner ce changement. Les besoins en la matière s'accroissent et pas seulement sur tel ou tel projet. Il y a une vraie question de GPEC [Gestion prévisionnelle des emplois et compétences, NDLR] et une autre de logistique (équipement de salles pour la collaboration hybride...).

Concrètement, qu'y aura-t-il à la Convention ?

Nous aurons cette année encore 95 partenaires, 70 ateliers et 6 plénières. Parmi les plénières, il y aura une de SAP et une autre de l'USF. Mais, comme d'habitude, nous aurons des intervenants pour prendre de la hauteur, « oxygéner le cerveau » si vous me permettez l'expression.

Les produits SAP s'adaptent progressivement à un SI hybride et l'éditeur a lancé l'offre de migration Rise. Où en est-on ?

SAP mène actuellement son virage vers le cloud au point que certains ont peur d'être oubliés avec leurs implémentations on premise. L'objectif est clairement de disposer d'implémentations standards dans le cloud et de déporter en local les spécifiques en low code.
Quant à Rise, c'est une simplification contractuelle où SAP est l'unique interlocuteur de l'entreprise. Cette offre n'est pas nécessairement choisie par tous les clients SAP car certains veulent choisir leur intégrateur, leur prestataire de cloud, etc.
Plusieurs versions verticalisées de SAP sont d'ores et déjà disponibles avec Rise : Rise débute avec du business process mining autour de l'industrie de l'automobile, des services publics de l'énergie et de l'eau, du commerce de détail, des produits de consommation, des machines et composantes industrielles...

Ce qui est intéressant dans la démarche Rise de SAP, c'est l'approche par la valeur. Rise repose en effet sur des abaques de calcul de coûts créées par SAP qui permettent de calculer les apports de Rise.
Rise comprend aussi une offre autour du business process mining. SAP ayant racheté Signavio, c'est ce produit qui est prévu dans l'offre pour calculer les apports des migrations et évolutions. Cela correspond parfaitement à notre demande constante auprès de SAP de ne faire de migration ou d'évolution qu'en partant de la valeur métier. Avec le business process mining, on peut identifier quels processus peuvent être optimisés et lesquels le sont suffisamment. On peut ainsi mieux arbitrer ses investissements.

Pourquoi avoir insisté sur le fait que votre groupe de travail sur le process mining était sur SAP et non pas avec les outils SAP ?

Le rachat de Signavio a surpris la communauté des utilisateurs. En effet, jusqu'alors, SAP revendait des licences Celonis dans ses contrats. Beaucoup de clients ont donc investi sur Celonis et vont devoir réfléchir à la suite. Avec le rachat de Signavio, SAP ne vend évidemment plus de Celonis. Mais les clients ne vont pas supprimer Celonis pour autant.
Si l'on veut du 100 % SAP, il faut donc opter pour Signavio (aujourd'hui Process Insights). Si, justement, on veut éviter d'utiliser du SAP pour optimiser des process SAP, Celonis (ou un autre produit) sera préférable.

Il y avait un partenariat renforcé entre SAP et Microsoft Azure mais, avec Rise, ce n'est plus le cas. Quelle est votre opinion sur cette évolution ?

Rise inclut toujours un accès à Microsoft Teams pour le collaboratif, donc ce n'est pas si clair que ça. Mais, effectivement, Rise permet de travailler avec AWS, Alibaba, GCP, Azure... et les datacenters propres de SAP. Pour les clients, c'est bien sûr mieux car nous avons le choix de notre prestataire cloud. Espérons que, demain, il y aura des acteurs non-chinois et non-américains dans les prestataires cloud proposés. Nous attendons de voir ce que SAP proposera avec OVH, Orange, T-Systems... Peut-être dans le cadre de Gaïa-X y aura-t-il des offres. SAP ne nous a pas adressé de communication particulière à ce sujet. Mais on peut se douter que l'offre Microsoft Dynamics l'a un peu ennuyé. Mais SAP a-t-il vraiment poussé initialement Azure ? Ce n'est pas si évident.



Les sujets traditionnels de frictions entre les clients et l'éditeur (licencing, maintenance...) sont-ils toujours d'actualité dans le cadre de cette hybridation des SI ?

L'hybridation a finalement changé peu de choses en elle-même. Mais Rise amène à totalement sortir de la logique « licence perpétuelle et maintenance ». Dans le monde du cloud, le principe est celui de la souscription tout compris.
Mais, du coup, vient une question à laquelle, pour l'heure, il n'y a guère de réponse satisfaisante. Comment SAP prend en compte ce qui a été acquis précédemment ? La logique affichée est celle d'une transformation du contrat avec un flux de maintenance basculé en flux de souscription. Mais les licences acquises ne sont pas prises en compte dans la conversion. Cette valorisation à zéro d'un lourd investissement est ennuyeuse, même si SAP juge que ce n'est pas un problème, l'achat de licences ayant été comptablement amorti.
Donc, pour répondre à votre question, il y a encore du pain sur la planche quand on parle licencing et maintenance. En particulier avec Digital Access où la logique de SAP est que tout doit être chez eux et que tout ce qui se connecte depuis l'extérieur est facturé. Honnêtement, Salesforce, Oracle ou Microsoft sont dans des approches et des logiques assez similaires à SAP m ais c'est moins visible chez les autres que chez SAP.
Quant à passer à la facturation globale à l'usage, c'est un gros débat. Cela implique en effet une variabilité et une imprévisibilité des budgets.

SAP a racheté des produits tels que Concur (gestion des déplacements et notes de frais) qui ont dû être très impactés par la crise sanitaire. Qu'avez-vous constaté de votre côté ?

De fait, si on voyage peu ou moins, les usages de Concur baissent. Mais nous avons de grosses difficultés à obtenir des tarifs clairs sur cette offre. Côté Fieldglass (gestion des renforts extérieurs), nous n'avons pas eu d'information mais, là aussi, on peut bien se douter que la bascule vers le télétravail et la crise sanitaire ont dû avoir un impact. A mon avis, il n'y a pas eu d'impact significatif sur les autres produits. En matière de crise sanitaire, je tiens à rappeler que SAP avait déclaré être ouvert à aider les entreprises ayant eu des difficultés liées à la crise, notamment avec des reports d'échéances. Nous n'avons pas de retours chiffrés. Mais les échos recueillis en France sont très positifs.