L’UALink Consortium, un organisme industriel développant une alternative open source à la norme d'interconnexion NVLink de Nvidia pour les GPU et autres accélérateurs IA, vient de publier la version 2.0 de la spécification UALink. Cette version introduit la spécification 2.0 des couches de liaison de données Data Link et des couches physiques Physical Layers (DL/PL) UALink 200G, qui distingue la spécification DL/PL de la spécification commune UALink Common Specification d'origine. Désormais, l'organisme pourra évoluer rapidement à mesure que de nouvelles couches physiques et vitesses apparaitront, et il n’aura plus à apporter des modifications à ses autres spécifications. La spécification commune UALink Common Specification 2.0 inclut également la technologie In-Network Compute for UALink, qui facilite le calcul et la communication entre les accélérateurs, tout en réduisant la latence et en améliorant l'efficacité opérationnelle. Cette version 2.0 de la spécification prend aussi en charge le déploiement de la technologie dans des environnements à charges de travail multiples.

Parmi les autres éléments, on peut également mentionner la version 1 d’une spécification de gérabilité appelée Manageability Specification qui permet d’utiliser des outils tels que gNMI, Yang, SAI et Redfish avec le système, afin d’améliorer la gestion, ainsi qu’une spécification v1 pour les chiplets qui rend possible l’intégration d’UALink dans des systèmes sur puce (Systems on Chip, SoC) basés sur des chiplets. Selon le consortium, avec ces normes les entreprises pourront mieux répondre aux exigences liées au déploiement rapide de l'IA. « Grâce aux avancées technologiques apportées à UALink dans cette version, le secteur pourra intégrer rapidement et efficacement les solutions UALink dans ses architectures. L’UALink Consortium reste déterminé à faire progresser l’infrastructure de l’IA grâce à une technologie ouverte conforme aux normes industrielles qui facilite la mise sur le marché des applications d’IA de nouvelle génération », a déclaré Kurtis Bowman, président du conseil d’administration de l’UALink Consortium, dans un communiqué. Mais étant donné qu’aucun produit utilisant UALink 1.0 n’est actuellement disponible, le lancement d’UALink 2.0 pourrait paraître prématuré.

Du retard à rattraper

David Harold, analyste senior chez Jon Peddie Research, a réagi avec prudence à cette annonce. « Si la version 2.0 constitue une avancée significative par rapport à la version 1.0, il faut garder à l’esprit que même les solutions 1.0 ne sont pas encore commercialisées, puisqu’elles ne sont pas attendues avant la fin de l’année. Ainsi, Nvidia est bien en avance sur les alternatives de connectivité ouvertes, et même sur les solutions propriétaires ou basées sur Ethernet », a-t-il souligné. « Cela signifie que les alternatives non-Nvidia sont actuellement à la traîne sur le marché », a-t-il poursuivi. « Elles doivent rattraper leur retard sur plusieurs fronts, pas seulement en matière de réseau. Je ne vois pas un seul produit commercialisé qui présente des avantages manifestes par rapport à une solution Nvidia », a-t-il ajouté. « Au final, UALink reste souhaitable car il permettra des environnements hétérogènes et multi-fournisseurs, mais il est aujourd’hui bien loin derrière NVLink ».

De nombreux indices laissent toutefois penser que les entreprises auront du mal à se libérer de la domination de Nvidia. Il y a quelques mois, SiFive, pionnier du RISC-V, a signé un accord avec Nvidia pour intégrer la technologie NVLink Fusion dans ses produits pour centres de données, ce qui constitue un revirement pour les entreprises du secteur RISC. Selon M. Harold, d'autres entreprises pourraient suivre le mouvement. « La semaine dernière, le fabricant de circuits intégrés sur mesure MediaTek et partenaire NVLink, a indiqué qu'il prévoyait de l'intégrer directement dans ses puces sur mesure de nouvelle génération destinées aux applications d'IA, ce qui signifie qu’un plus grand nombre d'entreprises pourront utiliser NVLink comme interconnexion haut débit », a-t-il souligné.

D'autres options en cours d’exploration

De plus, M. Harold fait remarquer que Nvidia explorait déjà d'autres options. « Nvidia s'intéresse désormais aux limites du cuivre en matière de vitesse de réseau, et envisage d'utiliser à la place la connectivité optique », a déclaré M. Harold. Cependant, l’optique offre également une nouvelle opportunité à l’UALink Consortium. « À terme, UALink pourra aussi prendre en charge cette connectivité, et peut-être qu'en se concentrant sur ce domaine, UALink pourra combler son retard. Le fait de signaler que la technologie est adaptée pourrait expliquer le timing de l'annonce d'UALink 2.0 aujourd'hui », a-t-il avancé.